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Billet de blog 25 mars 2017

Question nationale : question sociale et démocratique

Un article du "Monde", au lendemain du débat entre 5 des candidats à la Présidentielle, relevait que la question de "l'immigration" fait consensus dans le parlementarisme. Ce constat, hélas fondé, est un drame politique et démocratique.

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Mon adresse indirecte à Benoît Hamon sur la question de ce pays, la France, pour toutes celles et tous ceux qui y vivent et, le plus souvent, y travaillent est restée sans réponse. Mediapart l'avait pourtant placée en "une" de son site et j'ai essayé de la faire parvenir au candidat d'un Parti socialiste diminué mais de ce fait plus présentable que prévu. Rien, pas de réponse. Silence. La question de l'égalité réelle de tous les habitants de ce pays restera vaine puisque ne comptant pas les sans-papiers que l'Etat et le consensus parlementaire appellent "clandestins" mais qui pourtant vivent ici et, pour la plupart, travaillent ici et participent à la construction de ce pays.
C'est dire l'épaisseur insupportable du problème, non "immigré" mais des politiques des partis parlementaires à propos des droits légitimes de milliers de gens qui vivent et travaillent ici, puisque la question de leur éventuelle régularisation n'est pas envisageable ni même dicible. Le refus de régulariser apparaît donc, négativement, comme une table de la loi parlementaire française rendant l'exigence de ce droit démocratique et social incongrue et inaudible - à laquelle Benoît Hamon, par exemple, qui se présente comme un candidat en rupture, presque héritier du PSU, est au moins incapable de dire quoi que ce soit.
Disons le tout net, ce constat est dramatique. Il en dit long sur un pays dont les supposées élites, qui en même temps ont favorisé l'éclosion du Front national, sont tétanisées devant le parti lepéniste qui a déjà, de ce point de vue, gagné une bataille politique dans les mots - au moins non dits - et les faits. Pire, la défaite politique, objective et subjective, est telle qu'évoquer les droits des sans-papiers, prolétaires pour la plupart, semble relever de quelque gauchisme politique délirant alors que cette exigence n'a rien d'une demande d'obole ou d'aumône. Ouvrez les yeux, regardez autour de vous, attardez-vous près des chantiers et regardez qui y travaille ! Or, le travail, comme nous disions du temps de la valeureuse Organisation politique, ça ouvre à des droits. Ce n'est donc pas une faveur que nous demandons à propos des sans-papiers de ce pays, c'est un dû.
Bien sûr, M. Hamon a des discours plus généreux que d'autres de ses (ex-)camarades "socialistes". Certes, dans une envolée lyrique dimanche dernier sur la "clause Molière", il salue la contribution des "Polonais, des Espagnols, (...) des Algériens, des Marocains et des Sénégalais" mais le Diable se cache ici dans les détails. Benoît Hamon, en effet, parle du passé, de l'Histoire mais pas du présent, pas du monde à venir et du pays pour toutes celles et tous ceux qui y ont leur vie.
La question de l'égalité réelle des droits, égalité de laquelle découlent liberté et fraternité, reste alors un vain mot. Si en effet, Hamon veut réellement construire pour ce pays un futur désirable comme il le dit à longueur d'entretiens et/ou de meetings, il ne peut le faire sérieusement sans compter tout le monde car l'idée qu'un compte pour un est un énoncé démocratique élémentaire et incontournable. Or, tel n'est pas le cas. C'est plus que fâcheux.
De façon générale, les grandes envolées sur le CNR chez Hamon ou la République sociale chez Mélenchon sont par avance ruinées du fait que la question nationale est plus ou moins traitée sur un versant réactionnaire. Le pays, dans les discours parlementaires, n'est pas celui de tous les gens qui sont ici et le sort des damnés de la terre qui traversent la Méditerranée sur de frêles esquifs en n'y trouvant bien souvent que la noyade n'émeut pas beaucoup nos médias, nos partis et nos compatriotes. Mélenchon est incapable de saluer la politique de Merkel à ce sujet et Hamon parle d'accueillir plus de réfugié.e.s sans beaucoup de précision alors qu'on sait qu'au vu de l'inhumanité, sur ce sujet comme sur d'autres, de la République française, cela, au fond, ne l'engage pas beaucoup.
Cette question est centrale. Sans égalité des droits pour tous et toutes, sans régularisation légale de gens bien rééls et courageux, de fait, la démocratie est un vain mot et la question sociale s'accomodera, comme depuis un moment maintenant, d'un apartheid light. C'est inacceptable. Sans figure neuve du pays et de la question nationale, les programmes sociaux de "la gauche" ne sont que bavardages indignes.
Il faut que chacun et chacune s'empare de cette question et, comme il/elle le peut, la remette dans le débat public. C'est une étape par ailleurs essentielle du combat contre le Front national.

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