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Billet de blog 21 mars 2020

La France est confinée, l'Etat paralysé.

Je relaye ce texte lucide sur la situation liée à la pandémie. Texte prescriptif qui dit où nous a mené une longue politique de désengagement de l'Etat dans des services publics pourtant vitaux. Nous n'oublierons pas.

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La France est confinée, l’Etat paralysé

Comment rétablir la santé des gens quand soigner devient

Impossible ?

La guerre serait déclarée mais les troupes sont nues : pas de lits de soins intensifs en nombre, pas de dépistage systématique, pas de respirateurs, pas de masques, pas de gel.

Trois phénomènes aboutissent à la situation de crise épidémique majeure que nous connaissons : la massification, la concentration sauvage sur certains territoires de la production capitaliste globalisée, le mépris affiché pour ses conséquences (1), les politiques de santé publique restrictives et inégalitaires déployées depuis deux décennies (2) et les décisions prises en urgence par les Etats en vue de réduire la propagation pandémique (3).

1 - Les grands désordres épidémiques contemporains sont liés aux grands bouleversements engendrés par le système capitaliste. L’urbanisation massive et autocentrée sur certains territoires et pays (Hubei, Chine) afin de faciliter la concentration et l’efficience de la production, l’opérabilité économique, la localisation systématisée des chaines de profit et de valeur provoque depuis une vingtaine d’années une série de transformations dans les sociétés et leur écosystème. Il a bien fallu, pour assurer le niveau de production très élevé réclamé, loger, nourrir et transporter des millions d’ouvriers, ceux de l’usine du monde : la Chine, le pays le plus peuplé de la planète (1,4 milliard d’habitants).

La Chine concentre 28% de la production manufacturière mondiale. L’extension ou la construction des villes usines ont entrainé une déstructuration et une formalisation ou combinatoire nouvelle de la vie locale. Tous ceux qui vivent sur place sont dépendants des organisations mises en place pour garantir l’efficacité d’une production conçue pour l’essentiel à échelle mondiale. Les ouvriers chinois, parfaitement exploités, dont les conditions de travail et de vie sont reconnues comme étant très dures, assurent les profits calculés des grands groupes occidentaux, aujourd’hui chahutés.

Des scientifiques chinois indiquaient dans un article paru en 2014 (l’International Journal of Infectious Diseases) et repris par le journal Le Monde il y a quelques jours que « la Chine contribue largement à la propagation et au contrôle des maladies infectieuses dans le monde. Que l’urbanisation massive et rapide augmente la survenue de zoonoses émergentes et ré-émergentes transmises par l’eau et l’air, tout comme celle de maladies transmises par les animaux et les insectes. L’apparition et le développement d’infections à germes émergents sont également favorisés par la déforestation et la production de bétail, qui s’est développée à un rythme sans précédent au cours des trois dernières décennies. Or, dans les zones rurales en particulier, porcs, poulets, canards, moutons vivent dans le même environnement, ce qui contribue à une transmission inter espèces, voire entre animaux et humains ../. Les auteurs de l’article soulignent aussi le rôle du réchauffement climatique. Enfin, l’apparition de nouveaux germes peut résulter de recombinaisons génétiques entre virus de différentes espèces, qui induisent de nouvelles caractéristiques (par exemple, transmissibilité et virulence accrue). » 

La Chine est à l’évidence plus mondiale que proprement ou strictement chinoise. La centration opérée en Chine, au mépris de l’existence des gens et au profit de quelques groupes capitalistes prédateurs, est en fait génératrice de désordres planétaires potentiellement catastrophiques. Qu’ils soient économiques, environnementaux ou de santé publique. Les impératifs cruciaux de l’Etat chinois, cohérent avec le destin qu’il assigne à son pays, sont de stopper rapidement et radicalement l’épidémie afin de refaire fonctionner l’usine du monde. A ce titre, les moyens et la logistique mis en œuvre sont à proportion. Il n’est pas évoqué de transformations ou de modalités nouvelles de fonctionnement de la vie du pays dans quelque domaine que ce soit. Il s’agit de mettre en route derechef l’organisation générale qui prévalait.

La séquence épidémique est conçue par l’ensemble des Etats comme une crise momentanée inévitable dont il faut assumer les conséquences coûte que coûte sans examiner les conditions de son surgissement ni celles de son inévitable répétition. L’usage immodéré par les gouvernements d’un discours de guerre contraste avec une impuissance fondamentale et complice qui les unit pour toujours à la destinée néfaste du capitalisme.

A leurs yeux l’aléa pathologique est du même ordre que la prétendue survenue impondérable des guerres. Il faut rappeler que les virus ne sont pas de génération spontanée et apparaissent si les conditions matérielles de leur survenue sont favorables. Les guerres quant à elles, naissent du conflit exacerbé des intérêts, en l’occurrence, depuis au moins 150 ans de leur lien consubstantiel au capitalisme. Aussi, combattre utilement un virus, c’est comprendre ce qui lui a donné naissance et interroger les déterminants de son déploiement réel, c’est à dire, pour les virus apparus dans l’usine monde, une exploitation forcenée, une planification et une organisation à échelle inégalée d’une dévastation de la vie des gens. Faute de cette compréhension, une fois un virus vaincu, si les conditions qui ont permis son apparition restent inchangées, un autre surviendra, dans une nouveauté événementielle tout aussi forte et une violence native dont il faudra explorer encore une fois, sans antériorité décisive, le caractère possiblement meurtrier.

Puisque les conditions d’apparition des virus demeurent inchangées, que ni les Etats de la planète, ni la Chine elle-même ne comptent transformer le monde/usine, et faute de pouvoir écarter les virus des populations, alors ce sont les populations elles-mêmes qui doivent et devront s’éloigner, s’isoler, accepter d’être rapportées à une multiplicité séparée et inconsistante sans autre issue que compter sur elle, elle seule, pour vaincre la maladie.

2 - En France, l’Etat, aux ordres des intérêts privés, marchands et budgétaires les plus égoïstes, n’a eu de cesse de briser le système de santé. A l’heure où le gouvernement ose se répandre en hommages sirupeux aux soignants, rappelons :

Que 4200 lits d’hospitalisation complète ont été fermés en 2018 (17 500 depuis 2013) !

Que des territoires entiers de ce pays n’ont plus de médecins, à la campagne comme dans les quartiers et cités très peuplées des grandes villes !

Que depuis bien longtemps la médecine préventive édifiée après guerre et appuyée avec efficacité sur de nombreux dispensaires a été complètement balayée !

Que les hôpitaux n’ont plus, de longue date, un nombre suffisant, minimal et acceptable de soignants pour prendre en charge décemment les malades !

Qu’il en résulte aujourd’hui une inégalité manifeste pour qui est malade. Les patients qui ne se soignent plus, qui arrivent en détresse aux urgences signalent à tous qu’une part croissante de la population de ce pays est exposée à l’abandon !

Aujourd’hui ces dispositions et la politique qui les sous-tend depuis de nombreuses années trouvent leur prolongement dans les décisions prises.

L’antériorité véritable de la lutte contre les ravages épidémiques est bien celle d’une destruction inqualifiable dont la matérialité est désormais vérifiée par tous.

3 - Dans l’étape, à l’heure où ne reste plus à chacun que la ressource de vivre au plus loin du virus, c’est à dire au plus loin des autres, que faire ?

Sans être expert, pouvons-nous, devons-nous penser la situation ? L’épidémie est d’espèce mondiale. Nous dirons que les experts des pandémies sont délégués et rassemblés par les Etats à l’OMS. Les experts scientifiques explorent la configuration du virus et les cliniciens traitent la maladie. Pour le reste, les décisions de santé publique concernent les populations et les Etats qui les mettent en œuvre.

Les gens sont directement concernés et ne peuvent s’en remettre aux seules décisions des Etats, même si ces derniers s’abritent derrière les experts, qui, au demeurant, sont souvent divisés. D’ailleurs, inutile d’être expert pour savoir qu’il faut s’isoler et s’interdire de transmettre le virus. La principale, sinon seule décision gouvernementale, celle du confinement, ne requiert aucune expertise. Ce que nous vivons tous, sans exception, et c’est assez rare, nous met en position unique et universelle d’expert. En vérité, nous sommes tous concernés et donc tous experts.

Que pouvons-nous penser par nous-mêmes ? Que voyons-nous ? Que vivons-nous ? Quelles sont les bonnes dispositions à prendre ?

La guerre agitée

La guerre est dite déclarée mais les troupes sont nues : pas de lits de soins intensifs en nombre, pas de dépistage systématique, pas de respirateur, pas de masque, pas de gel.

La France est confinée, l’Etat paralysé.

Quelques décisions et exigences

Premièrement

Il faut en sortir et sans tarder briser la corruption, approvisionner en équipements (masques réellement protecteurs, tenues, respirateurs, gel) les hôpitaux, les pharmacies, les médecins et infirmières dans les villes et les campagnes, les travailleurs et aides à domicile, les professionnels exposés. Un gouvernement fébrile, frappé d’impuissance coupable, multiplie les déclarations martiales, ne règle pas les problèmes les plus aigus tandis que la population partout s’indigne. 

Des représentants en mission permanente doivent être dépêchés auprès des équipementiers sur les sites de production. Il faut augmenter leur capacité de production et concourir directement à l’apport en main d’œuvre, si nécessaire avec le concours de volontaires ou de l’armée.

Les refus d’agir et la corruption doivent être combattus et ne pas constituer un obstacle pour des responsables publics dignes de ce nom. Aussi, reste le devoir d’ordonner, de punir, de confisquer les profits de ceux accusés de négligence. Un plan de production général doit être établi et des usines ouvertes ou rouvertes afin que les matériels nécessaires parviennent à destination et que les hommes indispensables soient à pied d’œuvre immédiatement.

Deuxièmement

Les infrastructures médicales et soignantes, reconnues comme parfaitement insuffisantes et parfois totalement absentes, doivent être remises à niveau dès maintenant, notamment les lits de soins intensifs.

Troisièmement

Le dépistage, qui a été abandonné, doit être repris, généralisé. En vertu de quoi il convient d’augmenter les capacités de dépistage, à l’instar d’autres pays (Allemagne et Corée du Sud), et ce, conformément aux recommandations de l’OMS.

« Pour sauver des vies, nous devons réduire la transmission. Cela signifie qu’il faut trouver et isoler le plus grand nombre de cas possibles, et mettre en quarantaine leurs contacts les plus proches »../.. « Pour sauver des vies, nous devons réduire la transmission. Cela signifie qu’il faut trouver et isoler le plus grand nombre de cas possibles, et mettre en quarantaine leurs contacts les plus proches »../.. « Nous avons un message simple à tous les pays : testez, testez, testez les gens ».

Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus (Conférence de presse)

« Plutôt qu’une guerre, c’est une guérilla. Il faut être souple, prendre des décisions rapidement et être capable d’en changer aussi vite si on voit que ça ne marche pas. C’est pour cela que l’OMS demande de tester d’avantage. Car quand on teste, on comprend mieux le virus et sa dynamique. »

Sylvie Briand, directrice de département à l’OMS, au journal Le Monde le 19 mars ;

Nous évoquons le devoir de protection de la population. N’est-ce pas à cela que servent un Etat et son gouvernement ?

En conséquence, nous devons en parler, c’est le but de ce texte, et examiner de près les décisions qui s’imposent.

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