Adresse à Benoît Hamon : Le pays pour tous ceux et toutes celles qui y vivent !

Le consensus raciste parlementaire, relayé aussi bien par la droite que par la gauche, a eu pour effet sinistre ultime de porter le Front national à près de 30% des suffrages exprimés aux élections. Benoît Hamon rompra-t-il avec ce consensus insupportable ?

Force est de constater, jour après jour, que Benoît Hamon, vainqueur de la Primaire organisée par l'appareil hollando-vallsiste du Parti socialiste, n'est pas exactement le candidat du PS. En effet, après s'être assis sur le rejet du Traité constitutionnel européen par les catégories populaires en 2005 (parmi lesquelles la majorité de l'électorat PS), les hiérarques "socialistes", qui ont organisé la désignation par vote du candidat social-démocrate, bafouent le résultat de leur propre consultation en filant sans aucun principe chez Macron dont le programme social est celui préconisé par le Moloch libéral appelé Union européenne... 
En ce sens, voter Benoît Hamon dès le 23 avril peut donc se défendre puisqu'il est un candidat social-démocrate singulier comme le montrent, par ex., les attaques dont il a fait l'objet de la part de la droite islamophobe du Parti socialiste et de la nébuleuse Fourest mais aussi son alliance intéressante avec une partie d'EELV dont Yannick Jadot, sensible à ces questions centrales d'islamophobie, celle-ci constituant une passion triste et potentiellement criminelle qui ne peut que servir le vénéneux Front national.
Toutefois, le candidat Hamon reste flou sur la question nationale et ne semble pas vouloir rompre avec le consensus parlementaire relatif à la question des "étrangers" (il reste compliqué d'appeler "étrangers" des gens qui vivent et éventuellement travaillent en France depuis des décennies) dont l'énoncé principal, odieux puisqu'il érige des gens en "problème", consiste à dénoncer un "problème immigré" (avec sa variante "islamiste" depuis le début des années 1980 et les valeureuses grèves d'ouvriers arabes dans l'automobile - -) voire "un seuil de tolérance" qui est depuis devenu, notamment par la voix douceâtre du civilisé de la barbarie Finkielkraut, menace de "grand remplacement" (comme si un pays avait une identité pour l'éternité)...
Si Benoît Hamon semble vouloir accueillir davantage de réfugié.e.s, il reste bien silencieux sur la question centrale, bien qu'évacuée par l'Etat et ses organisations politiques, des droits de toutes celles et de tous ceux qui vivent - et travaillent - ici, avec ou sans-papiers. Sur ce point, donc, Hamon ne cherche pas à fendre le consensus dont chacun peut constater que, s'il a permis à bon nombre de politiciens de proférer des horreurs racistes depuis une trentaine d'années depuis Mauroy-Auroux-Defferre jusqu'à Fillon en passant par Chirac, Giscard et les Le Pen, il n'a en aucun cas permis de réduire politiquement et surtout électoralement le Front national puisque, précisément, il a légitimé le discours lepéniste. En dehors de la brève séquence autour de 2007, où Sarkozy siphonna un court instant le vote FN en en reprenant les "thèses", le Parti des Ténèbres, ainsi que l'a appelé le poète Jacques Roubaud, n'a cessé d'engranger des voix, même s'il fut aidé, aussi et bien qu'involontairement, par le nombre croissant d'abstentionnistes.
Le constat est donc simple pour qui est soucieux d'un minimum de vérité : non seulement, le racisme d'Etat est ignoble et doit être politiquement combattu si l'on s'estime fidèle à la devise de la République de 92 ou à la Constitution de 1793 mais il est par ailleurs inopérant car en vérité, le FN est toujours davantage légitimé dans ses abjections toujours plus immondes (pensons au projet de déscolarisation d'enfants sans-papiers, préconisée par Marine Le Pen, par ex.). 
Plus simplement et plus gravement aussi, le consensus est lepéniste (ou maurassien ou pétainiste ou ces trois choses à la fois) et c'est le Front par ailleurs mal nommé national (quand ce parti ou ses aïeux politiques ont-ils défendu la nation ? Qu'ont-ils jamais fait d'autre que d'abaisser ce pays ?) qui en vérité donne le la de toute la politique étatique française relative aux question dites d'"immigration" ou d'"accueil des migrants". C'est parce que le FN pèse électoralement que personne n'ose dire, au sein de l'Etat, que les lois islamophobes sont une atteinte à des libertés élementaires (un rapport parlant d'inclusion plutôt que d'intégration a été mis de côté) comme celle de se vêtir ou de (ne pas) croire. C'est parce que le FN et sa haine raciste de desperados des guerres coloniales perdues pèsent que peu de gens osent soutenir que non, il n'y a pas de "problème de l'immigration" ni avec l'Islam.
Allons-nous continuer ainsi ? Mais les digues sauteront les unes après les autres et le risque d'avoir un pouvoir d'extrême droite officiel sera toujours plus grand. C'est pure folie, en plus d'un profond déshonneur, que de persister dans ce consensus glauque et potentiellement criminel qui désigne des gens, souvent pauvres, comme ennemis du pays alors qu'ils en sont les principaux bâtisseurs (regardez qui sont les ouvriers des chantiers !).
De fait, quand un centre d'hébergement pour migrants a été construit dans le 16ème arrondissement de Paris, les réactions ont été parfois violentes et ignobles. Mais aujourd'hui, que reste-t-il de cette furie de la grande bourgeoisie de l'ouest parisien ? Rien - ou pas grand chose. Et il faut tirer une leçon de cela : on ne compose pas avec les réactionnaires, on les combat et les submerge ! L'épisode du centre d'hébergement a connu son équivalent dans un village de France où le discours lepéniste a finalement fait long feu face à la réalité d'un monde - "Il y a un seul monde", comme dit Alain Badiou - où "étranger" est en dernière analyse une catégorie à tout le moins douteuse.
Il faut donc que le candidat du PS non hollando-vallsiste prenne une position claire et courageuse sur la question des papiers et de la régularisation de celles et ceux qui, vivant ici, doivent quotidiennement faire attention aux contrôles de police, aux rafles, etc. Non, seulement, l'annonce d'une régularisation serait une mesure tout simplement démocratique - si un compte pour un, comment peut-on accepter que certains puissent être raflés et expulsés en allant ou revenant du travail ? - mais, en plus, on peut faire l'hypothèse politique sérieuse qu'elle créerait un éléctrochoc salutaire qui viendrait éblouir les cloportes de malheur Front national qui ne prospèrent que dans la nuit des principes et de la pensée.
Ce point est finalement essentiel. Bien plus que la question des perturbateurs endocriniens. Il en va de l'égalité. Il en va aussi de l'affirmation, par le candidat d'un grand parti qui a déjà entamé une rupture avec l'alignement "socialiste" sur le monde tel qu'il va ou semble devoir aller, d'une véritable exigence d'égalité et de démocratie. Comment peut-on se résigner à voir ce pays, la France, sombrer dans la boue raciste dont se relèvent les lombrics glauques qui n'aiment que la terre, les morts et, en définitive, la mort elle-même ?

De l'air ! Il faut régulariser les sans-papiers !
 

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