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Billet de blog 14 janvier 2016

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IUT Saint Denis suite de cette malheureuse affaire qui est la démonstration du mal être de notre pays a tous les niveaux

De révélations en révélations l'on va tout savoir malgré les menaces grâce au site LPLD

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11 Jan 

AFFAIRE DE L’IUT DE SAINT-DENIS : COMMENT UNE AFFAIRE LOCALE PEUT-ELLE DEVENIR UNE AFFAIRE D’ÉTAT ? 

La Procureure du parquet de Bobigny, Fabienne Klein Donati, ici en octobre dernier, lors de la remise de diplôme Master 2 de Droit à l'université Paris XIII, forme certainement avec la garde des sceaux et la ministre de l'éducation nationale, le trinôme le plus habilité à régler l'affaire qui empoisonne depuis deux ans l'IUT de Saint-Denis! (Crédit photo Facebook de l'Université Paris XIII) 

INTERVIEW EXCLUSIVE RACHID ZOUHHAD

ACTE V

LPLD.fr : Il s’est passé bien des rebondissements ces derniers mois à commencer par cette fameuse vidéo montrant d’après des témoignages recueillis par l’AFP que M. Samuel Mayol aurait placé des tapis de prière dans le local jouxtant le bureau des sports. Celui-ci aurait été filmé à son insu, croyant que le dispositif vidéo ne fonctionnait pas ! Comment croire à une telle histoire ?

R.Zouhhad : J’ignore tout de ces rebondissements. J’en ai appris l’existence par la presse et ai suivi à travers elle ce nouveau chapitre de cette histoire qui n’en finit plus. Sur les faits eux-mêmes, il appartient à la section disciplinaire saisie et à la Police ainsi qu’à la justice de faire toute la lumière. 

Toutefois, il y a plusieurs aspects de cette affaire qui m’interpellent. En premier lieu, l’explication donnée par M. Mayol. Si j’en crois la presse, il aurait affirmé avoir déposé devant la porte du service des sports de l’IUT un sac comportant non pas des tapis, mais des T-shirts. Je suis étonné par une telle explication. Comment croire que dans une période où la vigilance de toutes et tous est sollicitée à l’égard de tout paquet, sac ou objet en apparence abandonné, M. Mayol ait pris le risque de laisser ainsi un sac devant une porte de bureau? En second lieu, ce sac ne pouvait y rester longtemps sans attirer l’attention du service de sécurité de l’IUT qui fait des rondes continues. Je n’évoque même pas le risque de disparition ou de vol d’un sac déposé devant une porte de bureau. Enfin, je ne peux que m’interroger plus encore sur la démarche de M. Mayol. Il faut savoir qu’il est d’usage dans l’institution de déposer à la loge où il y a une permanence tout objet, colis, enveloppe ou autre, destinés à un service ou à un collègue. Une solution consiste à confier ce colis ou objet à un collègue des services techniques afin qu’il soit porté au destinataire. Il est donc étonnant que M. Mayol ait avancé un tel argument. Un directeur d’IUT a quand même mieux à faire que de porter des sacs de T-shirts ou d’autres choses à une collègue. 

LPLD.fr  : M. Mayol a fait état de l’existence d’un témoin qui peut attester qu’il n’a pas pu déposer de tapis, car il y en avait déjà dans le bureau en question qui était occupé par l’association « Ouverture ». 

R.Zouhhad : Sur la question de savoir s’il y avait ou non des tapis dans ce bureau et combien, je ne suis pas en mesure de vous répondre. Quant au témoin « providentiel » produit par M. Mayol, s’il arrive à convaincre les enquêteurs des institutions disciplinaire et judiciaire intéressées à l’affaire, tant mieux pour lui. Mais peut-on raisonnablement proposer comme témoin une personne que l’on a nommée quelque temps auparavant « Responsable administratif adjoint de l’IUT », sans les validations nécessaires de la hiérarchie ? Peut-on tout aussi raisonnablement proposer le témoignage d’une personne qui quelques instants auparavant déclarait à la presse, sous couvert d’anonymat, très relatif d’ailleurs, « qu’il entendait des prières ou des prêches dans le bureau de l’association « Ouverture » dont le sien était mitoyen », alors qu’aucune autre personne de l’IUT ne les a entendus ? D’autant que certains journalistes d’un organe de presse nationale les qualifiaient de « prêches violents » ? Aucune trace d’intervention des services de la sécurité de l’IUT (voire de la Police) pour mettre un terme à de tels faits ; ce qui n’aurait pas été étonnant si cela s’était avéré exact. 

« Une trentaine de menaces, deux agressions, des SMS de menaces …un sac de T-shirts ou de tapis, déposé devant une porte de bureau, des prêches violents…, et pas la moindre trace d’un ou de plusieurs auteurs »...

Peut-on être pris au sérieux quand on avance une telle ineptie au regard de la pratique de la religion en question et de la surface du bureau de l’association? Décidément, M. Mayol vit des événements dont il est le seul témoin. Quand il produit d’autres témoins, force est de constater qu’il s’agit bien souvent de personnes qui semblent, à un titre ou à un autre, proches de lui ou dont le témoignage est inexploitable. Une trentaine de menaces, deux agressions, des SMS de menaces, des pneus crevés ou dégonflés, un sac de T-shirts ou de tapis, déposé devant une porte de bureau, des prêches violents, etc. Et pour tous ces événements pas la moindre trace d’un ou de plusieurs auteurs ? Pas plus que celle d’un témoin non lié à M. Mayol ? Pour moi, cette interrogation revient invariablement pour tous les événements qui ont émaillé la vie de l’IUT depuis maintenant presque deux ans et qui sont toujours dénoncés de façon aussi péremptoire par M. Mayol. 

Je ne peux manquer d’y ajouter les accusations publiques relayées par la presse puis reprises et amplifiées dans le rapport de la première mission de l’IGAENR et qui ont été proférées par M. Mayol et ses comparses à l’encontre de plusieurs collègues, dont moi-même. Ces accusations ont été petit à petit réduites à néant par les résultats des investigations de la Police et plus récemment par la Commission Disciplinaire de l’Université Paris XIII. 

LPLD.fr : Comment interprétez-vous la décision inattendue de suspension de M. Samuel Mayol par le président de l’Université, M. Jean-Loup Salzmann ? Quelles sont selon vous les motivations du Président  de Paris XIII? 

R.Zouhhad : Les motivations du Président de l’Université ont été clairement exprimées dans l’arrêté de suspension de M. Mayol dont vous aviez porté connaissance dans un précédent article. Je n’ai aucune connaissance sur l’une d’entre elles, celle relative au système parallèle de gestion des congés des collègues Biatss* (Administratifs et Techniciens pour faire simple). En revanche, sur le CODIS, il faut rappeler que le syndicat auquel j’appartiens a été le premier à demander à ce que toute la lumière soit faite sur ce point et l’un de mes collègues a été le premier à prendre ses responsabilités et à saisir d’un signalement à ce propos le Procureur de la République de Bobigny, il y a déjà plus d’un an. Sur ce plan donc, on ne peut que constater le bien fondé et le sérieux de ce signalement. Mais ce n’est pas le seul,  nous y reviendrons ultérieurement. 

On tend à présenter cette décision, celle de la suspension et du déferrement au disciplinaire de M. Mayol, dans une certaine presse, comme un crime de lèse-majesté, mais doit-on rappeler que ce n’est que le quatrième enseignant de l’IUT à être l’objet d’une décision similaire et que les trois précédents l’ont été à la demande de…ce même M. Mayol. Il n’y a donc rien d’exceptionnel sur ce plan là et M. Mayol est soumis aux mêmes règles que le reste des personnels de l’Université, il doit donc tout naturellement répondre, comme ses collègues l’ont fait, aux exigences de cette procédure. 

« M. Mayol bénéficiait d’appuis très solides, avec des relais médiatiques très actifs et puissants… »

LPLD.fr : La décision du Président Salzmann de suspendre le directeur de l’IUT est-elle justifiée, selon vous?

R.Zouhhad : Plus largement, si l’on prend en considération le contexte de cette affaire et  son évolution, le Président de l’Université a fait preuve de courage en prenant une telle décision, c’est le moins que l’on puisse dire. M. Mayol bénéficiait d’appuis très solides, avec des relais médiatiques très actifs et puissants (voir à ce propos l’article dans l’EXPRESS, n°3360, du 25 novembre dernier) qui tendaient peut-être à lui donner un sentiment d’impunité. Ces protagonistes n’ont épargné ni ma personne ou celles de mes collègues (en nous accusant des pires méfaits) ; ni le Président (qui a eu sa part d’accusations et de dénigrements). C’est cet aspect qui me conduit à dire que cet homme a fait preuve de courage en passant outre les réactions prévisibles des soutiens de M. Mayol, dont certains ont réagi immédiatement et très vivement, et continuent d’ailleurs à le faire aujourd’hui encore. À cette dimension, il convient d’en ajouter une autre qui a, semble-t-il pesé lourdement sur la décision du Président Salzmann: les faits rapportés par les diverses enquêtes internes (cellule d’écoute, CHSCT* (Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail), médiatrice et les informations qui doivent remonter régulièrement du Groupe d’Aide Psychologique) et qui tendaient à démontrer un malaise profond des personnels de l’IUT, principalement des Biatss* (les Administratifs et Techniciens tous grades confondus). L’essentiel des témoignages relatifs à ce malaise semblait pointer les agissements et les attitudes de M. Mayol et de personnes qui lui étaient proches. À cet égard et à ce jour, on ne peut manquer de constater la totale impunité dont jouissent ses proches. Il faut croire que seules les personnes dénoncées de façon répétée à la vindicte populaire par M. Mayol et ses comparses (dénonciations reprises et entretenues par une certaine presse) ont été l’objet de procédures disciplinaires et judiciaires. Pourtant, les motifs de les soumettre aux mêmes processus ne manquent pas, et certaines ont déjà été évoquées lors de nos échanges précédents.   

LPLD.fr : Expliquez-nous quelle a été la réaction des personnels et comment est l’ambiance à l’IUT depuis la suspension de M. Mayol de sa fonction de directeur ?

R.Zouhhad : Bien que représentant syndical, je me garderais bien de prétendre parler au nom de tous mes collègues sur ce point. Il s’agit d’une impression toute personnelle. Tout d’abord, les personnels s’attendaient à une décision de la présidence depuis le communiqué de la mi-octobre 2015 où celle-ci a fait part de l’existence d’une vidéo qui a conduit à soupçonner M. Mayol d’avoir déposé des tapis de prière dans le local de l’association étudiante "Ouverture". 

Je crois qu’à l’annonce de la suspension de M. Mayol, c’est tout d’abord la stupéfaction qui a prévalu, car personne ne s’attendait à une décision aussi nette. Une très grande partie des personnels de l’IUT a été surprise et s’est très vite interrogée pour savoir si cette décision allait être ou non suivie d’autres destinées à ramener la sérénité et un fonctionnement un peu plus conventionnel.

Dans un premier temps, la nomination de l’administrateur provisoire semble avoir été reçue comme s’inscrivant dans ce processus, et a été saluée par un fait, anecdotique en apparence seulement : les personnels Biatss* ont organisé une fête de fin d’année juste avant les vacances d’hiver où les angoisses et les craintes ont laissé la place à un réel plaisir festif retrouvé, qui semblait avoir tous les atours d’une catharsis voulue et orchestrée par les personnels eux-mêmes. Cependant, il m’apparaît utile de rappeler que mes collègues Biatss* sont expérimentés et connaissent bien l’Université, ce qui les a conduits dans un deuxième temps, toujours actuel d’ailleurs, à une retenue qui témoigne de l’attente de décisions concrètes dans le sens des vœux légitimes qu’ils ont exprimés à l’occasion des différentes enquêtes et consultations internes : Cellule d’écoute, médiatrice, CHSCT, Groupe d’Aides Psychologiques. Ce qui vient d’être décrit ne doit pas laisser planer de doutes sur l’attitude professionnelle de ces collègues, ils accomplissent leur travail et continueront de l’accomplir. 

LPLD.fr : Comment ont réagi les enseignants proches du directeur de l’IUT, face à sa suspension? 

R.Zouhhad : La réaction des personnes proches de M. Mayol a été tout autre. Une opposition claire et active, amorcée dès le mois d’octobre 2015 dès l’annonce par l’Université par voie de communiqué de l’existence de la vidéo et des traces d’activation du badge de M. Mayol tendant à lui imputer le dépôt de tapis dans le local de l’association « Ouverture ». Notre échange repris le 24 octobre 2015 dans vos colonnes, montrait la tentative de manipulation menée par l’un des soutiens actifs de M. Mayol qui a donné lieu à un communiqué, envoyé presque instantanément à la presse, et qui faisait état de la décision d’arrêter une journée (le 22 octobre 2015) de mobilisation en soutien au directeur de l’IUT, présenté comme « victime de la violence ». 

« …moins de 1 % qui à force de communication et de relais complaisants a trompé certains grands titres de la presse et des médias de la capitale, ainsi que des intellectuels et des politiques et non des moindres ! »

Toujours pour mémoire, certains relais de M. Mayol se sont évertués, au mépris de toute légalité, à faire en sorte que certains enseignants cessent leurs cours pour envoyer les étudiants devant l’IUT. Il est clair que cette instrumentalisation était destinée à donner l’illusion d’un soutien massif apporté à M. Mayol. Nous connaissons maintenant le résultat d’un activisme aussi acharné : ce n’est pas l’équivalent d’une équipe de rugby qui s’est retrouvée à soutenir M. Mayol devant l’IUT mais plutôt un nombre proche de celui d’une équipe de football. Ce qui fait bien peu au regard de l’effectif total, tous statuts confondus (plus de 1700 personnes). Moins de 1 % ! Oui, moins de 1 % qui à force de communication et de relais complaisants a trompé certains grands titres de la presse et des médias de la capitale ainsi que des intellectuels et des politiques et non des moindres! Moins de 1 % qui a su vendre des scénarii rocambolesques de prétendus événements qui se déroulaient à l’IUT alors que la réalité, connue du reste des acteurs de cet établissement, n’a été ni écoutée ni entendue et encore moins recherchée par ces relais externes. 

Mais l’un des aspects les plus incompréhensibles de cette histoire, c’est la motivation ou plutôt les motivations des soutiens internes de l’institution à M. Mayol. Celles-ci sont nombreuses, mais toutes convergent dans le sens de servir bien plus l’intérêt personnel de M. Mayol plutôt que celui de l’institution. Il s’agit aussi de le faire moyennant…compensations et rétributions diverses et variées. Un exemple : l’ordre donné à certains enseignants d’arrêter leurs cours du jeudi matin 22 octobre 2015, pour envoyer les étudiants grossir le nombre des soutiens de M. Mayol devant l’IUT, par l’une des Administratrices Provisoires du Département TC, (Techniques de Commercialisation), Mme Marie-Hélène Vigliano-Féguir, n’a pas empêché cette dernière de déclarer avoir assuré son cours de la totalité de la matinée et donc de prétendre au paiement d’heures non accomplies. 

Document d’émargement des apprentis anonymés. Crédit D.R

Alors que son courriel, repris dans votre publication du 24 octobre 2015, indiquait clairement qu’elle a dû nécessairement arrêter son cours avant 10h45 pour aller expliquer aux étudiants l’intérêt qu’ils avaient d’aller soutenir M. Mayol. Puis de rejoindre elle-même ce groupe à 11h, heure indiquée par le communiqué du Conseil de Direction de l’IUT. En somme : des cours payés et non assurés. Cela n’est pas sans rappeler quelques accusations antérieures et publiques à mon endroit, bien que le Conseil Disciplinaire de l’Université Paris XIII, saisi entre autres sur ce point par M. Mayol, a conclu à  la vacuité de cette accusation, comme d’autres d’ailleurs. 

LPLD.fr : Cet échec a-t-il était annonciateur de la suspension qui s’en est suivi, selon vous ?

R.Zouhhad : L’échec  de cette action de soutien à M. Mayol du 22 octobre 2015 a eu comme conséquence de durcir la position du groupe formé autour de lui, en raison entre autres de la marque de son attrition qui apparaissait de plus en plus visible. Ces collègues sentaient bien que quelque chose allait se passer et que le directeur de l’IUT ne pouvait indéfiniment rester en fonction dans les conditions créées par le communiqué de l’Université qui lui imputait des actes on ne peut plus graves. 

L’annonce de la suspension de M. Mayol a suscité une stupéfaction encore plus grande que celle produite sur le reste des personnels de l’IUT. Les préposés aux communiqués destinés à ce qu’il restait de la presse prête à les relayer se sont remis à l’œuvre. Le principal visé était assurément le Président de l’Université. Mais mes collègues d’infortune et moi-même n’étions pas plus épargnés. Tantôt présentés comme les « perpétuels coupables » de faits instruits pour partie par la Police qui n’a rien retenu à notre encontre, sans que cela n’importe les journalistes qui ont répondu à la sollicitation du groupe de M. Mayol. Tantôt, nous étions encore présentés comme les protégés de M. Jean-Loup Salzmann. Il convient tout de même de rappeler que deux « de ces protégés » sur les trois étaient encore sur le coup du disciplinaire de l’Université. 

« À peine suspendu, M. Mayol se faisait inviter le même jour par l’un des animateurs d’une chaîne de télévision d’info continue, auprès de laquelle il a ses entrées… »

À peine suspendu, M. Mayol se faisait inviter le même jour par l’un des animateurs d’une chaîne de télévision d’info continue auprès de laquelle il a ses entrées grâce, semble-t-il, aux liens privilégiés entretenus avec cet animateur par l’une des Administratrices Provisoires du Département Techniques de Commercialisation de l’IUT. Ce n’était rien que la deuxième fois sur les quatre émissions consacrées à cette affaire. Animateur et garant vigilant d’une objectivité, d’apparence seulement, celui-ci n’a pas hésité à signer une pétition demandant entre autres à ce que nous soyons déférés au disciplinaire. Tout comme d’ailleurs celui de l’une des principales stations de radio de la capitale, qui a reçu M. Mayol à deux reprises. Évidemment, ce n’est pas le fait de signer une pétition qui est l’objet de mon étonnement, mais le fait que l’on prétende informer avec l’objectivité que cela implique, alors que l’on a déjà pris parti et que cela ait une incidence sur ses obligations professionnelles, à commencer par l’objectivité. 

À aucun moment l’un ou l’autre n’a eu le réflexe de proposer à ceux qui étaient clairement accusés dans leurs émissions, parfois même nominativement, un quelconque droit de réponse. Le total du temps de parole accordé à M. Mayol sur la chaîne numérique dépasse allègrement les 13 minutes, sans aucune contradiction sur ses allégations de « dysfonctionnements », « dérives » ou « détournements de fonds ». 

LPLD.fr : Pourriez-vous être plus explicite ?  

R.Zouhhad : La dernière « tribune » offerte à M. Mayol dans l’émission diffusée le soir sur la chaîne d’info en question, a lieu le jeudi 12 novembre 2015, jour même de sa suspension et de son déferrement au disciplinaire. On peut y relever les signes de sa « préparation »  et ainsi prendre la mesure du niveau d’orchestration et de manipulation développé par M. Mayol et ses comparses, mais aussi de la bienveillance inhabituelle de cet animateur. 

Il y a tout d’abord la notification de la suspension de M. Mayol intervenue tôt le matin du jeudi 12 novembre 2015. Puis, l’annonce par un courriel envoyé à 12h05 à tout l’IUT par M. Achard, Président du Conseil restreint de l’IUT (le Conseil d’Administration de l’IUT dans sa formation réduite aux enseignants), d’une réunion pour « discuter des actions à envisager en amphi 3 ».

Courriel de M. Achard. Crédit D.R

Moins de cinq heures après, le préposé du groupe aux envois à la presse, M. Florent Tétard, l’un des principaux soutiens de M. Mayol, transforme cette réunion en « Assemblée Générale de l’IUT de Saint-Denis » dans son courriel de 17h08.

Courriel de M. Tétard. Crédit D.R

La consultation du document attaché au courriel de M. Tétard permet de passer du soutien d’une minorité à M. Mayol à un soutien par l’ensemble du personnel : « le personnel… ». En d’autres termes, on tente de faire croire à la presse, que c’est tout le personnel de l’IUT qui « dénonce avec force la suspension des fonctions du Directeur Samuel Mayol… », alors que cela n’est en réalité le fait que d’une minorité qui ne représente même pas 10 % du personnel et un peu moins de 1 % du total des personnes de l’IUT, étudiants compris.

Communiqué de presse de M. Tétard. Crédit D.R

Dernière étape du processus de manipulation de M. Mayol et de ses comparses : obtenir le relai par les médias. C’est précisément ce qui a été réalisé le soir même, lors du passage de M. Mayol sur le plateau de la chaîne d’info continue dans l’émission de l’animateur, relation d’un autre comparse de M. Mayol. Le visionnage de celle-ci laisse apparaître l’annonce de ce prétendu soutien par cet animateur (vers 7’00) renforcée par une copie à l’écran du communiqué en question et qui traduit selon lui le fait que : «.ces personnels vous soutiennent, il y a une AG et ils ont fait un communiqué envoyé à toute la presse.. ».

M. Mayol profitant de cette tribune, s’est livré à un « grand dérapage » en évoquant ce « groupe d’enseignants », on aura compris qu’il s’agissait de mes collègues et de moi-même, sinon qui d’autres ? Ainsi, il nous impute clairement les détournements de fonds. 

Vers 5’00, l’animateur s’aventurait même à nous imputer des détournements d’heures et de fonds qui appartiendraient à une affaire passée. Il faut croire que le mensonge est contagieux. 

M. Mayol, dans ce qui est apparu comme un numéro de surenchère mensongère, d’ajouter que le jour en question, le 12 novembre 2015 au matin, nous nous « pavanions » dans l’IUT. Curieuse défense que celle de M. Mayol. Alors qu’il est suspendu, déféré au disciplinaire et interdit d’accès à l’IUT, il prétend que mes collègues et moi-même n’avions pas autre chose à faire que de nous  « pavaner» dans un IUT où il n’a pas mis les pieds le jour en question. Il a été certainement renseigné par ses comparses, mais dans ce cas, ils se sont aussi livrés à la même surenchère mensongère. 

« …concernant le prétendu détournement de fonds appartenant au passé, tant l’animateur que M. Mayol ont menti…, nous avons donc assisté à un numéro de duettistes du mensonge. Est-ce cela la défense de M. Mayol ? Le mensonge et rien d’autre que le mensonge ? »

Concernant les détournements de fonds prétendus par M. Mayol et repris par le premier rapport de l’IGAENR et une partie de la presse, le verdict de la section disciplinaire de l’Université Paris XIII n’a nullement validé ses accusations. Pas plus que la justice d’ailleurs. Enfin, concernant le prétendu détournement de fonds appartenant au passé, tant l’animateur que M. Mayol ont menti. Les décisions des instances disciplinaires et judiciaires en notre faveur ont déjà été rendues publiques dans la presse, il y a plus d’un an ! Nous avons donc assisté à un numéro de duettistes du mensonge. Est-ce cela la défense de M. Mayol ? Le mensonge et rien d’autre que le mensonge ? 

Cette description détaillée du processus de manipulation mis en œuvre par M. Mayol et ses comparses concernant la décision de suspension et de déferrement dont il est l’objet depuis le 12 novembre 2015 montre le caractère concerté du fonctionnement de ce groupe et son inclination à se servir de la presse au moyen d’une version volontairement « biaisée » de la réalité. Cela ne peut qu’interroger une nouvelle fois encore sur la crédibilité des annonces publiques et les mises en scène de M. Mayol et de ses affidés, concernant plus particulièrement les menaces et agressions dont ils se disent avoir été l’objet à un titre ou à un autre. D’autant, une fois encore, que les investigations de la Police et de la justice n’ont rien donné à ce jour. Cela n’est pas sans rappeler un fait divers récent et d’autres plus anciens pour lesquels il est apparu que les personnes qui se déclaraient victimes, désignant avec force détails leurs agresseurs, que la police n’a jamais retrouvés, avaient en réalité tout inventé. 

Cela démontre enfin que l’absence physique de M. Mayol n’empêche nullement certains de continuer à agir dans le sens contraire du retour au calme et à la tranquillité des personnels. Il faudra assurément avoir la lucidité et le courage nécessaire pour y mettre un terme, et ainsi opérer un retour définitif et durable à une situation exempte de tout relent revanchard ou règlement de compte. Car cela semble encore être l’état d’esprit de certains, si l’on se réfère à plusieurs de leurs  courriels récents de soutien à M. Mayol.

Par ailleurs, nous attendons toujours la proposition de cette fameuse chaîne de télévision pour organiser un véritable débat ou, bien mieux, une réaction du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) pour qu’il l’impose. 

LPLD.fr : Revenons aux agissements internes des soutiens de M. Mayol à la suite de sa suspension.

R.Zouhhad : Comme cela paraissait manifestement insuffisant, M. Mayol a jugé bon de soumettre la censure de cette décision de suspension au Tribunal Administratif de Montreuil par voie de référé. Ce point est important, car il a envoyé un signal à ses soutiens qui n’ont eu de cesse de contrarier le processus que l’Université Paris XIII s’efforçait  de mettre en place pour ramener l’institution à un mode de fonctionnement plus serein.  

Ainsi, nous avons pu assister à ce qui ressemblait fort à une tentative de la part de M. Vassallo, Président du Conseil d’Administration de l’IUT (Conseil de l’Institut), de « biaiser » le sens de  la demande de la Direction de l’Université de mettre à l’ordre du jour de ce conseil, la constatation de l’incapacité de M. Mayol d’assurer la direction de l’IUT à la suite de sa suspension puis de proposer au Président de l’Université qu’il soit nommé un Administrateur Provisoire. Comme l’habitude en a été prise, tout particulièrement par l’un des proches de messieurs Vassallo et Mayol, plusieurs communiqués ont été adressés à la presse pour faire état du soutien apporté à l’ex-directeur de l’IUT. On ne change pas les procédés rodés à l’occasion des manipulations passées !  ...

Là encore, certains médias ont omis de rapporter un fait important. La majorité des personnels Biatss* a décidé de se réunir et de voter une motion à l’unanimité demandant à M. Vassallo de respecter scrupuleusement la mise à l’ordre du jour demandée par le Président de l’Université et visant à la constatation de la vacance de la fonction de Directeur de l’IUT et à demander en conséquence la nomination d’un Administrateur Provisoire. Nulle trace de cette motion, qui révèle pourtant le décalage entre les agissements d’une part d’une minorité, dans le sens de l’intérêt personnel de M. Mayol. Et d’autre part, de la majorité des personnels Biatss, qui traduisait en réalité celle de l’écrasante majorité des personnels, tous corps confondus de l’IUT, dans le sens d’une adhésion à un processus de retour à la normale, laissant ainsi le règlement de la situation de M. Mayol aux soins des différentes instances disciplinaire et judiciaire. 

Il n’a échappé à personne que les proches de M. Mayol occupent les principales commandes de l’IUT ce qui rend plus efficaces encore leur opposition et leurs agissements, en particulier sur le plan des relations avec les médias.

On retrouve ici, lors de la grande manifestation post-attentats du 11 janvier 2015 à Paris, l'essentiel des soutiens internes de Samuel Mayol avec dans l'ordre de gauche à droite, Mmes Smaoui et Vigliano, administratrices provisoires du département TC nommées par M. Mayol ; M. Achard, président du conseil restreint de l'iut ; M. Mayol, directeur suspendu de l'IUT ; M. Leroux, responsable de la licence professionnelle marketing territorial et en poste au département TC ; Mme Valérie Barrès-lepetitcorps, nouveau chef du département TC depuis le 4 janvier 2016 et Mme Berger, passée du département TC au département Gea (Gestion des Entreprises et des Administrations).... Crédit : Tweeter de l'IUT de Saint-Denis.

Ceci explique qu’ils aient opposé une résistance suffisante pour contrecarrer le souhait de l’écrasante majorité des personnels de l’IUT  de tourner la page Mayol pour en revenir à un fonctionnement plus apaisé. De sorte qu’il est devenu évident que le dénouement et le déblocage de la situation ne pouvaient résulter que du jugement de la requête introduite par M. Mayol auprès du Tribunal Administratif de Montreuil et tendant à demander l’annulation de la décision de suspension dont il a été l’objet de la part de la Direction de l’Université. Le temps a paru presque suspendu pendant une dizaine de jours. 

Le rejet  de la requête de M. Mayol, le 7 décembre 2015 a effectivement débloqué la situation. Elle a été ressentie comme une délivrance de la part de l’essentiel des personnels de l’IUT. La fête des personnels Biatss juste avant la trêve de fin d’année en est l’une des manifestations apparentes bien qu’elle n’ait rien eu d’ostentatoire.  Dès lors, la mise en œuvre des décisions de l’Université s’est accélérée et a conduit à l’arrivée de M. Bétant, l’Administrateur Provisoire. 

« Aucun étudiant n’est ravi à l’idée que le diplôme qu’il a obtenu après deux ans de travail soit frappé en filigrane de la mention ; obtenue dans un IUT d’islamistes !»

LPLD.fr : Comment les étudiants ont-ils réagi à la suite de la suspension de leur directeur?

R.Zouhhad : Pas de réaction spécifique ou liée à cette décision. Les diverses tentatives d’instrumentalisation de ceux-ci, rappelées précédemment, n’ont pas altéré la lucidité de l’essentiel d’entre eux et c’est heureux. Un fait supplémentaire a contribué à atténuer l’angoisse née de cette situation : l’écrasante majorité d’entre eux n’était pas à l’IUT en 2013-2014, date de début de ces événements. Mais on ne peut nier le fait que le climat et l’image donnée de l’IUT par une presse partiale par certains collègues n’ont pas favorisé leur sérénité. Aucun étudiant n’est ravi à l’idée que le diplôme qu’il a obtenu après deux ans de travail soit frappé en filigrane de la mention « obtenue dans un IUT d’islamistes ».   

LPLD.fr : Plusieurs de vos collègues enseignants ont d’ailleurs souhaité témoigner  sur notre site pour montrer leurs désaveux face à ce qui vous est infligé depuis des mois, comment interprétez-vous cela ? 

R.Zouhhad : Les témoignages de sympathie sont toujours plus émouvants que ce qui a été le lot des collègues pris dans la même tourmente que moi-même depuis des mois, avec des accusations et une ambiance, qui ont conduit à une hystérie d’autant plus incompréhensible qu’elle a contaminée et été nourrit par de très nombreux médias. 

Mais je crois que leur réaction a été bien plus suscitée par le caractère insupportable de ces accusations et des mensonges qui en étaient à l’origine que par ma personne ou celles de mes autres compagnons d’infortune. Je suis sûr qu’ils auraient eu la même réaction si les mêmes événements étaient arrivés à un autre collègue. Ce qu’ils défendent avant tout aujourd’hui, c’est moins une personne en particulier que des principes fondamentaux. Ceux que les universitaires ont toujours défendus tout au long de l’histoire de notre institution. 

Ceci étant, j’ai été particulièrement touché par le courage qu’ils ont eu de briser l’omerta et de ne pas céder à la peur et aux tentatives d’intimidation (cf. rapport du CHSCT, de la cellule d’écoute, etc.) de certains. Ces derniers ont ainsi tenté de confisquer leur liberté de parole en s’exprimant à leur place et en leur nom auprès et dans les médias. Tout un chacun a encore en mémoire les courriels internes qui interdisaient aux personnels de répondre à la presse alors que dans le même temps M. Mayol et ses soutiens le faisaient abondamment et parfois sous couvert d’un anonymat qui ne leurrait personne au sein de l’institution. Tout le monde a encore en tête les courriels et appels au calme, de certains affidés, et à ne pas se commettre dans des amalgames, alors que dans le même temps eux-mêmes se lâchaient dans la presse tout particulièrement sur les registres les plus ignominieux.  

LPLD.fr : Qu’avez-vous pensé de la remise du prix de la laïcité le 26 octobre dernier par M. Manuel Valls et Mme Anne Hidalgo à la Mairie de Paris dont le récipiendaire n’est autre que votre accusateur/détracteur dans le dossier de l’IUT de Saint-Denis ?

R. Zouhhad : Aucun groupe de personnes, quel qu’il soit, ne peut revendiquer directement ou indirectement la propriété exclusive ou presque des valeurs de la République ou s’autoproclamer dépositaire exclusif du pouvoir de consacrer celle ou celui d’entre nous qu’il pense en être le meilleur représentant ou le meilleur promoteur. À ma connaissance, il n’y a pas de Prix de la Liberté ou de l’Égalité ou de la Fraternité et c’est heureux ainsi. Ces valeurs sont à la fois les droits et les obligations fondamentaux de chaque citoyen et au-delà, ceux des citoyens de tous les pays, compte tenu de leur universalité, c’est cela qui confère à la France une place si singulière dans le monde. Il est possible que je sois dans l’erreur en pensant cela, mais il est aussi possible que parfois même les personnalités politiques les plus chevronnées oublient cette perception. 

Cela peut arriver, mais c’est moins gênant que la caution que ces personnalités ont paru apporter à M. Mayol dans le contexte particulier de cette affaire, faisant de mes collègues et de moi-même des coupables d’une remise en cause d’un principe fondamental que nous défendons tous dans les actes quotidiens dans le cadre de nos fonctions,  comme nos autres collègues fonctionnaires d’ailleurs. Le discours de M. Mayol à l’occasion de la remise de ce prix nous a même fait revêtir les costumes de coupables de délits et de crimes plus graves encore que ceux de pourfendeurs de la laïcité. Ce que nous ne sommes pas et n’avons jamais été.

POUR EN SAVOIR +...

*CHSCT: Le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail a pour mission :

1°de contribuer à la protection de la santé physique et mentale et de la sécurité des agents dans leur travail et à l'amélioration des conditions de travail ;

2° de veiller à l'observation des prescriptions légales prises en ces matières.

Le Comité est réuni par son président à la suite de tout accident mettant en cause l'hygiène ou la sécurité ou ayant pu entraîner des conséquences graves.

La compétence du CHSCT en matière de santé physique et mentale, de sécurité et d'amélioration des conditions de travail est générale ; elle couvre ainsi  la totalité des activités et tous les travailleurs de la collectivité ou de l'établissement indépendamment de leur statut.

*BIATSS : Groupe des Personnels (bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens, de service et de santé) DRH-2

Ce groupe des personnels, gère la carrière administrative et financière des personnels (titulaires et contractuels) administratifs, techniques et de bibliothèques qui appartiennent à trois filières différentes: 

- l'Administration Education Nationale et l’Enseignement Supérieur (A.E.N.S)

- les Ingénieurs Techniques, administratifs de Recherche et Formation (ITRF)

- les Personnels de Bibliothèques (B.I.B)

LIENS À SUIVRE...

LIENS À SUIVRE : IL N’YA PAS QUE LPLD.fr QUI SUIT DE PRÈS L’AFFAIRE DE L’IUT : Indiscret. IUT de Saint-Denis : Samuel Mayol, candidat à la présidence de Paris 13 - Educpros

A NE PAS MANQUER...

Ne manquez pas prochainement l’Acte VI des révélations de Rachid Zouhhad  qui revient sur la plainte d’ANTICOR, la récente décision du Conseil disciplinaire de L’Université Paris XIII à son encontre, l’état d’avancement de ses plaintes, ainsi que les anomalies et dysfonctionnements divers que M. Mayol n’a jamais évoqués. 

Cedrik Viala

‎Journaliste/Reporter indépendant

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