Le droit de savoir

Strasbourg adopte Edwy Plenel, intensément.

17 avril 2013 Par a.spohr

 

Cela dépasse forcément l’affect, mais quand même. On ne l’aimerait pas un peu trop, Edwy Plenel, à Strasbourg ? Il y fait salle comble comme une « star » du showbiz du journalisme et même au-delà, au sens propre.

Plus de place, une longue liste d’attente, au Club de la presse, en matinée, dans une grande vieille taverne historique de la ville, où un journaliste « normal » l’a présenté, sous ce vocable de « star ». Une fois ce coup d’encensoir inopportun, vu comme ça mérité cependant, encaissé d’emblée avec un sourire narquois, l’auteur du Droit de savoirdont le journaliste de Rue89 Strasbourg aurait tant voulu partager une parcelle de gloire, s’est livré avec aisance à un brillant monologue. Rien dans les mains, rien dans les poches, à peine une attention bienveillante aux questions préparées par l’interlocuteur, questions d’un rare « convenu ». Il ne suffit pas en effet de placer quelques signets dans le livre pour faire savoir qu’on l’a lu et surtout compris.

Le soir, l’engouement est largement confirmé

Mediapart tient depuis les premières apparitions de Plenel in situ, en Alsace, à la salle blanche de Kléber surtout, un joli statut de refuge des « indignés » sans voix ou aux cordes vocales à affaiblissement consenti. Mais hier, le public s’était extraordinairement élargi. On y a vu des habitués de tous bords ou de diverses tendances, attentifs, dans un silence quasi religieux.

Mardi 16 avril 2013 à Strasbourg, on se presse pour entendre Edwy Plenel.Mardi 16 avril 2013 à Strasbourg, on se presse pour entendre Edwy Plenel. © A. S.

La salle était pleine à craquer une heure avant l’entrée en scène (on peut le dire) attendue. Les retardataires s’entassaient, assis sur l’estrade ou debout jusque dans les escaliers. Cette fois, c’est la directrice du CUEJ (Centre universitaire d’enseignement du journalisme), Nicole Gauthier, qui assure, oui assure, çà aussi on peut le dire, la présentation. Elle  sait de quoi elle parle et connaît bien son interlocuteur. La classe quoi ! Avec une belle jovialité.

Après les nombreuses prestations TV ou radio médiatiquement très favorables mais aussi un article réfléchi de Christian Bach (DNA) en prévision de la visite) qui, lui, a visiblement lu et compris le livre, on doit en convenir : oui, Edwy Plenel est un « grand journaliste » connu, à présent mieux reconnu qu’il ne l’était en tant que directeur du « Monde ». Une star ? Le mot est impropre à moins qu’il indique un chemin vers l’étoile du matin de la vérité. Ou alors parce que dans un « mano a mano » déséquilibré, parsemé d’incertitudes sombres, il a gagné. Ouf ! 

C’est vrai, dans Le droit de savoir, les références philosophico-sociologico-anthropo-historico-politiques –ouvrage ou  manuel pratique de journalisme appliqué– sont « trapues » ou « pointues ». Mais elles donnent envie de lire, de découvrir et même de vérifier. On ne sait jamais ! On se fait médiapartiste dans la méthode. Les prérequis sont exigeants, parfois réservés aux mieux informés et formés, mais le nerf est toujours  vivant, stimulant pour tous.

Le personnage, cette fois l’orateur, est remarquable : il n’a pas de notes, même pas son livre pour faire semblant de feuilleter de concert avec l’intervieweuse. Inutile d’ailleurs quand l’autre ne feuillette pas à la hâte ni ne se réfère à quelques repères à peine lus et  pas bien compris.

 Ici, à présent c’est un vrai débat presqu’en duettistes.

On y est, dans « ce sursaut d’intelligence » comme aime à le dire Edwy Plenel, dont la venue est désormais une des valeurs les plus sûres. Le patron de la librairie Kléber, François Wolfermann, ne s’y est pas trompé et fait de son espace un lieu de culture exceptionnel. Dans son écurie très diverse d’élites du livre, invités, un box privilégié est réservé au patron de Mediapart. Cette métaphore hippique douteuse pour évoquer un concours de saut d’obstacles (CSO) où la pugnacité persévérante est primordiale. Le cheval  étant «  hippovérité » de son prénom. Bon, on peut bien s’amuser un peu après une journée aussi studieuse.

Les spectateurs auditeurs s’en délectent.

Pour tout savoir sur le contenu ou se le rappeler, il suffit de lire le livre.

 

Antoine Spohr.

 

En complément, le récit à chaud d'Yveline Moeglen, politique avisée et expérimentée.

 

Le droit de savoir, ou des méthodes d’investigations sérieuses, pointues et quasi incontestables… Savoir ce qui est fait au nom des citoyens,  parler de l’idéal démocratique, apporter l’information qui doit faire bouger les gens, révéler le sursaut démocratique au niveau des institutions, dénoncer ceux qui bafouent la loi alors qu’ils sont en charge de la faire respecter, Edwy Plenel rappelle que les journalistes devraient produire de l’information, quitte à dire ce qui dérange nos certitudes  !

L’enjeu, selon l’orateur, est d’éviter que le mensonge ne devienne vérité et que tout le monde soit à égalité devant la loi !

Evidemment, la presse numérique a transformé la presse traditionnelle en une presse interactive, en une presse citoyenne pour les citoyens !

D’ailleurs, est-il encore normal que des médias privés soient contrôlés par une banque ?

La salle, encore plus silencieuse qu’un amphithéâtre d’université un jour de partiels, comprit le petit clin d’œil fait à la presse locale en applaudissant longuement cette griffure faite au passage. Pour l’auteur de l’ouvrage que s’arrachèrent les témoins de cette soirée, les autres médias auraient oublié le public et le rendez-vous des exigences !

Fier de son métier, Edwy Plenel admettait qu’il fallait beaucoup encaisser, affronter, tenir bon et se battre avec optimisme pour réussir son engagement de mettre la démocratie au service des citoyens… »

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.