A propos de La Courneuve

A la suite de l’attaque d’un fourgon de police à La Courneuve ces jours derniers, le consensus anti-banlieue envahit de nouveau presse, plateaux de télévisions et studios de radios. On ne sait pourtant pas grand-chose en vérité à propos de ces faits comme le rapporte Mediapart. Il semble d’ores et déjà que l’attaque du fourgon soit le fait de spécialistes de ce genre d’opération comme cela arrive partout ailleurs en France et dans le monde.

A la suite de l’attaque d’un fourgon de police à La Courneuve ces jours derniers, le consensus anti-banlieue envahit de nouveau presse, plateaux de télévisions et studios de radios. On ne sait pourtant pas grand-chose en vérité à propos de ces faits comme le rapporte Mediapart. Il semble d’ores et déjà que l’attaque du fourgon soit le fait de spécialistes de ce genre d’opération comme cela arrive partout ailleurs en France et dans le monde. Il n’empêche, la haine des banlieues s’exprime sans vergogne. Ce discours étatique, qui fait litière d’un réel examen des faits, est présent depuis longtemps déjà ; il a été notamment destiné à rallier l’électorat lepéniste à l’UMP lors de la dernière élection présidentielle. Il consiste, disons-le clairement, en un discours de haine du peuple où celui-ci est présenté comme « tenant les murs » (formule récurrente chez Fadela Amara qui par ailleurs n’hésite pas à parler d’une politique « anti-glandouille » en banlieue) et / ou « islamiste ». D’une façon générale, le discours médiatico-parlementaire présente les gens des cités comme arriérés, les vieux – ouvriers pour la plupart – seraient dépassés par la « modernité » tandis que leurs enfants, présentés comme décidés à ne pas travailler, seraient des graines de bandits. Exagération ? Que nous disent donc les reportages sur les mariages forcés et les excisions sinon qu’il faut « civiliser » les banlieues non encore irradiées par ceux qui, de Val à BHL, se considèrent nos « Lumières » contemporaines ?

L’épisode de La Courneuve, pourtant, ne constitue rien d’extravagant si l’on pense à Mesrine, mort en 1979, ou à d’autres braquages ici et là. Malgré cela, Daniel Goldberg, député PS de La Courneuve, s’est fendu d’un communiqué sur « l’insécurité » dans sa ville. Dans ce communiqué, une fois de plus, c’est l’éloge de la police qui est fait. Ce texte illustre la vision sarkozyste de la banlieue. Rien, évidemment, n’y est dit sur la police et sur la façon dont elle se comporte dans les cités ; rien non plus sur les morts de ces dernières années, à Clichy-sous-Bois ou à Villiers-le-Bel, alors que dans l’attaque du fourgon de police de La Courneuve, il n’y a pas eu de victime. Le consensus parlementaire, de plus en plus violent, ne tient plus qu'à une question de dosage qui s'énonce ainsi : "Alors, plus de prévention ou plus de répression ?".

Que ce soit dans le discours du PS ou dans celui du pouvoir, on ne sort donc pas de la police. La banlieue, plus que jamais lieu de bannissement, est un endroit qu'on veut "tranquille" (le député PS de La Courneuve parle de "droit à la tranquillité") sans que personne ne s'alarme ou, à tout le moins, ne s'émeuve de la violence verbale d'une telle expression.
Police et tranquillité, silence et patrouilles... Tel est le programme ? Taisez-vous, banlieues ? Ronflez, cités-dortoirs ? Allons bon ! Que veulent les gens des cités populaires ? Que vivent-ils ? Que pensent-ils ? Aspirent-ils uniquement à une taiseuse tranquillité ? Il est permis d’en douter.
Pour commencer, y a-t-il vraiment des différences entre les jeunes gens de la banlieue et ceux qui passent dans la rue d'un beau quartier parisien, sinon, évidemment, une différence de revenus ? Nous soutiendrons plutôt que le Parti socialiste - dont le député de la Courneuve est un représentant -, derrière le consensus pour la tranquillité, recycle la vieille idée qui clame "Silence aux pauvres ! Classes laborieuses - même au chômage -, classes dangereuses !"
Sur la question des banlieues, précisons qu'à force d'entendre, dans les bouches médiatico-parlementaires, les termes de "cités", "quartiers" (comme si, du reste, les quartiers étaient l'apanage des seules banlieues, on voit bien que ce nom sans adjectif est absurde), il y a de quoi s’interroger. Ces noms objectifs ne sont-ils pas, au moins sournoisement, les noms d'une proscription ? A ces noms de ban-lieu, opposons ce que clamaient profs et élèves du 9-3 en 1998, lors d'un grand mouvement contre la politique de Jospin-Allègre, "Seine-Saint-Denis en France !"
La première chose, donc, c'est de considérer les gens des banlieues, les jeunes, les vieux, les arrivés-depuis-longtemps, les arrivés-hier... comme étant non seulement d'ici (là où ils vivent, habitent et /ou travaillent) mais aussi du pays tout entier. Il est frappant en effet, lorsqu'il est question de la banlieue, et singulièrement de la Seine-Saint-Denis, que le consensus médiatico-parlementaire les présente comme un pays dans le pays.
Outre que cela constitue une reprise des discours nauséabonds "républicains" mais aussi lepénistes des années 80 à fort relent néo-colonial, c'est aujourd'hui le discours qui légitime, du point de vue de l'Etat et de l'opinion qui lui est homogène, la proscription du peuple des banlieues et l'alternative odieuse et fausse que le consensus cherche à assener : prévention ou répression ?
La question donc est celle des gens des cités populaires et de leur vie et elle interroge le pays tout entier, pas seulement les cités, justement.

Quid de l'école en banlieue ? Celle-ci coûte-t-elle trop cher ? Est-elle condamnée, comme le montre Entre les murs de Cantet-Bégaudeau, à n’être qu’un lieu de bavardage où toute exigence intellectuelle serait vaine ou, pire, un lieu de violence étatique où les élèves récalcitrants seraient matés sous la menace d’un revolver républicain, comme l’illustre La journée de la jupe, qui réjouit tant de professeurs?
Quid de la question du logement quand on constate que petit à petit le peuple est toujours chassé un peu plus loin dans les ban lieux du fait de loyers presque aussi chers, désormais, à Saint-Denis ou Aubervilliers qu'à Paris ? Que peuvent bien penser et ressentir des gens qui travaillent dur et qui pourtant ont du mal à assurer leur quotidien, celui de leurs enfants et que l’on menace, de façon récurrente, de suspension des aides de l’Etat (allocations familiales, etc)?
Tout cela engendre de la révolte ou plus exactement des révoltes, y compris via la création musicale comme en témoignent les divers groupes de rap et notamment NTM, c'est vrai. Mais, précisément, n'est-ce pas bon signe, cette révolte ? Pour nous, voir des gens debout au lieu de se tenir "tranquilles" constitue une bonne nouvelle.
Le phénomène des bandes a toujours existé sans que cela donne libre cours à un tel tout-à-l’égout discursif de la part de l’Etat et de ses relais médiatiques. En revanche, au-delà des discours contre ces groupes s'est toujours dessiné un violent discours antipopulaire. Pour illustrer cela, du reste, il n'est qu'à écouter ou voir les "débats" dans les médias où la police et ses relais se jettent sur les faits obscurs de La Courneuve pour réduire les révoltes récentes dans les banlieues (émeutes de 2005 ; Villiers-le-bel, plus récemment,...) à des actes de banditisme. Tout cela rappelle en effet les commentaires à l’époque de la mort des deux jeunes, Zyed Benna et Bouna Traoré, de Clichy Sous Bois. Pas un mot, alors, de condoléance de la part de l’Etat aux familles des enfants morts, rien sur les humiliations quotidiennes , rien de la part de la police dans les commissariats et en dehors, rien non plus sur le mépris dans lequel est tenue la population des banlieues et singulièrement la population d’origine étrangère…

 

 

19 V 2009

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