Yves Besançon
Economiste, professeur de sciences économiques et sociales, et ancien Attaché de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Abonné·e de Mediapart

103 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 nov. 2011

Yves Besançon
Economiste, professeur de sciences économiques et sociales, et ancien Attaché de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Abonné·e de Mediapart

En route pour un déficit commercial abyssal en 2011.....

Les dernières statistiques pour le mois de septembre 2011, publiées mardi 8 novembre par la Direction générale des douanes, font état d’une nouvelle détérioration du solde de la balance commerciale avec un déficit de 6,3 milliards d’euros, après 4,3 milliards d’euros en août 2011(cf. graphique n°1). Regards conjoncturel et structurel sur l’évolution du solde commercial de l‘économie française.

Yves Besançon
Economiste, professeur de sciences économiques et sociales, et ancien Attaché de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les dernières statistiques pour le mois de septembre 2011, publiées mardi 8 novembre par la Direction générale des douanes, font état d’une nouvelle détérioration du solde de la balance commerciale avec un déficit de 6,3 milliards d’euros, après 4,3 milliards d’euros en août 2011(cf. graphique n°1). Regards conjoncturel et structurel sur l’évolution du solde commercial de l‘économie française.

© 

Source : les Douanes.

Les exportations diminuent sensiblement en septembre 2011 par rapport au mois précédent (-5,9 %), alors que les importations ne connaissent qu’un léger repli (-0,6 %), de telle sorte que le taux de couverture (rapport entre les exportations et les importations exprimé en %) baisse également en passant de 89,8 % en août à 85 % en septembre 2011. Depuis le début de l’année, le déficit cumulé se chiffre ainsi à près de 55 milliards d‘euros contre près de 38 milliards d’euros sur les 9 premiers de l’année de 2010. Le chemin vers le triste record prévu en 2011 de 73 milliards d’euros par le gouvernement, dans son projet de budget de 2012, semble donc fort bien engagé ! Ce qui frappe dans le creusement du déficit commercial de la France en septembre par rapport au mois précédent, c’est qu’il est le résultat d’une baisse des exportations françaises particulièrement marquée vers l’Union européenne (notamment vers l’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas), tandis qu’elles restent stables en direction de l’Asie et de l’Afrique. Difficile de ne pas voir dans cette évolution les effets de l’austérité généralisée en Europe et les premiers signes d’une récession aux portes de l‘Europe. D’autant que d’autres indicateurs conjoncturels pour le mois de septembre confortent cette analyse : baisse de la consommation des ménages (- 0,5 %), des prix à la consommation (-0,1 %), de la production industrielle (-1,7 %), de la construction (-5,8 %)….et confirmation d’une nette reprise du chômage avec 26.000 chômeurs de plus en septembre pour la seule catégorie A !

Cette évolution est préoccupante à plus d’un titre. D’une part, elle augure probablement, sous l’effet de la synchronicité et du renforcement des plans d’austérité européens, d’une amplification du cercle vicieux récessif, via les échanges extérieurs (lire Les écueils d’une cure d’austérité drastique et généralisée en Europe). En effet, comme le prévoit l’Insee dans sa dernière note de conjoncture d‘octobre 2011, au cours de l’année 2011, comme lors de la récession de 2009 (baisse du PIB de 2,6 %), la contribution du commerce extérieur à la croissance devrait être négative (-0,5 point avec une croissance attendue de 1,7 %). À l’essoufflement de sa demande intérieure, s’ajouterait donc pour l’économie française, un second frein, celui de la contraction de ses débouchés extérieurs européens, une conjecture que les résultats de la balance commerciale en septembre viennent donc plutôt conforter. Et la France ne serait pas, bien évidemment, la seule concernée en Europe par cet effet restrictif important sur le rythme de croissance de la contraction des échanges extérieurs, si l’on en juge par d’autres statistiques européennes de commerce extérieur, notamment le déficit commercial britannique en septembre de l’ordre de 10 milliards de livres sterling, sans précédent depuis 1998.

D’autre part, cette évolution conjoncturelle s’inscrit dans le cadre d’une tendance de long terme au déficit qui s’amorce en 2003 (cf. graphique n°2). Depuis, l’aggravation du déficit de la balance commerciale est une caractéristique essentielle des échanges extérieurs de la France ( avec un solde déficitaire de 51 milliards d’euros en 2010), dont les raisons essentielles sont largement connues, celles de la désindustrialisation et d’un manque de compétitivité structurelle lié à un problème de spécialisation de l‘appareil productif et d‘insuffisance des dépenses en recherche-développement (R-D). 

Graphique n°2 : évolution du solde commercial (en millions d’euros et échanges FAB/FAB)  

© 

Le problème de la compétitivité-prix est systématiquement mis en avant par le gouvernement et le patronat pour justifier la nécessité d’une baisse du coût du travail par le jeu en particulier des exonérations des cotisations sociales patronales. Ce discours apparaît largement exagéré car la part limitée des pays émergents dans la structure du commerce extérieur français met sur un plan secondaire, voire articulée principalement autour des seuls intérêts des grands groupes, une stratégie dépassée car les parts de marchés se gagnent aujourd'hui essentiellement grâce à des PME innovantes et souples dans le processus décisionnel de l'investissement. Cette fragilité persistante du commerce extérieur français se retrouve dans les résultats de septembre 2011, où le recul des ventes d’Airbus par rapport au mois précédent, a contribué sensiblement à la baisse des exportations françaises, tandis que dans le même temps, le dynamisme à l’exportation de l’économie allemande ne s’est pas démenti (excédent commercial de 17,4 milliards d‘euros en septembre), forte qu’elle est de la solidité de son vaste réseau de PME tournées vers la conquête des marchés extérieurs (400.000 PME exportatrices, 4 fois plus qu’en France !). Un autre point sensible et pouvant éclairer sur les fragilités du tissu productif français, notamment par rapport à ses concurrents allemand ou japonais, est la stratégie bien particulière des grands fleurons industriels français à l’égard de leurs fournisseurs sous-traitants qui consiste à s’appuyer largement sur la sous-traitante étrangère, et n’hésite pas à étrangler les marges de leurs sous-traitants résidents en leur faisant supporter, via la flexibilité, le poids de l‘ajustement de la production face aux fluctuations conjoncturelles de la demande.

Enfin, pour terminer cette analyse sur la dimension structurelle des difficultés de la balance commerciale de la France, on ne saurait ne pas évoquer le problème de la surévaluation de l’euro depuis de nombreuses années, même s’il ne concerne pas la compétitivité-prix de la seule économie française, mais pénalise l'ensemble des pays de la zone euro d'autant plus qu'il a pu encourager la mise en oeuvre de politiques de déflation salariale plombant la croissance européenne.

____________________________

ACTUALISATION (8 mars 2012)

Comme on pouvait s'y attendre au moment où l'article a été rédigé, le déficit commercial de la France s'est donc à nouveau creusé au cours de l'année 2011, en étant de 69,6 milliards d'euros contre 51,5 milliards d'euros en 2010. Ce résultat inquiétant, en s'inscrivant dans la tendance lourde de l'aggravation constatée à partir de 2003, témoigne ô combien que la compétitivité structurelle de l'économie française est insuffisante, faute essentiellement, d'un manque d'investissement en recherche-développement, d'un soutien insuffisant des PME par le système bancaire et de la démission de l'Etat dans la mise en oeuvre d'une politique industrielle ambitieuse. 

ACTUALISATION (22 avril 2012)

Si l'on considère l'ensemble des échanges avec l'extérieur, et pas seulement ceux portant sur les marchandises, le solde déficitaire représentait 1,3 % du PIB en 2007. Au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy, ce solde s'est détérioré de façon inquiétante, en se chiffrant à 3,1 % du PIB en 2011. En la matière, à titre de comparaison internationale avec ses partenaires de l'Union européenne, l'évolution de la position de la France  sur la période 2007-2011 est médiane, entre les situations extrêmes de la Bulgarie, qui voit le solde de ses échanges extérieurs s'améliorer de près de 30 en points de pourcentage du PIB, et de la Finlande dont le solde se détériore de plus de 4 en points de pourcentage du PIB.   

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
#MeToo, 5 ans après : notre émission spéciale
Le 5 octobre 2017, un mot-dièse va faire le tour de la planète : #MeToo (« moi aussi »), une expression pour dire haut et fort les violences sexistes et sexuelles. Cinq ans plus tard, les rapports de domination, de pouvoir, ont-ils vraiment changé ?
par À l’air libre
Journal
MeToo, plus de cinq ans d’enquêtes
Parmi les centaines d’articles publiés et émissions réalisées par Mediapart, ce dossier rassemble une sélection d’enquêtes marquantes, du monde du travail à celui de la musique, de la politique au cinéma, et fait la chronique des défaillances de la justice.
par La rédaction de Mediapart
Journal
Face aux affaires, l’opposition s’indigne, l’exécutif se terre
Les dernières mises en cause par la justice de deux figures du pouvoir, Alexis Kohler et Éric Dupond-Moretti, sont venues perturber mardi la rentrée parlementaire. Face à des oppositions plus ou moins véhémentes, l’exécutif et la majorité en disent le moins possible, en espérant que la tempête passe.
par Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — Exécutif
Kohler, Dupond-Moretti : et soudain, il ne se passa rien
Le président de la République n’a pas jugé nécessaire de réagir après l’annonce du procès à venir de son ministre de la justice et de la mise en examen de son bras droit. Il mise sur le relatif silence des médias. Et ne s’y trompe pas.
par Michaël Hajdenberg

La sélection du Club

Billet de blog
La grande nostalgie
Les nostalgiques de l'ère fasciste s'en donnent à cœur joie pour ressortir les reliques de l'époque. Dimanche matin à Porta Portese, le plus grand marché aux puces de la capitale, j'ai trouvé un choix impressionnant de memorabilia de l'ère Mussolini.
par D Magada
Billet de blog
Ouvrir les yeux sur le fascisme qui vient
Un peu partout, « la loi et l’ordre » s’imposent, sous une forme directement inspirée des années 40 comme Italie, ou de façon plus insidieuse, comme chez nous. De L’écofascisme au post-fascisme en passant par l’autoritarisme policier ultra-libéral, c’est cinquante nuances de brun. Et il va falloir commencer à sérieusement s’en inquiéter, si on ne veut pas voir nos gosses grandir au son des bottes.
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
L'Italie post-fasciste : en marche vers le passé
La victoire du post-fascisme, déflagration annoncée, menace nos systèmes démocratiques imparfaits et l'Europe qui subit une guerre de conquête et un bouleversement interne avec ces extrêmes-droites qui accèdent au pouvoir. Faut-il attendre les catastrophes pour crier ? La remise en cause de vieux réflexes ne demandent-elles pas une actualisation pour agir sur notre époque sans se renier ?
par Georges-André
Billet de blog
Après les élections, vers le post-fascisme
Aujourd'hui, en Italie, l'institutionnalisation du fascisme va porter l'agression raciste et patriarcale à un niveau supérieur. Avec cette combinaison du fascisme et de la technocratie, le gouvernement Meloni ne sera probablement pas simplement un gouvernement Draghi plus raciste. Nous verrons dans quelle mesure les alliances internationales, l'Union européenne et la Présidence de la République pourront limiter et contenir les dégâts. 
par Bruno Montesano