S'agissant de la semaine passée dans mon lycée, il faudrait sans doute que j'écrive, avec un peu de distance, un compte-rendu. Je m'occuperai de cela pendant les vacances.
Quelques points, quand même, qui me paraissent importants et / ou qui nuancent ce que j'ai écrit précédemment.
1/ Cette grève était singulière, comparée aux grèves récentes, puisque il n'y a pas eu d'appel à la grève mais un fait qui a outré les profs du lycée. L'information de la non-titularisation comme agrégé de notre collègue d'histoire a été immédiatement suivie d'une AG dans laquelle, très vite, nous avons décidé la grève. La reconduction de la grève, du mardi 8 au vendredi 11 inclus, reste étrange rétrospectivement en ce sens qu'il n'était question ni de "grève reconductible" (mot d'ordre de 2003 où le lycée a été en grève pendant plus de 2 mois), ni de "grève générale" (mot d'ordre antique...). Il y avait une automaticité de la poursuite et le vote (pour ou contre) ne faisait qu'acter ce qui était, après discussion en AG, évident. Le vote en AG, de ce point de vue, n'était qu'une ratification de qui avait précédé.
2/ La question des syndicats. Mon lycée est assez syndiqué comme l'Éducation en général du reste et dans les AG de la semaine dernière, il y avait pas mal de syndiqués, donc. Toutefois, les syndicats, dans la grève locale de cette semaine, ont été absents en tant que tels et, davantage, il était clair pour une grande partie d'entre nous que la question des grèves appelées par les syndicats n'avait aucune espèce d'importance. Jeudi 10, d'ailleurs, correspondait à un appel national et il se trouve que mon lycée a été en grève - mais pour des raisons absolument différentes ! Nous pensions travailler le jeudi, sauf pour des considérations locales. Le refus de nous entendre de la part du rectorat et du ministère a déclenché la poursuite de la grève. Dans le communiqué qui a depuis été rédigé à l'attention des parents, il est question des syndicats mais c'est plus une habitude de style qu'une réalité. Tout le monde le sait, je pense, mais tout le monde ne veut pas le reconnaître.
3/ Les situations. Le caractère local et précis quant au but de la grève a fait que chacun pensait et agissait dans ce cadre-là. Par ex., pour reprendre un peu le point précédent, des représentants syndicaux du lycée n'étaient plus représentants de quoi que ce soit et chacun, d'ailleurs, pouvait surprendre quant à ses positions dans la situation. C'est pour ça que j'ai parlé sans trouver de terme plus précis de "vide". Ce n'est pas péjoratif, c'est l'idée que les repères, les représentations de chacun mais surtout en termes d'organisation, de parti... ont sauté pendant ces quelques jours. La seule organisation, certes évanescente, qui existait, c'était la nôtre, celle de l'AG. Mon collègue de philo, par ex., que j'apprécie plutôt par ailleurs mais qui est toujours très modéré (dans le sens parlementaire) a eu un rôle déterminant, par son intervention, dans la poursuite de la grève vendredi 11 décembre. Tout d'un coup, pour chacun de nous je crois, il n'y avait plus d'arrière-pensées mais seulement la volonté de faire plier le ministère (plier, mot qui revenait, il était impossible qu'il en fût autrement). Ce genre de situation a un nom : la politique.
4/ Le dernier jour de grève avant la suspension du mouvement en attendant la décision du Ministère avec, ci-joint, un compte-rendu rapide.
Quatrième jour de grève, aujourd'hui avec manifestation un peu improvisée au ministère. Le temps de mettre ça en place, les élèves viennent nous interroger et demandent à faire une AG pour manifester avec nous. Le proviseur adjoint, PC, dit "oui mais seulement avec vos délégués". On rit. Finalement, l'AG des élèves commence mais est brève puisque ils décident, à quelques uns, de nous accompagner au ministère.
Rue de Varenne, nous apprenons qu'une délégation de quelques profs va être reçue mais en attendant, nous sommes encerclés physiquement par les CRS. La délégation a lieu, nous attendons (nous sentons au passage qu'heureusement que nous sommes là vu l'agitation des flics vis à vis des élèves). Le conseiller de Chatel est revenu sur la décision d'hier de la DRH. C'est inespéré.
Nous suspendons la grève en attendant que le doyen tranche.

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