Ceci n'est pas sans rapport avec la réaction politique épaisse dans laquelle la France est en ce moment plongée...

Désirant comprendre réellement ce que fut la Révolution française, désirant relire et retrouver les grandes figures de Saint Just et de Robespierre (peut-être les plus hautes, politiquement, que la France ait connues), je me replonge ces jours-ci dans les livres traitant de la Révolution française. J'exclus bien sûr les thuriféraires contemporains de la Gironde dont Michelet disait que le mot d'ordre était : Attendre !, à savoir feu François Furet, Mona Ozouf et consorts. Les brigands triomphent ; il ne manquerait plus qu'on leur serve la soupe ou qu'on lise leurs écrivailleries...

Les éditions "La Fabrique" ont publié il y a quelques années un recueil des grands textes de Robespierre. Les textes du recueil ont été choisis et sont préfacés par les historiens Yannick Bosc, Florence Gauthier et Sophie Wahnich. Ces historiens ont le grand mérite de mener un combat politique via leurs travaux. Robespierre est une grande figure. Il s'inscrit dans le panthéon de quiconque se pense du côté de l'émancipation. Cracher sur lui, c'est pactiser avec la réaction et puisque notre révolte a de nouveau besoin d'ancêtres (André Breton me pardonnera cet écart), il faut réhabiliter l'Incorruptible tandis que notre consensus, aussi épais que réactionnaire, le déteste.

Dans cette préface, justement, aux pages 10 et 11, je lis ceci, que je retranscris tant c'est énorme de sens pour aujourd'hui...

Quant au sang de la Terreur, et plus précisément de la grande Terreur, qui s'étend de la loi du 22 prairial an II-10 juin 1794 au 9 thermidor an II-27 juillet 1794, il est de 1366 morts en deux mois. Thiers quand il réprime la Commune de Paris fait exécuter 23000 insurgés pour la seule Semaine sanglante. Dans le camp de Satory où les officiers versaillais entassent les vaincus, les prisonniers qui arrivent déclarent : "la terreur est plus forte que jamais". Pourtant, comme le souligne Jean-Pierre Faye, ce n'est pas avec la répression de la Commune de Paris, mais bien avec la Révolution française, que ce mot de terreur a pris sa résonnance historique. Paradoxe. D'autant que les outils institutionnels de la Terreur servent les thermidoriens. Ni le Tribunal révolutionnaire ni le Comité de salut public, ni le Comité de sûreté générale ne sont alors démantelés, car ils sont indispensables pour mener la répression politique des acteurs "robespierristes" de l'an II. A ce titre, Thermidor n'est pas une sortie de la Terreur, mais sa continuation avec d'autres protagonistes, d'autres vainqueurs et d'autres vaincus, un changement de projet politique et non un changement de moyens politiques. De quoi en tout cas inciter à ne pas aborder Robespierre comme une curiosité protostalinienne et à ne pas reprendre sans réfléchir l'image thermidorienne du "buveur de sang".

J'ajoute à ce passage qu'il est précisé, en notes, que Louise Michel évaluait à 100000 morts le nombre de victimes de la répression de la Commune.

Il faut assurer la transmission aux nouvelles générations des grandes figures du peuple et de l'émancipation et ne pas rougir de honte devant ce que Slavoj Zizek appelle "la violence divine".

 

 

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