Yves Besançon
Economiste, professeur de sciences économiques et sociales, et ancien Attaché de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
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Billet de blog 8 juil. 2011

Pour un capitalisme humaniste et partageux......

Yves Besançon
Economiste, professeur de sciences économiques et sociales, et ancien Attaché de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
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A l’occasion du fil de l’article de Joseph Confavreux " Le peuple glisse-t’il à droite ? C’est vite dit " dans les colonnes de Médiapart (lire ici l'article de Joseph Confavreux), j’ai fait une réponse à Robert Mascarell qui légitimement m’interpellait sur l’ambiguïté de ce que j’appelle un capitalisme humaniste et partageux dans le commentaire que j'ai posté. Ce billet ne fait que reprendre mon commentaire de l'article et ma réponse à Robert Mascarell, disponibles ainsi pour un plus grand nombre. Quelques grandes orientations souhaitables d’un programme de gauche y sont présentées…..à méditer pour le futur candidat de la gauche au second tour de mai 2012 !…...

En superposant les cartes du vote extrême droite et des taux de chômage régionaux, à l’occasion des dernières consultations électorales sur les vingt dernières années, il semble difficile de contester que le déterminant essentiel du vote Front national chez les classes populaires soit économique, les fractions d’entre elles les plus exposées au chômage de longue durée, à la pauvreté et à l‘exclusion exprimant ainsi un sentiment de rejet des partis traditionnels, de gauche comme de droite, considérés comme incapables. Si ce vote de défiance peut revêtir parfois des connotations xénophobes, il ne peut pas à mon sens, être interprété comme une adhésion à une idéologie raciste, celle fondamentalement portée historiquement par le parti lepéniste : la peur de l’étranger qui peut alors s’exprimer est une peur de perdre son emploi et non le rejet de la différence culturelle et/ou ethnique en tant que telle. Le caractère non idéologique de ce vote FN ouvre donc à la gauche des perspectives possibles de reconquête rapide de cet électorat, à la condition qu’elle revienne à ses vraies valeurs historiques, celles tournées vers le progrès social, la répartition équitable et décente des richesses et l’égalité des chances. Ce repositionnement, sans compromission avec l’ordre libéral, est lui-même indispensable pour ramener à la gauche les couches des classes moyennes les plus fragilisées par la crise, qui en 2007, ont été séduites par le discours populiste de Nicolas Sarkozy.

Un certain nombre de faits politiques intéressants sont évoqués dans l’article, notamment la montée de l‘abstention chez les classes populaires, comme autre mode d’expression de leur désarrois face à leur sentiment légitime d‘avoir été abondonnées par les partis historiquement défenseurs des intérêts des travailleurs. Cette responsabilité des partis de gauche dans la montée de l’abstentionnisme populaire vient s’articuler sur une grande contradiction de fond de nos démocraties à l’âge du capitalisme moderne : comment se fait-il que les peuples ayant les moyens institutionnels démocratiques de mettre au pouvoir des forces politiques oeuvrant réellement pour le seul progrès social dans l’intérêt de tous et comme seul objectif du progrès économique, portent structurellement au pouvoir des forces animées avant tout par la sauvegarde des intérêts d’une classe dominante dans le cadre d’une répartition injuste des fruits du travail (en période de croissance économique, mais plus encore en temps de crise économique !) ? De toute évidence, au-delà de la complexité de la réponse à cette question, il y a dans ce paradoxe, l’expression de la manipulation et de l’escroquerie " légale " de l‘immense majorité des peuples, à travers notamment la légitimation de l’ordre social et de sa reproduction par une illusoire égalité des chances dans la réussite sociale, la capitulation d’une grande partie des forces de gauche face à la " main invisible " néolibérale, ainsi qu’une sous-information structurelle et délibérée sur l’état des inégalités économiques et sociales ! ……….des rouages qui ont su jusqu’à maintenant endormir le peuple et lui faire oublier que même si ses conditions d’existence dans nos pays riches se sont nettement améliorées par rapport à celles de " l’armée de réserve industrielle " du XIX siècle, la grande contradiction et imposture de base du capitalisme sauvage ou insuffisamment encadré demeure, celle d’un système qui sans maître ignore le progrès social comme finalité de l’économique.

La montée actuelle de la contestation sociale en Europe face aux plans d’austérité est un signe tangible que les peuples commencent à se réveiller enfin contre l’imposture d’un capitalisme néolibéral et embrassent à nouveau les valeurs de gauche oubliées, celles qui dans la lutte, ont toujours été dans l’histoire le moteur du progrès social. Reste maintenant aux forces politiques de gauche à renouer pleinement avec ces mêmes valeurs qu’elles ont perdues, pour accompagner, renforcer cet élan populaire, et porter au pouvoir les intérêts des peuples. La gauche en France sera-t-elle digne en 2012 de cette possible révolution prolétarienne démocratique et pacifique ? Pourra-t-elle jouer un rôle historique en Europe dans la propagation de cette révolution ? Ce n’est pas impossible, mais qu’elle commence déjà par s’unir autour d’un programme ambitieux à la hauteur de cette rupture radicale par rapport à l’ordre néolibéral, et que dans l’exercice du pouvoir, elle sache, cette fois-ci, ne plus perdre son âme en restant le fidèle serviteur du progrès social et de la justice sociale ! Il en va d’une réconciliation bien légitime entre le peuple et la gauche, et bien nécessaire pour un autre capitalisme : un capitalisme humaniste et partageux.

Robert Mascarell : " (...)Pour ma conclusion, je vais me permettre de vous titiller très fraternellement. Le capitalisme est un et indivisible. Il est fondé uniquement sur l'individualisme, voire l'égoïsme. Il ne peut être humaniste et surtout partageux. Seuls ses adversaires, parvenus au pouvoir par les urnes, quand ils sont décidés à lui porter des coups, donnent l'illusion d'un autre capitalisme. Il va de soi que je ne classe pas les sociolibéraux dans la catégorie de ceux qui ont la volonté de s'attaquer aux tares du capitalisme. (...)"

Vous ne me titillez pas sur le concept de capitalisme humaniste et partageux, car il est vrai que si l’on se réfère à une certaine acception de la notion de capitalisme et/ou de ce qu’il a pu être dans son histoire, il y a là un véritable oxymore. Pour autant, si l’on part d’une définition simple du capitalisme comme un système économique qui respecte la liberté d’entreprendre et l’appropriation privée des moyens de production, il peut devenir humaniste et partageux, dès l’instant qu’il est encadré par un État qui le régule au service des intérêts bien compris du peuple (et non d’une classe minoritaire comme c’est encore le cas sous les apparences d’une moyennisation des sociétés capitalistes modernes ) et s’assure que la liberté d’entreprise n’entre pas en conflit avec l’intérêt général.

Soyons concret et réaliste : on part de ce que le monarque Sarkozy va nous laisser en 2012, on réforme en profondeur la fiscalité en vue d’un système fiscal pleinement redistributif (au sein des ménages, mais également des entreprises !) et qui notamment ne permet plus de s‘enrichir par la spéculation, on renforce la protection sociale en revenant en particulier sur la réforme scandaleuse des retraites, on crée un revenu maximum acceptable (incluant tous les revenus, y compris les revenus du capital) ainsi qu‘une norme d‘évolution " décente " par rapport au revenu minimum et au smic, on renoue avec la tendance historique de la réduction du temps de travail pour mieux partager l'emploi disponible, on donne l’exemple aux autres pays de l’Union européenne qu’il est possible de garder le meilleur et de revenir sur le pirede cette construction ( la parfaite mobilité internationale du capital, la casse des services publics avec le principe du service universel, les missions " monétaristes " de lutte contre l'inflation de la Banque centrale européenne, etc.), on renforce les services publics, on inscrit réellement enfin le développement durable dans les missions fondamentales de l’État, on met fin définitivement aux privilèges monarchiques et indécents de la caste des politiques de telle sorte que celles et ceux qui se présentent devant et pour le peuple aient une rémunération décente face à un smicard et ne puissent pas faire carrière en politique,etc, etc.,etc. ………Voilà quelque chose qui nous amène à un mariage heureux et possible entre la démocratie politique, sociale et économique, la liberté d’entreprendre et l’État-providence…..Puisque l’immense majorité des sympathisants de gauche se retrouvent dans les valeurs humanistes et partageuses sous-jacentes à ces orientations, puisque ces orientations servent les intérêts du peuple, puisque ce peuple peut démocratiquement choisir ses représentants, puisque ces représentants sont portés par les partis politiques,…. alors, alors,…. on en revient à la problématique de fond déjà évoquée : le peuple est (devenu) ingrat avec sa gauche et/ou les partis de gauche ne portent plus (ou insuffisamment) les vraies valeurs historiques de la gauche !??????…...Quelle que soit la réponse que l’on apporte à cette question délicate, une conclusion me semble néanmoins évidente : ce n’est certainement pas en boudant le candidat de gauche en mai 2012, quel qu’il soit, que le peuple va avancer dans la résolution de sa problématique !

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