La politique, c'est avant tout des principes et des choix subjectifs !

En fait de "renouvellement politique", Macron et ses sbires radicalisent le discours capitalo-parlementaire mainstream qui fait de la politique une "science" soumise à des lois qui feraient que "ça marche" ou que "ça ne marche pas", sans que l'on sache ce que désigne ce brumeux démonstratif. Pour nous, au contraire, la politique, c'est la volonté opiniâtre d'inscrire l'émancipation dans le réel.

Partout, dans les médias béats de droite et de "gauche" (car pour ces gens-là, misère, il y a une gauche macroniste), on a droit au même refrain. Réussir ! Il s'agirait, même, nous dit-on, de "laisser sa chance au président Macron", ce qui justifierait l'abstention record et/ou la majorité donnée au Golden boy de l'Élysée afin de voir si celui-ci, après tant d'autres, pourrait enfin réussir - donc - sans qu'évidemment l'on sache ce qu'en l'espèce ce verbe signifie ni ce qu'il devrait précisément... réussir !
Ce discours est du reste tellement répandu qu'il est repris y compris par les adversaires parlementaires du camp Macron lorsqu'ils souhaitent aux députés En marche ! de réussir dans leur tentative d'extirper ce pays, la France, de la crise pour enfin, expression glaçante mais adéquate à l'esprit cognitivo-comportementaliste de la Macronie, remettre ce pays, en marche et, surtout, "au travail !" comme cela est, depuis des décennies, l'antienne du patronat avide de profits.
En vérité, ce discours est consensuel, repris  par le chef de l'Etat lui-même qui, s'emmêlant les pinceaux, confond Deng Xiaoping et Mao Zedong et croit citer ce dernier alors qu'il se réfère au premier en rappelant que selon lui "Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, pourvu qu'il attrape les souris". Discours en réalité absolument antipolitique puisque ramenant ladite politique à une sorte de science objective dont l'efficace ne se mesurerait qu'à l'observation de variables de courbes comme, exemple le plus éclatant, celle du chômage.
Ce discours qui est le fond de l'antienne étouffante néolibérale est tout simplement insupportable. Il fait passer par pertes et profits la dimension principielle de la politique dont on peut dire, selon qu'on est du côté de l'émancipation (laissons "progressisme" aux vendus PS passés chez Macron) ou de la réaction, qu'elle n'est pas en premier lieu une science d'experts, fondamentalement, mais la bataille opiniâtre avec le réel pour inscrire dans la vie de tous et toutes des principes, donc, que l'on juge justes selon qu'on est du côté de l'égalité ou qu'on s'accommode de l'inégalité du monde, du fait que des réfugié.e.s meurent sur de frêles esquifs parce que leurs pays brûlent ou bien encore que de nombreuses et nombreux salariés gagnent très peu en travaillant bien plus que les jeunes loups d'En Marche qui viennent de débouler à l'Assemblée nationale !
Le discours politique objectiviste est à combattre et à démonter. En dehors de cela, les lendemains risquent de continuer à être - très - douloureux. Il n'y a pas de politique qui gagne, qui serait efficace ou de politique qui perd, inefficace. Il y a avant tout opposition sur les principes politiques, principes qui amènent à des décisions concrètes dans une situation réelle donnée. De ce point de vue-là, quelle régression nous impose le parlementarisme à nous faire croire - mais qui le croit vraiment ? - que l'on peut, contrairement à ce que disait le grand révolutionnaire Saint-Just, régner innocemment. Tout, en politique, est de l'ordre du choix, du choix subjectif. Le fil libéral dont Deng Xiaoping, Reagan, Thatcher, Mitterrand jusqu'à, désormais, Macron sont des représentants n'a rien de scientifique ni d'objective justesse : c'est un fil réactionnaire de bout en bout qui enrichit les riches, appauvrit les pauvres et met le peuple en crise en s'en prenant par exemple, même implicitement, à la religion des plus pauvres, l'islam (pour ce qui est au moins de la France).
De ce point de vue, le Front national, bien que réellement d'extrême droite, est l'idiot utile du système parlementaire français. Il est l'opposition choyée par nos dengo-blairistes dont le président Macron est désormais le représentant français à la tête de l'État et de la République.
Une politique aux principes réactionnaires aura des "résultats" déjà connus. Au nom de la prétendue lutte contre le chômage - mais pas contre les profits ni les inégalités -, l'État précarisera le travail et, partant, la vie entière des plus pauvres - qui ne sont pas les plus fragiles, bien au contraire - et l'on aura en fait le "choix" entre un chômage élevé - en régime capitaliste - ou un salariat précarisé et atomisé, histoire qu'il ne puisse pas s'organiser pour lutter contre la loi d'airain du capital.
Toute action politique est une pensée qui découle de principes intangibles qu'il faut concrétiser dans la vie quotidienne des gens réels. Il ne s'agit pas d'attraper les souris mais bien plutôt de faire en sorte que "Liberté, Égalité, Fraternité" ne soient plus de vains mots. Ce n'est évidemment pas sur Macron et ses obligé.e.s qu'il faudra compter pour qu'il y ait vraiment de la politique puisque ceux-ci n'ont comme programme que de permettre à certain.e.s de "devenir milliardaires" - mais il est urgent d'opposer massivement à l'épouvantable consensus néolibéral la possibilité, au nom de principes émancipateurs, de la politique de l'émancipation elle-même et de l'égalité entre toutes et tous !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.