Parmi nos intellectuels connus outre-Atlantique, il y a, pour les vivants, Jacques Rancière ou encore Alain Badiou. Ceux dont parle avec justesse Christian Salmon () ont la célébrité d'un Johnny Hallyday aux Etats-Unis, à part peut-être auprès de ceux qui s'intéressent au graveleux et patrouillotard débat médiatique.
En 1982, année charnière quand même dans notre histoire puisqu'elle vit la mort d'Aragon quelques semaines après celle de Brejnev en URSS et un peu plus d'un an après la victoire électorale d'un Mitterrand qui, dès l'automne 1981 (ainsi que le rappelle Ludivine Bantigny dans son très beau livre sur la France des 35 dernières années), ralliera le néolibéralisme, en 1982 donc, qui précède de peu les propositions de "retour" faites aux ouvriers arabes de l'automobile par le gouvernement PS, sort le premier livre de philosophie un peu célèbre d'Alain Badiou. Ce livre, Théorie du sujet, est aussi contemporain de la chute du socialisme réel à l'Est dans l'épisode progressiste de Solidarité en Pologne (c'est d'ailleurs là une raison de ne pas détester absolument Walesa qui, à cette époque-là, fut un dirigeant politique courageux - cela restera) et de la crise d'alors du marxisme et il contient les développements futurs de la philosophie badiousienne.
Mais dans la préface du livre, rédigée par l'auteur lui-même, il y a une page sur la France et cette page, dans laquelle je me retrouve, semble répondre par avance à tous les oiseaux identitaires de mauvais augure qui renvoient notre pays à une réalité bio-ethnique insupportable. Cette page, qui défend une idée principielle du pays et partant émancipatrice car authentiquement universelle, la voici...

Un vrai philosophe © Alain Badiou Un vrai philosophe © Alain Badiou
 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.