L'éternelle enfance de la Révolution

à l'intérieur de mon âge je porte un enfant gai et bruyant (Tristan Tzara, Bifurcation).

à l'intérieur de mon âge je porte un enfant gai et bruyant (Tristan Tzara, Bifurcation).

 

Mme Lagarde du FMI appelle les autorités grecques et, partant, le peuple de ce pays à se comporter en "adultes", c'est à dire à se coucher devant le supposé mur de l'argent et d'un réel faisandé. C'est à dire aussi, pour ne pas parler comme Jacques Lacan, à céder sur son désir et à accepter une vie morne - et pour le peuple grec pire que morne - entièrement dévouée à la cause mortifère du Capital et de ses profits.

"Adulte ? Jamais !", écrit Pasolini dans un de ses poèmes. Nous lui emboîterons ici le pas après tant d'années de prétendu euro-réalisme au service des plus féroces exploitations de l'homme par l'homme et des expéditions humanitaires criminelles dans des pays dont, désormais, l'UE et singulièrement la France pourrie ne veulent pas voir la face des réfugiés.

Communisme et poésie se rejoignent ; révolution et enfance convolent dans le sens où Baudelaire dit que la poésie (lui dit le génie), c'est l'enfance retrouvée à volonté. L'enfance en politique vaut mieux que les adultes que Lagarde, qui ignore opiniâtrement la dureté d'une vie prolétaire, nous intime d'être. Elle est synonyme de désir, d'un inextinguible désir d'aube ou bien encore d'un bonheur aussi grand que la mer. Refuser d'être adulte pour se lover dans une enfance subjective, c'est aussi penser qu'en ce monde, tout doit être pour tous et que l'épuisement à la chaîne ou à la caisse d'un supermarché ne peut être le lot de quelques uns - à moins d'abolir la division du travail et l'organisation - adulte sans doute - du travail qui ruine la santé de beaucoup pour enrichir quelques héritiers oisifs qui, du reste, peuvent se permettre non seulement de ne pas être adultes mais aussi de nous dispenser leur morale gorgée de morgue de classe.

En exigeant que le débat se fasse entre adultes, Christine Lagarde nous intime d'être des collaborateurs au sens où Sartre définit ce type sinistre dans ses Situations. Un être qui se veut et qui se targue d'être réaliste, c'est à dire au diapason d'un monde déboussolé et dont l'horizon ne serait que le bord du vide qui nous étreint mais où clignoteraient, nuit et jour et écarlates, les symboles du dollar et de l'euro. Un être sans désir autre que celui de sa stricte survie, quitte à se vautrer dans d'amères jouissances.

J'avais envie, j'étais en vie, disait Jean-Luc Godard. C'est là l'inverse de l'âge adulte selon les froids bureaucrates brejnevo-capitalistes du FMI et de l'Union européenne. La politique émancipatrice a besoin d'une enfance qui subsiste comme une fidélité à un renversement du monde dans des corps de grandes personnes. Nul n'est obligé de plier sans broncher face à la loi d'airain du capital, du FMI et de l'UE et l'enfance sonne comme une révolte qui, fidèle à une promesse aussi immense que vague encore, fait fi de la propagande désespérante du monde comme il va, l'œil torve sur ses profits. Révolte dont André Breton dit dans Arcane 17 qu'elle est "seule créatrice de lumière", révolte qui, au fond, est la seule chose qui nous maintienne en vie au sens plein de ce mot. 

Finalement, Lagarde et la Troïka exigent de nous d'être les zombies d'une vie rêvée mais perdue. Il en est hors de question.

 

 

Seules nos révoltes sont logiques.

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