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Billet de blog 26 mars 2014

Il n'y a rien à attendre du parlementarisme ; cherchons ailleurs et autrement.

Yvan Najiels
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On peut se réjouir que le PS se soit pris une gamelle dimanche dernier. On peut refuser de céder au discours "démocratique" exigeant que l'on vote contre le FN et donc pour le PS ou son jumeau réactionnaire de l'UMP. Mais cela ne fait pas tout. Et le FN continue de progresser même si la vague, quoi qu'on en dise, est limitée.
Le passé récent doit nous éclairer : on a vu le PS lourdement défait dans ces 20 dernières années mais on l'a aussi vu, à chaque fois, s'en remettre. C'est la magie idiote du parlementarisme : au PS défait succède la droite. A la droite détestée succède un PS ragaillardi. Et ainsi de suite.
La joie de voir les mines déconfites des hiérarques arrogants du Parti socialiste un soir de rouste électorale est compréhensible mais ressemble néanmoins à une passion triste si on en reste là. Le PS (ou l'UMP) se remet toujours, à un moment ou à un autre, des déculottées électorales. Voyez 1993 puis 1997. Voyez 1997 puis 2002. Le show continue. La droite succède à "la gauche" et vice versa et ainsi de suite.
Il ne se passe donc rien, ou rien d'essentiel, dans le parlementarisme. Rien n'y a plus de sens sinon la perpétuation d'une classe politique grassement rétribuée au fond d'accord sur tout avec une opposition interne qui, in fine, perpétue le système : le Front national.
Il n'y a qu'à entendre les électeurs et électrices du parti postpétainiste : leur "rebellion" se limite à la haine - encouragée par l'UMP et le PS - des étrangers pauvres ou supposés tels (Rroms, Africains, musulmans et surtout musulmanes, ...) et ils répètent à l'envi leur ritournelle d'idiots parfaitement utiles au système et à sa langue de fer publicitaire : "On a tout essayé, alors pourquoi pas le Front national ?"
La frustration et/ou la réjouissance triste des soirées électorales provient du fait que tout est délégué, que la politique n'est que l'affaire de quelques uns (nos "représentants") dont il est évident qu'ils se soucient comme d'une guigne de leurs promesses formulées dans la chaleur d'un meeting ("Mon ennemi, c'est la finance"), promesses qui seront donc indéfectiblement trahies - et toujours plus vite. Il n'y a qu'à voir Jospin par rapport à Mitterrand et Hollande par rapport à Jospin.
L'attente d'un personnel étatique vertueux ayant quelques principes est sans aucun doute une vieille lune. Cela a existé dans l'Histoire récente de ce pays mais c'était lors de périodes où, pour reprendre l'expression de Sophie Wahnich, le peuple était constitué et donc présent dans la politique. Constitué en 1793, constitué en 1848, constitué en 1936 et encore en 1968 voire en 1995.
Il n'y a pour l'instant de politique que parlementaire et intra-étatique. De ce point de vue, que des maires communistes réélus en Seine-Saint-Denis ne s'alarment pas du taux d'abstention dans leurs villes est atterrant. L'Etat ne pliera, ne lâchera des mesures progressistes que sous la contrainte d'un peuple constitué et agissant. Politisé.
Au sein du système, les passions tristes et les frustrations assureront "l'alternance", sorte de soviétisme libéral avec deux partis au lieu d'un, mais les changements n'iront guère au-delà. La colère des électeurs de la gauche en 1993 n'a pas empêché Jospin de gagner 4 ans plus tard pour expulser les sans-papiers et se coucher face à Michelin.
La question d'une politisation générale dans le pays est donc posée. C'est cette politisation, jusqu'au milieu des années 1970, qui a garanti un pays vivable. Y en a pas un sur cent mais pourtant ils existent, chantait Léo Ferré et il avait raison. La droite pompidolo-giscardienne, ayant fort à faire avec des courants dits "gauchistes" (bien plus intéressants que le PCF devenu serviteur obséquieux de la Hollandie), était obligée de composer avec une ambiance et avec la force d'un discours qui, sous Mitterrand, disparurent.
Il n'y a rien à attendre des partis politiques parlementaires. L'idée de "représentants" est en crise au moment où plus personne ne se présente comme, par exemple, au temps de la Révolution, les Sans-culottes devant la Convention.
Sans cette politisation de masse, les temps risquent de demeurer longtemps obscurs. La contestation intra-étatique et donc consensuelle (contre les étrangers, contre les fidèles de l'islam...) ne pourra profiter qu'à l'infâme Front national.
Chacun est un sujet politique. C'est même là le seul sens de la démocratie. Même les sans-voix ont une voix, sortis de la seule question électorale.
C'est la politisation de ce peuple-là, varié et multinational, qu'il est urgent de constituer.

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