HSBC-RAPHANEL:Mais qu’on t il fait de notre argent ? un ex banquier HSBC se prononce

Je ne pouvais manquer de porter a la connaissance des lecteurs de Médiapart cet excellent article qui pose un vrai problème sur le décalage qui existe entre ceux qui nous gouvernent , ceux qui travaillent et n'ont rien , comme dirait notre Président des gens de rien et ceux qui pour exister construisent des lieux parfois indécent.

 

 

 

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HSBC-RAPHANEL:Mais qu’on t il fait de notre argent ? un ex banquier HSBC se prononce sur le sujet.

Chères toutes, chers tous,
 C’est une des curiosités de l’affaire « Gilets Jaunes » : des gens qui ne paient pas d’impôts, ou de façon très symbolique, veulent en savoir plus sur « leur argent ».
Inconsciemment, cette question est en fait une plainte. Ils savent très bien, les gilets jaunes, ce qu’on fait de cet argent. Et c’est là que le bât blesse. Aujourd’hui, le goût du beau, du somptueux et de l’impressionnant, marque la construction civile publique et privée. Pensez au nouveau Palais de Justice, élevé par un grand architecte international, tour immense, toute de verre et de lumière, si haute que le spectateur à 20 mètres du hall d’entrée ne peut en apercevoir le sommet. Sublimes espaces intérieurs, matériaux précieux, décoration comme une pure mise en scène…. On se souvient de Louis XIV.
Au Palais de Justice de Paris, ajoutons les palais régionaux, les « hôtels départementaux », les musées qui jouent les insectes gigantesques ou une simplicité subtilement raffinée.
Tout ce beau n’est-il pas du luxe, c’est à dire de l’inutile coûteux ? N’y a-t-il pas quelque chose de choquant à faire trop beaux les bâtiments civils et les palais nationaux alors que leurs usagers vivent chichement dans des logements trop étroits. Pourquoi faire culminer les voûtes des nouveaux palais à 20 mètres quand le gilet jaune de base sent peser sur son cou des plafonds trop bas?
N’est-il pas provocateur qu’un capitaliste installe ses bureaux, voire ses ateliers, dans des bâtiments où l’art côtoie l’élégance ? Comment peut-on vivre sereinement ce choc de tous les jours : partir d’un chez soi à l’élégance gréco-concierge, patauger sur des pelouses mitées et spongieuses pour travailler toute la journée dans des tours précieusement décorées où la végétation est toujours verte.
Ne devrait-on pas revenir à cette bonne vieille règle qui veut que l’administration privée ou publique qui vit des subsides citoyens ne puisse être mieux logée que son administré de base ? On les respectait davantage qu’aujourd’hui, nos fonctionnaires éclairés de mauvaises ampoules couvertes de chiures de mouche ? Pensez-donc à Jouvet, dans Quai des Orfèvres, alimentant lui-même le poêle de son bureau. Souvenez-vous des commissariats « bœuf-carottes » d’antan. La sécu. était-elle plus joliment installée que ses assujettis dans les années cinquante?

Croit-on qu’il est heureux le citoyen, venu requérir un service public, qui se retrouve dans un univers de rêve, brillant de marbre, de verre et de laiton ? Imaginez son retour vers son « chez lui » misérable par comparaison avec les palais financés avec son argent.

Si la France veut retrouver la paix intérieure tant de la société que des citoyens eux-mêmes qu’elle leur tende non pas une image qui leur est étrangère, mais qu’elle dispose ses offices et bureaux comme on vit à Trifouillis les Dindons !
Qui en sera choqué ? Les riches ? ceux, en vérité, qui payent les dépenses publiques ? Au contraire, ils devraient approuver pareilles mesures et faire leurs, sans cesse, cette question :
« Mais qu’ont-ils fait de l’argent ?».
 

AUTEUR : Pascal ORDONNEAU.

En 1973, au sortir de Sciences Po, après une licence en Droit Public et un DES de Droit Privé, Pascal Ordonneau rentre à la Banque Hervet, Banque privée berrichonne et ne quittera pas le secteur bancaire, avec une prédilection pour les activités de Commercial Banking. Il exerce ses activités dans des banques petites ou grandes, des banques françaises (Banque Hervet, Crédit Lyonnais), des anglo-saxonnes : Citibank, HSBC. En 2008, il quitte la Banque après une dernière mission en tant que PDG d’HSBC Invoice Financing et, depuis, se consacre intégralement à l’écriture.

 

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