L'effet de la photo terrible de l'enfant mort Aylan s'estompe et le débat contradictoire sur la nécessité ou non de venir au secours des réfugiés se poursuit. A vrai dire, que cette question fasse l'objet d'un débat est incompréhensible. Qu'elle soit soumise à des sondages qui valideraient ou non la nécessité de ne pas laisser mourir ou se noyer ces gens qui fuient des pays que, pour certains, nous avons détruits, est ahurissant.
La France est majoritairement hostile aux réfugiés ? Eh bien, honte à la France ! Du reste, le monde entier le sait puisque, comme l'ont indiqué plusieurs articles de Mediapart, la France n'est plus un pays dans lequel les réfugiés aspirent à vivre. Qu'elle est loin, la Révolution française ! La devise de la République n'est plus qu'une relique desséchée de la Déclaration de 1789. Pauvre pays, que le nôtre, suspendu à des suffrages et à une approbation majoritaire comme critère quasi-exclusif de définition d'une politique... Misérable période que le consensus médiatico-parlementaire n'hésite pas à appeler "démocratie" et où celle-ci se superpose à un retour des passions tristes et du ressentiment pétainiste.
Mais si la démocratie se définit par l'adhésion d'une majorité d'individus à une politique quelle qu'elle soit, alors - et bien que Hitler n'ait au départ pas été élu- le nazisme est une politique démocratique puisque il avait l'assentiment massif du peuple allemand. 
Précisément, la démocratie n'est pas le pouvoir de la majorité mais la possibilité pour chacun de vivre, autant que cela est possible en collectivité, comme il l'entend. C'est pour cela qu'au-delà du vote, des élections... (bref, des suffrages), c'est avant tout par les principes que se définit la démocratie, par des principes démocratiques, précisément. Principes qui garantissent y compris à des minorités des droits (droit de parler une langue minoritaire, de pratiquer une religion, etc.).
A ces principes démocratiques s'ajoute, comme le dit Alain Badiou dans De quoi Sarkozy est-il le nom ?, qu'il faut énoncer qu'il y a un seul monde et que donc, au-delà des frontières et des divisions discutables entre "Orient" et "Occident", le sort de l'humanité entière, d'un seul homme ou d'une seule femme comme de plusieurs, nous concerne tous, qui que nous soyons et où que nous soyons.
Tout cela, une fois encore, ne peut être soumis à suffrages, sondages ou approbations électorales. Le principe démocratique selon lequel il y a un seul monde ne souffre aucune discussion si ce n'est celle de l'organisation adéquate pour une politique démocratique d'aide à des gens qui fuient la mort et des pays ravagés et détruits.
Il n'y a pas de place ? Allons, on en trouvera ! Nous sommes trop riches et habitués à nos richesses post-impériales ou néo-coloniales ? Qu'à cela ne tienne ! S'il était nécessaire (ce qui reste à voir mais peut être posé comme hypothèse) d'être moins riches pour que puissent venir ici vivre des exilés d'Orient, alors, oui, il faudrait renoncer à notre confort de blancs riches surprotégés tandis que dans certains pays, on est vieux à 45 ans...
L'exil de milliers d'hommes et de femmes est un problème pour les pays qui se vident mais pas pour nous, vieux pays fatigués aux taux de natalité problématiques. Bien sûr que nous avons les moyens de compter des millions de réfugiés installés en Europe ! Ce ne sont pas les réfugiés, la misère du monde, c'est nous et il y a fort à parier que si Montaigne ou Hugo nous voyaient, ils seraient horrifiés par le spectacle rance que nous offrons depuis des mois au son du consensus lepénisé.
Tout cela pointe ce que nous sommes devenus, ce que l'Europe blême - et, après la Hongrie, la Pologne ou la Slovaquie, singulièrement la France - a désormais à montrer au monde entier. A savoir un repaire d'égoïstes sans la moindre compassion pour ses semblables où l'éclipse du communisme - tout pour tous ! - a fini par faire de nous des spectres sans coeur.
Car démocratie et communisme, au fond, c'est la même chose. C'est ce qui nous fait terriblement défaut. 

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