Ni Charlie ni d'Occident.

Les attaques au couteau d’hier à Paris sont la manifestation d’une folie engendrée par l’Occident. C’est à partir de cela qu’il faut penser.

Philosophes, vous êtes de votre Occident.


Inutile, à propos des attaques au couteau d'hier dans Paris, de juger un homme. Jugeons plutôt un système. Ce système, c'est le nôtre : celui de l'ensauvagement occidental, le seul réel et le seul, surtout, qui irrigue tous les autres éventuels. Il a détruit des mondes, des peuples, des altérités.
Les guerres sans fin que nous menons, la visite du proconsul Macron au Liban, le sort républicain fait aux mineurs isolés (l'État suspicieux et la Mairie de Paris font passer des tests osseux afin d'en expulser un maximum en les déclarant majeurs et partant menteurs), le #JeSuisCharlie et son cortège emmené par le Printemps républicain qui cherchent à nous intimider avec des accents dignes de Gringoire. Un Gringoire de notre temps, d'un temps où l'islamophobie est le pendant conjoncturel de l'antisémitisme d'avant 1945.
Penser que tout cela sera sans effets est une folie. On n'est pas blanc innocemment. Il faut s'engager politiquement contre la notion même d'Occident.
On n'est pas blanc innocemment comme Saint Just dit On ne règne pas innocemment ; tout roi est un rebelle et un usurpateur n'est pas qu'une clause de style. L'état du monde est largement tributaire de ce qu'en a fait l'impérialisme et, dans la période la plus récente, la destruction de l'Irak, de l'Afghanistan et, par ricochet, la terrible situation syrienne. L'insatiable quête de profit capitaliste a des effets jusque dans la péninsule arabique ; le climat y est davantage que déréglé, il sera bientôt insoutenable.
Il ne s'agit donc pas d'absoudre les deux déséquilibrés d'hier et, contrairement à ce que dit un ancien premier ministre ravagé par la haine républicaine, comprendre, ce n'est pas justifier.
Juste que le saccage du monde finit nécessairement par fracasser l'ensemble dudit monde et se croire épargné parce que riches (ce que nous sommes, au regard du vaste univers terrestre) et surarmés, au-delà d'un égoïsme effroyable, est insensé.
Nous sommes horrifiés par les morts mais au regard de tous ceux que tuent les guerres menées par l'Occident, force est de constater que nous avons les yeux bien secs. Le génocide rwandais, perpétré avec la complicité active de la République française en temps de cohabitation, n'émeut pas nos médias ni Manuel Valls.
La seule chose que les gouvernements de nos contrées proposent, c'est comme toujours la stigmatisation et la guerre. Stigmatisation via le terme "islamisme" ou "islamiste" qui en réalité désigne tout fidèle de l'Islam qui refuse de cacher sa croyance en public. Les intellectuels britanniques et américains pensent que la République post-coloniale est folle mais en France, il faut être Charlie et répondre à cette injonction terroriste et belliciste : êtes-vous Charlie ou êtes-vous Kouachi ?
Dire que Nous sommes en guerre comme nous le serine l'antienne consensuelle parlementaire depuis au moins 2015 (sous Hollande et Valls) n'est à tout le moins pas suffisant. La vérité exige de rappeler que nous faisons la guerre et que cela, nécessairement, a des retombées. La France a ainsi rasé Mossoul et Raqqa ces trois dernières années.
Mais Paris n'est toutefois pas détruite comme Alep ou comme le musée archéologique de Bagdad le fut peu après l'obscène victoire américaine de 2003 sur un peuple brisé par un embargo digne de celui que Trump veut infliger à l'Iran sans que personne, dans nos "démocraties occidentales", ne proteste. Il y a des morts, en effet, et une incertitude supplémentaire - mais faible - s'est installée dans l'esprit des habitants des grandes métropoles impérialistes. En attendant, toutefois, que font nos pays, nos états, nos gouvernements devant les hommes, les femmes et les enfants qui fuient les régions saccagées par l'impérialisme et qui se noient en mer ? Rien, à une Angela Merkel près.
En France, on préfère se repaître des insanités prépogromistes de Zemmour car même condamné du point de vue du droit, son venin néo-pétainiste fait le show, à l'image de la France et de son tenace pétainisme transcendantal.
Nous ne pouvons pas régner innocemment sur un monde qui ne l'a pas demandé. Ce seul règne est dès lors une infamie contre laquelle, y compris épouvantablement, des gens se révolteront. L'Occident est vis-à-vis du monde une survivance de l'Ancien Régime dans son rapport aux populations et nous devons, tous et chacun, fermement refuser cet engrenage désormais consensuel qui voit, par ex., un Jean Messiha épauler un Manuel Valls.
Sans politique de paix, sans dénonciation publique et massive des politiques criminelles occidentales et singulièrement, pour ce qui est d'ici, de la France, la logique des attaques ou des attentats aura un terreau. L'islamisme, terme contestable on le sait mais choyé par le consensus parlementaire pour sa force d'évidement de la pensée, a au moins autant à voir avec les turpitudes de l'Occident qu'avec la religion musulmane qui, fondamentalement, est une branche du monothéisme à l'instar du judaïsme et du christianisme.
Il faut refuser la guerre. Il faut refuser le consensus islamophobe. Il faut réaffirmer qu'il y a un seul monde.

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