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Billet de blog 26 juin 2013

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Marine Le Pen et l'ouvrier arabe

Marine Le Pen était ce matin l'invitée de France Inter à 8h20 puis elle a répondu ensuite à deux questions d'auditeurs (ici). Il fallait entendre cette émission pour mesurer l'abjection de la dirigeante du Front national mais également celle de ses électeurs et électrices qui, je persiste et je signe, sont dénués du moindre principe et, en cela, homogènes au parlementarisme dans sa globalité.

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Marine Le Pen était ce matin l'invitée de France Inter à 8h20 puis elle a répondu ensuite à deux questions d'auditeurs (ici). Il fallait entendre cette émission pour mesurer l'abjection de la dirigeante du Front national mais également celle de ses électeurs et électrices qui, je persiste et je signe, sont dénués du moindre principe et, en cela, homogènes au parlementarisme dans sa globalité.
La fille Le Pen a été interrogée sur Mandela agonisant et s'est contentée de quelques généralités creuses (difficile en effet de salir ce grand nom parmi d'autres de la grande tradition politique émancipatrice noire - pensons à Toussaint Louverture, à Martin Luther King, à Lumumba et Sankara...) pour ensuite, mise en difficulté par un Patrick Cohen assez pugnace pour une fois, finir par qualifier France inter de "radio bolcho" (bolchos dont il faut rappeler qu'Occident en 1968 voulait les envoyer à Dachau). Pourquoi cette extrêmité ridicule ? Parce que la rédaction d'inter avait rappelé fort opportunément que la mairie FN de Vitrolles avait débaptisé la place Mandela de la ville et que le père Le Pen avait déclaré qu'il n'était ni ravi, ni ému par la libération de Madiba en 1990.

La capacité du FN, visiblement avalisée par ses électeurs, à mentir comme il respire est saisissante. Du reste, quoi d'autre, une fois encore, que la haine du genre humain chez ce parti et parmi ses électeurs et électrices ? Jugez-en plutôt.

Au moment des questions des auditeurs, une dame appelle pour dire comme un passage à l'acte - dont elle semble savoir qu'il est une abjection - qu'elle va voter FN (ce que, dit-elle, elle n'avait fait jusque là). Elle déroule la vieille jalouissance lepéniste désormais bien connue pour finir par dire que la réforme des retraites n'est pas juste mais qu'il faut quand même la faire au nom de l'équité (l'égalité est une notion à jamais étrangère à cette engeance haineuse et percluse de passion triste). Pour cela donc, la dame du Lubéron est prête à se couvrir d'excréments et dès lors, il faut s'interroger : dédiabolisation du F"N" ou diabolisation du parlementarisme ? Toujours est-il que l'auditrice commence par se poser en victime pour justifier la misère égoïste de sa pensée et son ralliement à l'halali xénophobe et islamophobe.

Un second auditeur, ensuite. Badredine, il me semble, prolétaire arabe qui demande à Marine Le Pen s'il est vrai qu'elle prévoit d'expulser les étrangers en situation régulière dès lors qu'ils n'auraient plus de travail ou qu'ils se retrouveraient au chômage. La chef du F"N" louvoie mais pas trop. Elle n'a pas le discours directement fasciste type Aube dorée mais finit par dire que oui, en effet, au bout de six mois, son interlocuteur sans emploi se verrait couper toute aide de l'Etat au motif à la fois ahurissant et abject... qu'il n'est pas français ! S'ensuivrait donc, rapidement, une expulsion puisque zombifié socialement, un salarié étranger venu d'un pays pauvre n'aurait guère le choix. Rien donc sur la vie réelle de ces ouvriers, sur leur travail et leur dos cassé... Rien sur les gens vivants de ce pays vivant. Le FN, c'est le sang, la terre et les morts. Le maçon arabe au bout du fil se voit exterminé juridiquement par Marine Le Pen qui fait fi du pays réel des gens de partout, parmi lesquels des ouvriers étrangers auxquels celles et ceux qui les ont exploités doivent bien plus que le respect.

Il est donc beau le FN nouveau ! Il reste en tous les cas l'antithèse de la Révolution française dans ce qu'elle eut de plus de plus grand et les pourfendeurs, hélas à la mode, de Robespierre et de la Terreur (largement fantasmée, lire Jean-Clément Martin) feraient bien d'une part de lire la constitution de 1793 et, d'autre part, de réfléchir à la terreur administrative (typiquement fasciste, elle) qui est dans les cartons des fantoches du F"N" et, sans doute, d'une partie de la droite.

En mettant en rapport les deux interventions-questions des auditeurs, on voit bien que même sous couvert d'équité, le Front national a la passion de l'inégalité et qu'en cela, loin des fadaises attrape-tout sur la Révolution, Valmy, etc., il est l'ultime avatar de la logique de l'Ancien régime. Et les pauvres qui sont prêts à voter pour lui sont, pour reprendre Hugo à propos des Thénardier, de mauvais pauvres qui constituent, du reste, une bourgeoisie dans le peuple qu'ils sont prêts à écraser et à réduire sur des critères ignobles. Car quand on est pauvre (à supposer qu'il y ait des pauvres qui votent FN), si l'on pactise avec des milliardaires capitalistes véreux pour écraser plus faibles que soi, alors on ne mérite aucun respect ni aucun regard de compassion. Rien ne justifie de fouler aux pieds ses frères de classe - d'où qu'ils viennent.

De ce point de vue, il est donc vain, hélas, d'insister sur le caractère mensonger du slogan "Mains propres et tête haute" du FN. Qu'il soit corrompu ne pose de problème qu'à une infime partie de ses électeurs. La préférence nationale est en soi une corruption politique par rapport à l'égalité. Si l'existence précède l'essence, comme le disait notre grand bolchevik Jean-Paul Sartre, alors, comme dans Figaro, la naissance n'est le nom de rien. Dire le contraire, c'est réhabiliter Capet et l'inégalité.

Toute protestation contre l'ordre inégalitaire du monde est vaine dans la bouche envieuse des sympathisants du Parti des Ténèbres. Il faut réduire politiquement ce tout-à-l'égoût discursif et le grand n'importe quoi, typiquement fasciste pour le coup, du FN.

Affirmons, pour commencer :

- Le travail, ça compte et ça ouvre à des droits !

- Le pays se compose de tous ceux qui y vivent !

- La France est un pays arc-en-ciel, c'est depuis toujours ce qui la rend vivable !

- Combattons les inégalités ! Luttons pour l'égalité entre tous les gens qui vivent ici !

- Français ou pas, on s'en fout ; vive le peuple multinational de France !

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