Front républicain contre Front national des droites !

Le 5 mai 2002, tout républicain qui se connaissait et se respectait, avec ou sans enthousiasme, n’a pas hésité face au péril de l’extrême droite en votant pour le candidat de la droite républicaine, Jacques Chirac, du RPR. Un péril chiffré à 17,79 %, score finalement obtenu au second tour des élections présidentielles par Jean-Marie Le Pen, le 5 mai 2002 !

Le 5 mai 2002, tout républicain qui se connaissait et se respectait, avec ou sans enthousiasme, n’a pas hésité face au péril de l’extrême droite en votant pour le candidat de la droite républicaine, Jacques Chirac, du RPR. Un péril chiffré à 17,79 %, score finalement obtenu au second tour des élections présidentielles par Jean-Marie Le Pen, le 5 mai 2002 ! Dix ans plus tard, demain, dimanche 6 mai 2012, la République française retient à nouveau son souffle sur le sort que va lui réserver le peuple de France, l’abandonner ou la sauver. Car, dans l’endormissement ambiant des consciences durant cette campagne électorale, savamment entretenu par les grands médias contrôlés par le pouvoir, le péril de 2012 est encore bien plus grave que celui de 2002, et il se résume à un seul chiffre : 45,1 % !….le total de l’électorat de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen au premier tour du 22 avril 2012. 

Nous avons tous bien compris, républicains de toutes les sensibilités politiques, que la droite républicaine n’existe plus en France. Elle a décidé, dès 2007, de se fondre dans les dérives de repli identitaire et xénophobes de la présidence de Nicolas Sarkozy, à commencer déjà très symboliquement par la reconnaissance du bien fondé d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale créé à l’occasion du premier gouvernement Fillon . Enfin, avec une médiocrité cyniquement vénale, elle vient de signer son acte de décès par son silence terrifiant qui fait acte de complicité, face au virage extrême droite de la droite extrême des troupes du président sortant, et ce sans aucun état d‘âme. 

Nicolas Sarkozy, et l’UMP qui le porte, ont ainsi choisi d’adopter durant cette campagne électorale, sans aucun complexe, et discours et méthodes pétainistes du Front national de dénigrement systématique des valeurs républicaines. Ils ont décidé, du début jusqu’à la fin, de fuir le vrai débat démocratique, celui respectueux des valeurs républicaines et de l’épreuve de vérité dans la confrontation avec l’adversaire politique, en adoptant des méthodes qui n’ont pas de place dans une démocratie qui accepte dignement sa règle de base, à savoir l’alternance politique. De la mise au pas du système médiatique pour lui retirer toute force d’analyse critique sur les mensonges du pouvoir en place, notamment sur son bilan catastrophique depuis cinq ans, en passant par les propos manipulateurs, clivants, haineux et mensongers d’un président de la République aux abois, pourtant encore en exercice, jusqu’au manque de respect de leurs adversaires politiques, ou plus graves encore les intimidations et violences à l’encontre de la presse indépendante -dont le journal Médiapart-, leurs méthodes nous rappellent, avec effroi, un autre temps annonciateur des plus grandes offenses portées à la République. 

La symbolique du débat entre François Hollande et Nicolas Sarkozy a été d’une grande transparence du point de vue des méthodes de cette nouvelle droite : deux pauvres marionnettes silencieuses (Ferrari et Pujadas) qui animent un débat en ne posant aucune question qui pourrait déranger le pouvoir en place et qui surtout ne bronchent aucunement face aux approximations ou fables racontées par Nicolas Sarkozy ; un président sortant qui déroule en toute impunité et cyniquement ses mensonges grossiers et ses messages xénophobes et haineux à l‘intention racoleuse auprès de l’électorat lepéniste, au plus grand mépris de la République ; un président candidat qui n’était plus président, mais seulement candidat à la reprise de son fonds de commerce anti-républicain, en invectivant sans cesse son adversaire politique par une arrogance digne d‘un faussaire qui a peur que les masques tombent, faute de pouvoir porter la contradiction par un raisonnement cohérent et des arguments avérés. Enfin, un manque d’objectivité déconcertant de ce même système médiatique sur l’analyse du débat : seules la presse indépendante en France comme Médiapart et la couverture médiatique étrangère ont fait état de la saignante déculottée infligée à Nicolas Sarkozy par François Hollande, pourtant plus qu'évidente pour tout téléspectateur, avec ou sans satisfaction, doté d‘un cerveau et d‘une connaissance intuitive élémentaire de l‘être humain……. même en coupant le son de son poste de télévision !  

Il y a donc, en 2012, en France, qu’on le veuille ou non, un nouveau "Front national des droites" qui a séduit 45,1 % de l’électorat au premier tour des élections présidentielles, vision du paysage politique français à la veille du second tour d‘autant plus lucide que le score élevé de Marine Le Pen relève de la responsabilité directe et indirecte de Nicolas Sarkozy et de la ligne maintenant dominante adoptée par l’UMP. Le trou noir qui menace nos institutions démocratiques et dans lequel le président sortant veut définitivement nous plonger par sa réélection, est donc bien plus obscur que celui qui prévalait en 2002 où les frontières étaient clairement définies entre la droite républicaine de Jacques Chirac et le Front national de Jean-Marie Le Pen….avec un Front national à l’époque de "seulement" 16,86 % au premier tour. Électeurs républicains de tous les horizons politiques, de gauche, du centre, de droite, écologistes ou pas, nous n’avons pas le droit de minimiser les dangers pour notre démocratie de la naissance de ce nouveau Front national. En conséquence, nous devons tous voter pour François Hollande, demain dimanche 6 mai 2012, non seulement pour à nouveau sauver la République comme en 2002, mais également pour infliger au plus grand escroc de la Vième République, la plus cinglante défaite qu’il mérite pour l’avoir offensée et qui doit rester gravée dans les livres d’histoire,……pour ne jamais oublier.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.