Inutile, au fond, de juger Tsipras. Qu'il ait capitulé ne fait pas de doute mais au-delà de la question de sa trahison, tout cela rappelle que la démocratie bourgeoise est un régime... bourgeois... qui défend les intérêts vitaux de la bourgeoisie.

Ce qui se passe dans l'immédiat est assurément une défaite pour les peuples vivant en Europe mais les événements récents laissent entrevoir, pour l'Union Européenne, une victoire à la Pyrrhus. La nature de l'UE éclate aux yeux de tous et toutes. Celle-ci n'est rien d'autre qu'un cadre dont l'objet est la froide application de la loi d'airain du capital, désormais appelée "néolibéralisme". Ce qu'en pensent les peuples du continent n'a pour l'UE aucune espèce d'importance.

Dans ce cadre pas encore dictatorial - sauf pour la Grèce colonisée -, la démocratie est néanmoins une farce puisque tous les référendums relatifs à l'UE - celui de 2005 en France par exemple ou celui du 5 juillet 2015 en Grèce - ont vu leurs résultats - qui rejetaient massivement les politique ultralibérales de l'UE - bafoués, niés et piétinés. Cela éclaire d'une lumière blafarde les larmes de crocodile de la gauche libérale sur la Pologne de 1981 passant sous pouvoir militaire avec le valet de Brejnev qu'était Jaruzelski puisque la souveraineté limitée théorisée par l'URSS a fait son grand retour via l'Union Européenne !

Dans cette défaite, donc, tout n'est pas perdu. On peut même dire que tout s'est éclairci en Europe mais aussi en France. Nous savons désormais que "l'autre Europe" ou "l'Europe sociale", c'est du pipeau. Toute personne, désormais, se revendiquant de l'émancipation politique aura l'UE pour ennemi et cette clarté est un pas important, le "pas gagné" qu'il faut tenir. Les 10 ans du référendum auront donc été l'occasion d'une clarification certes terrible... Mais salutaire par sa clarté ! Et dans le cortège de cette clarification, le PS aura montré qu'à chaque moment historique, il épouse, en bon pétainiste qu'il à toujours été, le camp des puissants. Quant au PCF, les déclarations de Paul Laurent laissent penser que le C de l'acronyme signifie caniche.

La période qui s'ouvre s'annonce donc rude mais, pour la première fois depuis bien longtemps, chacun peut voir ce qu'il en est de la réalité du "monde libre" dont on nous rebat les oreilles depuis la chute du Mur et ce qu'il en est de "démocraties" dont le marbre libéral ne peut être soumis aux suffrages et à l'approbation des peuples vivants en Europe.

Cette identification de l'ennemi politique laisse augurer de jours compliqués pour l'UE et ses relais opiniâtres et/ou serviles.

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