"La France unie", une injonction pétainiste.

Pour masquer sa propre responsabilité politique ainsi que celle de ses prédecesseurs (Sarkozy puis Hollande, au moins) et faire diversion, Macron relance le slogan de la campagne présidentielle de 1988 de Mitterrand. Ce slogan est aussi vénéneux que réactionnaire, pétainiste même.

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Le retour, via un logo, de "La France unie" qui fut le slogan de Mitterrand pour sa réélection est un indice supplémentaire des sombres temps que nous vivons. Que ce slogan fut inauguré par un ex-Vichyste qui défendit plus tard l'Algérie française n'est pas un hasard : il fantasme la nation comme un corps national duquel rien ne dépasse et dont chacun des membres, c'est le sens de l'adjectif uni, obéit au chef.
Pour Macron, c'est une aubaine et ce retour est à ajouter à son idée de "guerre". Il s'agit de faire taire les récalcitrants en les désignant comme ennemis du corps national uni et ainsi dépolitiser (ce qui est toujours une opération politique réactionnaire) la situation.
De ce fait les applaudissements tous les soirs sans aucun énoncé mais aussi le discours sacrificiel (pour les autres, Pétain aussi était réputé couard) s'inscrivent dans cette unité nationale où est fait fi de tous les manquements criminels de l'État qui a savamment détruit l'hôpital public et qui, comme Bachelot aujourd'hui devenue totem de la santé publique (mauvaise blague), n'ont plus comme argument que d'accuser tel ou tel médecin d'être à la CGT, i.e. étranger politiquement au corps national uni.
Parler de France unie évoque le don proclamé de Pétain à la France mais Macron ne le fait pas exactement comme cela (sans doute cela serait-il trop voyant). Il se présente en chef de guerre, militarise des médecins qui n'ont rien demandé pour annoncer ensuite que certains sont "tombés" (version Verdun 1916) et enrôle les personnels hospitaliers et de santé dans sa guerre en en magnifiant le sacrifice.
À côté de cela, les réfractaires sont menacés et Pénicaud, de ce point de vue, parlant de "challenger" les entreprises à l'arrêt, apparaît dans cette "guerre" sanitaire comme l'équivalent de ceux qui réprimèrent les mutins de 1917.
La France unie, comme dans le pétainisme qui est la version pleurnicharde du fascisme, veille donc à sauver le capital, les petits entrepreneurs et autres "premiers de cordée" (quand bien même, à l'instar des députés, on est fondé à s'interroger sur leur utilité) en promulguant des lois d'une violence réactionnaire inouïe (60h, congés imposés, etc.). 
Bien sûr, la position de Macron est double puisqu'à la différence du pétainisme de 1940, il a été au pouvoir avant la catastrophe, poursuit son mandat pendant celle-ci et sera encore aux affaires ensuite. N'empêche : son discours qu'il a conclu par "j'en tirerai toutes les conséquences" à propos de ce qui arrive contient un "en même temps" particulièrement glaçant. On a pu croire à l'annonce d'un tournant étatique social alors que ce discours peut tout aussi bien apparaître comme : la récréation est terminée, il faudra travailler, travailler, travailler et cesser de jouir (vieux thèmes pétainistes).
Il n'est pas excessif de dire que fondamentalement Mitterrand était d'extrême-droite. Son implication dans le massacre d'Ouvéa puis dans le génocide rwandais à la fin de sa présidence ne laissent aucun doute à ce sujet. 
Son usage de ce slogan en 1988 n'a rien d'apaisant et, du reste, une politique "apaisante" est nécessairement réactionnaire puisqu'elle finit tôt ou tard (ça commence déjà en ce moment) par désigner des ennemis au corps uni national ("La France unie", donc). Ces ennemis peuvent être les gauchistes, les Gilets jaunes, les syndicalistes mais aussi, surtout, en ce moment les étrangers, toujours perçus comme des "métèques" dans la République thermidorienne et pétainiste.
On le voit avec l'aile pétainiste la plus pure du capitalo-parlementarisme qui n'hésite pas à colporter mensonges et calomnies sur d'éventuelles infractions au confinement dans les quartiers populaires et multinationaux. On le voit aussi avec la reprise de ces calomnies par des médias officiels.
La France unie est donc un slogan infâme, réactionnaire dont la visée dépolitisante n'a pour objet que de sauver le capitalisme et l'impérialisme français. Il faut dénoncer cela, s'y opposer fermement et rappeler qu'en la période, il n'y a qu'une unité possible : une unité de classe.

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