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Billet de blog 27 janvier 2010

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Un poète à qui je suis redevable d'avoir vécu sans vivre vraiment...

Entre 20 et 25 ans, j'ai adoré André Breton.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pierre Ferron sur son blog évoque André Breton, pape du surréalisme auquel Trotsky - son ami - avait dit "vous avez une fenêtre encore ouverte sur l'au-delà" tant, malgré les références à Hegel et à Engels, l'auteur de Martinique, charmeuse de serpents est resté en partie idéaliste.

Rétrospectivement, la vision bretonienne de l'amour me semble impossible à l'image du "bloc de lumière" évoqué dans Arcane 17, oeuvre à mi-chemin du récit (vérité, comme toujours chez Breton) et du poème (entre Bossuet et Chateaubriand quant au style, avec ses périodes carrées...). Il y a toutefois des éléments qui, bien que reprenant l'idée d'Aristophane dans Le banquet, font penser à ce qu'écrit Alain Badiou à propos de l'amour : l'idée de fidélité, de l'amour qui croît avec le temps (dans L'Amour fou, le poète s'élève contre ce qu'il appelle un sophisme et qui consiste à penser que le désir physique ne peut que décroître avec le temps).

André Breton est l'auteur, homme et femme confondus, que j'ai le plus intensément aimé dans ma vie. Entre, disons, 20 et 25 ans, il a été, peut-être, mon plus proche compagnon. C'est tout bête, je le sais bien, mais c'est ça, la littérature. L'idée de hasard objectif, sorte d'hégélianisme revisité par le groupe surréaliste, a été, dans ces années où je n'aurais laissé personne dire que c'était le plus bel âge de la vie, ce qui m'a fait tenir et aimer les promenades nocturnes sous les feuilles des arbres des rives de l'Île Saint-Louis. Dans la jungle de la solitude, un beau geste d'éventail peut faire croire à un paradis.

Parmi ces oeuvres que j'ai lues plusieurs fois, j'ai aimé à la folie L'Amour fou, Les Vases communicants et Arcane 17. Dans ce dernier livre, publié à la fin de la seconde guerre mondiale et écrit entre l'Amérique et l'Europe (j'aurais, du reste, voulu trouver, à New-York cet été, les lieux chéris par André Breton mais en vain), ce qui est magnifique, c'est la tension entre la vision tragique de l'existence et de l'amour (chez les surréalistes - Aragon compris -, les deux sont indissociables) et la volonté d'optimisme. Arcane 17, c'est la rencontre avec Elisa (morte en 2000), femme appelée à revivre après avoir perdu un enfant et qui sera la dernière compagne d'André Breton. Le passage qui évoque cette douleur et la vie, plutôt la vie, appelée à continuer devrait figurer dans toutes les anthologies poétiques dignes de ce nom.

L'Amour fou, en revanche, c'est l'histoire d'André Breton avec Jacqueline Lamba, rencontrée en 1934 au café des Oiseaux, dans le quartier d'Anvers (le café existant toujours, j'ai un jour interrogé le barman sur cette histoire mais il m'a regardé il faut voir comme... La forme d'une ville change plus vite hélas...). C'est de cet amour, d'ailleurs, qu'est née Aube, au prénom qui est un hommage à Rimbaud. L'Amour fou était pour moi comme un viatique pour la vie. Il m'apprenait qu'il ne fallait pas désespérer de l'amour, que toute idée de malédiction était une invention. Il me rappelait qu'être le premier à dénoncer l'amour, c'est avouer qu'on n'a pas su se mettre à la hauteur de ses prémisses. Cela est si vrai !

Les Vases communicants, enfin, est un récit grave où Breton est seul, triste d'avoir perdu un amour. L'amertume même y est poétique jusqu'à l'incandescence, y compris dans les postures de dandy de l'auteur qui raille ce qu'on pourrait appeler les amours de villages. Ce livre est le plus marqué par l'engagement aussi bref qu'intense de Breton au Parti communiste. Il est donc son livre le plus politique parmi ses récits-vérité. Il y est toutefois aussi question de Freud - qui, lui, à l'instar de Trotsky, resta sceptique face à l'idéalisme surréaliste... -, de Hegel, de Engels beaucoup mais aussi de l'URSS et de l'Armée rouge. La fin du livre, sur Montmartre qui s'éveille, est une pure merveille.

Depuis, la lecture de Breton m'émeut moins. Elle ne m'embarque plus comme jadis. Mais dans mon souvenir, ces phrases demeurent comme une douce mélodie secrète.

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