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Billet de blog 8 mai 2012

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La victoire de François Hollande : le double vote de la sanction et de l’espérance

Tous les républicains de France et de Navarre, mais très probablement aussi au-delà de nos frontières, surtout en Europe, ont pu enfin, dimanche 6 mai au soir, pousser le grand soupir de libération qu’ils attendaient depuis au moins cinq ans, voire dix ans, s’ils ont aussi triste et douloureuse mémoire de l’action de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur (2002-2004) et au ministère des Finances (2004-2007).

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Tous les républicains de France et de Navarre, mais très probablement aussi au-delà de nos frontières, surtout en Europe, ont pu enfin, dimanche 6 mai au soir, pousser le grand soupir de libération qu’ils attendaient depuis au moins cinq ans, voire dix ans, s’ils ont aussi triste et douloureuse mémoire de l’action de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur (2002-2004) et au ministère des Finances (2004-2007). Une attente où, jusqu’aux dernières secondes avant l’annonce officielle des premières estimations, pouvaient se bousculer les sentiments les plus divers de confiance, d’espoir, mais aussi d’incertitude et d’inquiétude face au poids des droites exprimé au premier tour (45,1 %) et à ce que l’on connaît de l’imagination sans fin du président sortant, en termes de manipulations politiciennes, pour s’accrocher désespérément au pouvoir.

Un énorme soulagement, donc, face à la victoire de François Hollande, certes, beaucoup moins confortable que celle annoncée par les sondages, mais pour autant nette et sans ambiguïté, avec 51,63 % des suffrages exprimés pour le candidat socialiste. Et, une victoire historique, car elle met fin à une période de 17 ans de présidence de droite ininterrompue ( 1995-2002 et 2002-2007, respectivement septennat et quinquennat de Jacques Chirac ; 2007-2012, quinquennat de Nicolas Sarkozy), et fait de François Hollande le deuxième président socialiste dans l’histoire des institutions de la Vième République, après François Mitterrand élu en 1981, puis réélu en 1988. Au passage, petit clin d’œil de l’histoire pour le nouveau président qui s’est largement inspiré pendant sa campagne de la posture mitterrandienne, et qui réalise quasiment le même score que celui de François Mitterrand en 1981 face à Valéry Giscard d'Estaing (51,76 %).

Mais, on aurait tort de le négliger, il s’agit d’un soulagement en demi-teinte, car le président sortant a quand même été plébiscité à raison de 48,37 %, tout en affichant clairement les orientations lepénistes qu’il entendait donner à sa future présidence, et surtout avec la présentation du bilan que l’on connaît de son quinquennat, catastrophique à tous les niveaux : économique, social, écologique et surtout démocratique. Alors, 48,4 %, dans ce contexte très particulier, cela fait vraiment beaucoup ! Très exactement, 16,9 millions de Français !! Et si à cela, on ajoute les 9 millions d’abstentionnistes avec un taux d‘abstention de 19,7 %, on mesure mieux l’ampleur de ce qu’il n’est pas exagéré de qualifier de crise républicaine, qui d’ailleurs devrait éveiller toutes les attentions, et le plus tôt possible, de la nouvelle présidence et gouvernance de gauche pour reconstruire un pacte républicain terriblement mis à mal par la droite sarkozyste.

Comme à l’issue de tout duel électoral, et surtout lorsque l’un des duellistes est le président sortant, les politistes s’interrogent sur l’interprétation de la victoire, en appréciant les forces respectives du double mouvement d’adhésion au vainqueur et de rejet du perdant. Incontestablement, François Hollande doit sa victoire, avant tout, au profond rejet par le pays du président sortant. La radiographie électorale du second tour le confirme, notamment par les résultats du sondage réalisé par Ipsos-Logica Business Consulting (1) selon lequel 55 % des électeurs du candidat socialiste au second tour auraient voté pour lui, avant tout "pour barrer la route à Nicolas Sarkozy", les 45 % restants se prononçant pour un vote d’adhésion. Ainsi, par ce vote du désaveu et de la sanction contre Nicolas Sarkozy, les Français ont dit NON à une France arrogante, arriviste et excluant les "sans voix", divisée et haineuse du multiculturalisme de la société française. Cette France-là est celle sur laquelle prospère le "Front national des droites", entendez l’actuel UMP et le Front national de Marine Le Pen, en la faisant grossir en la nourrissant de peurs, de divisions et de mensonges. Et Nicolas Sarkozy nous a montré, entre les deux tours de la campagne électorale, qu’il savait faire en la matière aussi bien que la leader du Front national. Enfin, pour les plus informés d’entre eux, les Français ont aussi voulu dire NON à un pouvoir corrompu et sali par des affaires d’État, à ses tentatives de remise en cause de l’indépendance de la justice, à sa présidence partisane et à sa volonté de mainmise sur l’information.

La dimension importante et dominante du vote sanction contre Nicolas Sarkozy ne saurait dissimuler, pour autant, l’expression d’un réel vote d’espérance dans la victoire du candidat socialiste, que la symbolique du rassemblement de la célébration de sa victoire dimanche soir sur la place de la Bastille a d’ailleurs très bien révélée, tant par son ambiance que par son ampleur. Car, les Français ont aussi dit OUI par ce vote à plusieurs exigences, celle de la dignité et de l’humilité dans la représentation de la fonction présidentielle, celle de l’équité dans la répartition des fruits du travail et des efforts face à la crise, celle de la reconstruction et du renforcement de notre protection sociale et de nos services publics, celle de l’intégration de nos jeunes en difficultés et surtout ceux de nos banlieues défavorisées, celle de la sortie de l’impasse de l’austérité européenne imposée par le pouvoir de la finance pour faire au contraire émerger des perspectives d‘emplois, de hausse de pouvoir d’achat pour les plus vulnérables et de réduction de certaines inégalités insolentes et insupportables. Gageons que le nouveau président socialiste saura entendre avec soin ces exigences populaires. Enfin, ils ont dit OUI à l’épanouissement du peuple de France, dans et par toute la richesse de sa diversité culturelle et ethnique, en brandissant très symboliquement à l’occasion de cette fête de la victoire du nouveau président socialiste à la Bastille, aux côtés des drapeaux tricolores et européens, des drapeaux africains (algériens, ivoiriens, maliens, sénégalais), et ce, dans un formidable état d’esprit républicain et humaniste. Une symbolique d’une extrême richesse instructive et épanouissante, qui a aussi valeur de véritable leçon de sociologie et de morale politique pour le président sortant et le "Front des droites", mais dont on peut malheureusement douter qu’elle soit pleinement apprise et comprise pour demain par ceux qui en ont le plus grand besoin !

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(1) http://www.ipsos.fr/sites/default/files/attachments/rapport_2ndtourelectionpresidentielle-6mai2012-20h.pdf

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