Un débat qui agite l'extrême gauche et la gauche dite radicale

La France... Quelle place ce nom propre peut-il (ou ne peut-il pas) et doit-il (ou ne doit-il pas) occuper dans un discours politique qui se réclame de l'émancipation ?

Un débat autour de la question nationale a surgi avant les élections européennes et s'est, semble-t-il, trouvé renforcé à la suite du score impressionnant en terme de suffrages exprimés du Parti des Ténèbres, héritier dégradé du nationalisme de Barrès et Maurras. Ce débat concerne donc, ici et maintenant, la France mais surtout la place que ce nom propre peut (ou ne peut pas) et doit (ou ne doit pas) occuper dans un discours politique qui se réclame de l'émancipation.

Nombre d'amis du NPA (et j'imagine de LO) réfutent au nom de l'internationalisme la notion de nation. En justification de ce point de vue, ils citent Marx en argument d'autorité qui déclarait que "les ouvriers n'ont pas de patrie". Cette phrase, me semble-t-il, est juste ou non selon les circonstances : il fallait refuser en 1914 d'aller faire la guerre mais le pacifisme de 1940 est plus que discutable. Enfin, on voit bien les limites de la phrase de Marx si l'on pense à la vie d'un ouvrier en France, en Grèce ou au Venezuela. Il semble bien à travers ces exemples qu'on ne puisse absolument faire fi des réalités nationales.

À l'inverse de cet internationalisme de bon aloi mais à mon avis insuffisant, une autre partie de la gauche dite radicale mais en vérité encore héritière du mythe républicain (je dis mythe car depuis Thermidor puis Juin 1848, braîller "La République, la République !" a quelque chose d'indécent à tout le moins) opte, à l'image du mouvement social-chauvin MPEP qui met des drapeaux tricolores sur ses affiches, pour un souverainisme de gauche et une défense de la nation comme le PC la défendait jusqu'au traité de Maastricht en n'oubliant pas les bulldozers contre les foyers d'ouvriers étrangers comme à Vitry-sur-Seine par exemple au début des années 1980.

Il faut sans doute soutenir une troisième position internationaliste (vertu cardinale) qui ne refuse pas d'utiliser le nom "France" à partir du moment où l'idée du pays qui est portée est pour tous et compte tous ceux et toutes celles qui vivent ici (le lieu de naissance et la généalogie familiale n'étant d'aucune importance pour un droit du sol absolu). Le nom politique désormais douteux et réactionnaire n'est pas "France" mais "Français" puisque nous soutiendrons que la France est le pays, non de ceux-ci exclusivement, mais de tous ceux et de toutes celles qui ont leur vie ici. Une idée nationale et anti-UE n'est donc pas nécessairement identitaire et réactionnaire. La France est un pays à la réalité populaire multinationale et elle est, en ce sens, un pays-monde détesté par le FN pour qui le pays, c'est la terre et les morts.

L'idée de l'indépendance par rapport à loi d'airain de l'UE n'est donc pas nécessairement réactionnaire et, au contraire, laisser le FN se parer fallacieusement des oripeaux du combat anti-UE ne fera que renforcer l'extrême droite. L'UE est juste bonne à jeter aux orties. Les discours sur l'Europe sociale ou l'autre Europe sont des airs fumeux trop entendus ou, pour le dire plus simplement, du pipeau ! Ne pas endosser une critique véhémente de l´Union Européenne empêchera le camp internationaliste de sortir de son ornière.

En même temps, et c'est la condition sine qua non pour continuer à parler d'indépendance (ou de souveraineté populaire), maintenir le nom "France" dans le discours politique de l'émancipation implique de soutenir une vision neuve et internationaliste de ce pays en soutenant des énoncés tels que "La France des cités n'est pas un "territoire perdu de la République" mais la France moderne", "La France est aussi un pays musulman"  ou bien encore "Le pays se compose de tous ceux qui y vivent" voire "La France pour tous !" C'est après tout l'héritage des révolutionnaires de 1793.

Sans cela, nous perdrons sur tous les tableaux et il serait particulièrement dramatique que le FN ultralibéral récolte la colère populaire répandue contre l'UE et l'euro.

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