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Billet de blog 20 mars 2020

Retour de l'hosto

Dire comme Lordon ou Gildas Le Dem que ce qui se passe est le Tchernobyl du néolibéralisme n'a rien d'excesssif.

Yvan Najiels
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Retour de l'hosto.

Je suis allé hier et ce matin à l'hôpital pour une intervention bénigne mais vitale. Lieux vides comme avant une catastrophe dont on perçoit confusément que chacun l'attend.
Silence lourd dès le hall des admissions et dans les services.
Le personnel porte des masques mais la vérité est qu'ils sont donnés au compte-goutte. Par conséquent, le personnel, quand il en porte un, ne peut pas boire d'eau - car ôter le masque le rend inutilisable ensuite - et ce pendant 4 heures (durée d'efficacité du masque). Après ces 4 heures, un nouveau masque... Puis plus rien. Je le sais d'une infirmière que j'ai interrogée.
Les masques, au moins pour l'immense majorité, sont simples. Pas des FFP2, quoi.
Macron loue l'héroïsme du personnel hospitalier mais il le loue sur le mode sacrifice et c'est à gerber. Il se fait, sur un mode sanitaire, sa guerre de 14. Son lien avec l'extrême droite (voir ses photos avec l'avocat phalangiste libanais et sa proximité avec Villiers) se comprend désormais : une fascination pour le sacrifice - mais pas le sien, évidemment. Lui fera du profit bien que la Startup nation s'effondre comme un château de cartes. Louanges par ailleurs obscènes et vaines : ses prédécesseurs et lui ont détruit l'hôpital.
Mon opération a été avancée parce que le médecin pense à raison que la semaine prochaine, plus rien ne sera possible du quotidien ordinaire des hôpitaux et de leurs patients. Autant dire donc qu'en plus des morts du Covid-19, il y aura aussi des morts collatérales. C'est en ce sens la guerre - celle de Macron et de son monde. Mais l'énoncé, en plus d'être inapproprié, est obscène car si guerre, il y a, le chef de l'Etat devrait la faire contre lui même, contre sa foi pour le veau d'or capitaliste et contre sa politique.
Il faudra comparer les morts à Cuba et en France. Le contraste risque d'être terrible pour la morgue des décideurs à la langue bouffie d'anglicismes technocratiques.
Les services de l'hôpital vont être drastiquement réduits à quelques lits. J'ai une pensée pour les malades en attente de greffe qui vont morfler, pour les dialysés, pour celles et ceux en cancérologie et j'imagine, aussi, en psychiatrie. C'est à pleurer.
Bref, c'est un désastre dans lequel on envoie médecins, infirmières, aide-soignantes au casse pipe et où, pour masquer l'impéritie de l'état, on sacrifie DÉJÀ des malades.
Le néolibéralisme nous aura menés à ça. Ses profits valent infiniment plus que nos vies.
Impossible de ne pas s'en souvenir.

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