Yvan Najiels
Abonné·e de Mediapart

413 Billets

3 Éditions

Billet de blog 26 sept. 2020

Ni Charlie ni d'Occident.

Les attaques au couteau d’hier à Paris sont la manifestation d’une folie engendrée par l’Occident. C’est à partir de cela qu’il faut penser.

Yvan Najiels
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Philosophes, vous êtes de votre Occident.

Inutile, à propos des attaques au couteau d'hier dans Paris, de juger un homme. Jugeons plutôt un système. Ce système, c'est le nôtre : celui de l'ensauvagement occidental, le seul réel et le seul, surtout, qui irrigue tous les autres éventuels. Il a détruit des mondes, des peuples, des altérités.
Les guerres sans fin que nous menons, la visite du proconsul Macron au Liban, le sort républicain fait aux mineurs isolés (l'État suspicieux et la Mairie de Paris font passer des tests osseux afin d'en expulser un maximum en les déclarant majeurs et partant menteurs), le #JeSuisCharlie et son cortège emmené par le Printemps républicain qui cherchent à nous intimider avec des accents dignes de Gringoire. Un Gringoire de notre temps, d'un temps où l'islamophobie est le pendant conjoncturel de l'antisémitisme d'avant 1945.
Penser que tout cela sera sans effets est une folie. On n'est pas blanc innocemment. Il faut s'engager politiquement contre la notion même d'Occident.
On n'est pas blanc innocemment comme Saint Just dit On ne règne pas innocemment ; tout roi est un rebelle et un usurpateur n'est pas qu'une clause de style. L'état du monde est largement tributaire de ce qu'en a fait l'impérialisme et, dans la période la plus récente, la destruction de l'Irak, de l'Afghanistan et, par ricochet, la terrible situation syrienne. L'insatiable quête de profit capitaliste a des effets jusque dans la péninsule arabique ; le climat y est davantage que déréglé, il sera bientôt insoutenable.
Il ne s'agit donc pas d'absoudre les deux déséquilibrés d'hier et, contrairement à ce que dit un ancien premier ministre ravagé par la haine républicaine, comprendre, ce n'est pas justifier.
Juste que le saccage du monde finit nécessairement par fracasser l'ensemble dudit monde et se croire épargné parce que riches (ce que nous sommes, au regard du vaste univers terrestre) et surarmés, au-delà d'un égoïsme effroyable, est insensé.
Nous sommes horrifiés par les morts mais au regard de tous ceux que tuent les guerres menées par l'Occident, force est de constater que nous avons les yeux bien secs. Le génocide rwandais, perpétré avec la complicité active de la République française en temps de cohabitation, n'émeut pas nos médias ni Manuel Valls.
La seule chose que les gouvernements de nos contrées proposent, c'est comme toujours la stigmatisation et la guerre. Stigmatisation via le terme "islamisme" ou "islamiste" qui en réalité désigne tout fidèle de l'Islam qui refuse de cacher sa croyance en public. Les intellectuels britanniques et américains pensent que la République post-coloniale est folle mais en France, il faut être Charlie et répondre à cette injonction terroriste et belliciste : êtes-vous Charlie ou êtes-vous Kouachi ?
Dire que Nous sommes en guerre comme nous le serine l'antienne consensuelle parlementaire depuis au moins 2015 (sous Hollande et Valls) n'est à tout le moins pas suffisant. La vérité exige de rappeler que nous faisons la guerre et que cela, nécessairement, a des retombées. La France a ainsi rasé Mossoul et Raqqa ces trois dernières années.
Mais Paris n'est toutefois pas détruite comme Alep ou comme le musée archéologique de Bagdad le fut peu après l'obscène victoire américaine de 2003 sur un peuple brisé par un embargo digne de celui que Trump veut infliger à l'Iran sans que personne, dans nos "démocraties occidentales", ne proteste. Il y a des morts, en effet, et une incertitude supplémentaire - mais faible - s'est installée dans l'esprit des habitants des grandes métropoles impérialistes. En attendant, toutefois, que font nos pays, nos états, nos gouvernements devant les hommes, les femmes et les enfants qui fuient les régions saccagées par l'impérialisme et qui se noient en mer ? Rien, à une Angela Merkel près.
En France, on préfère se repaître des insanités prépogromistes de Zemmour car même condamné du point de vue du droit, son venin néo-pétainiste fait le show, à l'image de la France et de son tenace pétainisme transcendantal.
Nous ne pouvons pas régner innocemment sur un monde qui ne l'a pas demandé. Ce seul règne est dès lors une infamie contre laquelle, y compris épouvantablement, des gens se révolteront. L'Occident est vis-à-vis du monde une survivance de l'Ancien Régime dans son rapport aux populations et nous devons, tous et chacun, fermement refuser cet engrenage désormais consensuel qui voit, par ex., un Jean Messiha épauler un Manuel Valls.
Sans politique de paix, sans dénonciation publique et massive des politiques criminelles occidentales et singulièrement, pour ce qui est d'ici, de la France, la logique des attaques ou des attentats aura un terreau. L'islamisme, terme contestable on le sait mais choyé par le consensus parlementaire pour sa force d'évidement de la pensée, a au moins autant à voir avec les turpitudes de l'Occident qu'avec la religion musulmane qui, fondamentalement, est une branche du monothéisme à l'instar du judaïsme et du christianisme.
Il faut refuser la guerre. Il faut refuser le consensus islamophobe. Il faut réaffirmer qu'il y a un seul monde.

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Zemmour : les « Zouaves Paris » derrière les violences
Le groupuscule « Zouaves Paris » a revendiqué lundi, dans une vidéo, les violences commises à l’égard de militants antiracistes lors du meeting d’Éric Zemmour à Villepinte. Non seulement le candidat n’a pas condamné les violences, mais des responsables de la sécurité ont remercié leurs auteurs.
par Sébastien Bourdon, Karl Laske et Marine Turchi
Journal — Médias
Un infernal piège médiatique
Émaillé de violences, le premier meeting de campagne d’Éric Zemmour lui a permis de se poser en cible de la « meute » médiatique. Le candidat de l’ultradroite utilise la victimisation et des méthodes d’agit-prop qui ont déjà égaré les médias états-uniens lorsque Donald Trump a émergé. Il est urgent que les médias français prennent la mesure du piège immense auquel ils sont confrontés.  
par Mathieu Magnaudeix
Journal — Social
Les syndicalistes dans le viseur
Dans plusieurs directions régionales de l’entreprise, les représentants du personnel perçus comme trop remuants affirment subir des pressions et écoper de multiples sanctions. La justice est saisie.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal
Fonderies : un secteur en plein marasme
L’usine SAM, dans l’Aveyron, dont la cessation d’activité vient d’être prononcée, rejoint une longue liste de fonderies, sous-traitantes de l’automobile, fermées ou en sursis. Pour les acteurs de la filière, la crise économique et l’essor des moteurs électriques ont bon dos. Ils pointent la responsabilité des constructeurs.
par Cécile Hautefeuille

La sélection du Club

Billet d’édition
Dimanche 5 décembre : un déchirement
Retour sur cette mobilisation antifasciste lourde de sens.
par Joseph Siraudeau
Billet de blog
Aimé Césaire : les origines coloniales du fascisme
Quel est le lien entre colonisation et fascisme ? Comme toujours... c'est le capitalisme ! Mais pour bien comprendre leur relation, il faut qu'on discute avec Aimé Césaire.
par Jean-Marc B
Billet de blog
Le fascisme est faible quand le mouvement de classe est fort
Paris s’apprête à manifester contre le candidat fasciste Éric Zemmour, dimanche 5 décembre, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la Jeune Garde Paris. Réflexions sur le rôle moteur, essentiel, que doit jouer le mouvement syndical dans la construction d’un front unitaire antifasciste.
par Guillaume Goutte
Billet de blog
« Pas de plateforme pour le fascisme » et « liberté d’expression »
Alors que commence la campagne présidentielle et que des militants antifascistes se donnent pour projet de perturber ou d’empêcher l’expression publique de l’extrême droite et notamment de la campagne d’Éric Zemmour se multiplient les voix qui tendent à comparer ces pratiques au fascisme et accusent les militants autonomes de « censure », d' « intolérance » voire d’ « antidémocratie »...
par Geoffroy de Lagasnerie