La question politique des sans-papiers et de leur régularisation reste posée. Bien que l'Etat, avec plus ou moins de violence (sous Sarkozy, ça s'aggrave mais avec Chevènement-Jospin, c'était déjà effroyable), tente de la contenir et de l'écraser avec une méthode qui fait penser au texte de Freud sur la Verneinung, la bataille politique pour les droits des sans-papiers demeure. Je suis admiratif de la ténacité du prolétariat sans-papiers de notre pays car si le peuple entier était aussi ferme que la frange la plus fragilisée et la plus exploitée de celles et ceux qui travaillent, la camarilla sarkozyste au pouvoir n'en mènerait pas large. A ceux qui disent (ils sont nombreux, à gauche) : "oui, bon, les sans-papiers, ça va, y a pas que ça !", il est aisé de rappeler, au vu de ce qui se passe dans nombre de boîtes, que cette question politique est centrale. Ce qui sortira du rapport de forces engagé aura des répercussions sur la question du travail et sur celle du pays (les grelots sinistres de Besson cesseront-ils de tinter ?). Ainsi, une reculade significative du pouvoir constituerait une victoire inouïe et autrement plus réelle qu'une saillie électorale. Davantage, ce que porte la lutte actuelle des sans-papiers nous concerne tous. C'est dans un même pays qu'on nie la réalité du travail des sans-papiers et que des cadres se suicident à France Télécom ou au Technocentre de Renault.

Ces grèves de sans-papiers nous montrent aussi que libéral, le sarkozysme ne l'est point. Le sarkozysme, théorisé - si l'on peut dire - par Guaino, Gallo, Guéant est surtout un patrouillotisme (pour reprendre Rimbaud qui, quasi-contemporain de Pétain, savait ce qu'il en était des patrouillote[s]) fort avec les faibles, faible avec les forts bien sûr mais surtout capable de mettre entre parenthèses la question de la sacro-sainte efficacité économique du capitalisme pour donner à la population lepéniste la satisfaction de voir arrêtés des gens qui pourtant vivent, travaillent et aiment ici. La plupart des réactionnaires occidentaux - qu'il s'agisse de Berlusconi, de Zapatero ou d'Obama - régularisent au nom du bon fonctionnement de l'économie de marché. Cela n'en fait pas, tant s'en faut, des héros du prolétariat international mais enfin, le réel se soit ouvrir la porte à laquelle il frappe.

En France, non. La xénophobie d'Etat, renforcée par les sinistres phrases de la plume barrèso-sarkozyste Guaino, est l'alpha et l'oméga de la politique. Darcos (le fera-t-il, cependant ? La question demeure) préfère annoncer la fermeture administrative de boîtes que de reconnaître la réalité d'un travail non pas clandestin, non pas au noir mais seulement nié par l'Etat. Et pas de salades, ce travail nié n'est pas inutile ou secondaire : il est de notoriété publique que des sans-papiers sont employés sur des chantiers publics ou dans la réfection de bâtiments officiels comme, sous Jospin, l'Hôtel Matignon !

Ces développements récents, en plus de montrer le mépris du pays réel par le pouvoir, laissent à bien des égards songeur. Pour traquer des gens qui travaillent - qui travaillent ! Et qui travaillent plus dur que la Sarkozie bling bling... -, le Ministère du Travail est capable de fermer des boîtes mais pour interdire les licenciements, rien n'est possible.

Ce qui règne, c'est bien l'idéologie réactionnaire la plus défardée. Il est temps que d'autres discours circulent.

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