Pourquoi je suis islamogauchiste et fier de l'être.

Retournons le stigmate dont se repaît la presse rrrrrépublicaine de Valeurs actuelles à Charlie Hebdo en passant par Marianne et le Figaro et endossons le nom politique d'islamogauchiste qui n'est que l'actualisation du "judéobolchevik" d'antan, ce qui inscrit le dit "islamogauchisme" dans une grande et héroïque tradition révolutionnaire transnationale.

Peu nombreux sont celles et ceux qui endossent l’accusation de l’ennemi composé de débris de la gauche dite laïque ou républicaine qui confondent la sinistre, impérialiste, criminelle et finalement collaboratrice IIIème République avec la Révolution française, notamment sa séquence incandescente entre 1792 et 1794. Ce sont les mêmes qui confondent à dessein le jacobinisme de Robespierre et Saint-Just avec le vil bonapartisme esclavagiste et impérialiste.

Nous sommes pourtant quelques uns à accepter et à revendiquer crânement ce qui devrait être une tâche infâme si on accorde quelque crédit à l’opinion parlementaire moyenne. J’ai ainsi l’honneur de m’inscrire dans ce petit nombre : n’ayant pu, faute d’avoir été là à l’époque, un judéobolchevik il y a 75 ans, je me revendique fièrement islamogauchiste !

Je me revendique comme tel alors même que je ne crois pas en Dieu (mais d’autres, croyant en Dieu, peuvent tout aussi bien se dire islamogauchistes) parce qu’à travers ce terme, c’est une idée de ce pays, la France, que je défends. Une idée politique du pays.

Je suis donc un islamogauchiste parce que l’égalité, à défaut du socialisme ou du communisme, dans ce pays passe par le refus de la stigmatisation d’Etat à l’égard des musulmans et des musulmanes. Je suis un islamogauchiste parce que la stigmatisation des ouvriers, que la gauche mitterrandienne et ses successeurs ont voulu invisibiliser, a pris la forme de la construction d’un ennemi intérieur précisément représenté par les adeptes de la religion musulmane, accusés de vouloir subvertir l’équilibre villageois saucisson cubi de la France éternelle, notamment dans l’industrie automobile où le patronat fit venir de nombreux Marocains qu’il jugeait dociles et corvéables à merci mais qui se révoltèrent.

Je suis islamogauchiste parce que l’impensé colonial en France a pour épicentre l’Algérie, colonie française pendant 130 ans et pays musulman désormais haï par nombre de nos élites étatiques ou para-étatiques pour ce qu’il renvoie à l’ex-puissance coloniale de son universalisme de pacotille où l’on est censé adorer la République française, boire du vin et manger du porc.

Je suis islamogauchiste parce que je pense, finalement, que la réaction nationale épaisse et rance a ses tenants et aboutissants dans la haine démocratique et consensuelle des musulmanes et des musulmans et que c’est d’ailleurs cette passion triste et potentiellement criminelle qui est le point de butée du consensus parlementaire et de ses relais en beaufitude.

Je suis donc islamogauchiste parce que toute prétention à la République une et indivisible sera vaine et mensongère tant que les fidèles d’une religion n’auront pas, dans certains endroits, de lieux de prière voire de mosquées au même titre qu’il y a, dans ce pays, des églises, des temples et des synagogues.

L’islamogauchisme est en vérité le nom d’une conviction politique qui ne se paie pas de mots ni de commémorations républicaines rances. Il est le nom, en rupture avec l’affreux consensus médiatico-parlementaire, d’une véritable exigence d’égalité et de justice pour tous les habitants de ce pays. Il est le nom du refus d’une stigmatisation de classe et de race des cités de ce pays et d’une frange non négligeable de la jeunesse, racisée par l’Etat et ses relais d’opinion.

Décidément, oui, je suis islamogauchiste. C’est la seule façon, pour moi, d’être positivement de ce pays.

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