Grande pauvreté en France, au secours !

Le Secours catholique a publié hier, jeudi 8 novembre, son rapport annuel sur la pauvreté en France, intitulé « Regards sur 10 ans de pauvreté » (1). Un rapport pour le moins éclairant sur les nouveaux visages de la pauvreté en France aujourd’hui et son évolution au cours de la dernière décennie. Et un rapport alarmant !

Le Secours catholique a publié hier, jeudi 8 novembre, son rapport annuel sur la pauvreté en France, intitulé « Regards sur 10 ans de pauvreté » (1). Un rapport pour le moins éclairant sur les nouveaux visages de la pauvreté en France aujourd’hui et son évolution au cours de la dernière décennie. Et un rapport alarmant !

Premier constat dressé : entre 2001 et 2011, le nombre de personnes « rencontrées » par les services d’aide de l’ONG est passé de 1.387.000 à 1.424.000 personnes. Certains, avec cynisme, pourront se contenter de relever que l’augmentation n’a rien d’explosive ( + 35.000 en dix ans, soit 2,5 %), mais ce que pointe le rapport dans cette évolution, et de façon inquiétante, c’est l’augmentation de la part des familles sollicitant les structures de l’association, part qui passe ainsi, sur la période étudiée, de 47 % à 53 % des ménages rencontrés. Conséquence, le Secours catholique a vu augmenter de plus de 40.000 en dix ans le nombre d’enfants concernés par les situations de pauvreté traitées, avec en final une part des enfants en 2011de près de 50 % du public aidé à travers les familles accueillies ! Autre constat préoccupant, pour l’année 2011, sur les 1,4 million de personnes aidées par l’association, près de 7 personnes sur 10 sont en situation de grande pauvreté vivant avec moins de 640 euros par mois (soit 40 % du revenu médian), et 94 % d’entre elles sont en situation de pauvreté, c’est-à-dire avec un revenu inférieur à 960 euros par mois (seuil de pauvreté égal à 60 % du revenu médian). Concernant l’évolution de la structure socio-démographique du public accueilli, le rapport est également riche d‘éclairages sur les nouveaux visages de la pauvreté. La féminisation de la pauvreté en est un, les femmes représentant 57 % des adultes aidés en 2011 contre la moitié dix ans plus tôt, et majoritairement des femmes élevant seules leurs enfants (58 % des familles aidées étaient monoparentales en 2011). Les jeunes et les étrangers sont également de plus en plus touchés par la pauvreté. Ainsi, la part des étrangers en situation de pauvreté rencontrés par les services de l’association est passée de 23 % en 2001 à 30 % en 2011.

Un ensemble de constats à mettre bien évidemment en parallèle avec l’augmentation du chômage (66 % des bénéficiaires du Secours catholique étaient au chômage en 2011 contre 58 % en 2001), la précarisation de l’emploi avec le développement du sous-emploi (i.e. travail à temps partiel subi), sans oublier le recul de la protection sociale en termes de lutte contre la pauvreté et l‘exclusion sociale. En effet, sur ce dernier point, le décrochage des minima sociaux par rapport à l’évolution du Smic, notamment le revenu minimum ne représentant plus aujourd’hui que 43  % du salaire minimum légal contre 50 % en 2001, a fragilisé les fractions de la population les plus éloignées du marché de l’emploi. Or, l’association apporte son aide de plus en plus auprès de chômeurs non indemnisés qui représentent un quart de l’ensemble aidé en 2011 contre 18 % en 2001. Par ailleurs, si à ce décrochage des minima sociaux, conjugué à un recul de l’indemnisation du chômage, on ajoute, comme le souligne le rapport, la forte augmentation des dépenses dites contraintes en logement et énergie (loyers, gaz, électricité et eau) - des hausses entre 40 % et 50 % pour une inflation de 20 % sur la période étudiée -, qui constituent, comme chacun sait, des charges sur-représentées dans les budgets des ménages à faible revenu, on comprend alors mieux les évolutions inquiétantes sur la pauvreté présentées dans ce rapport.

En final, c’est donc le constat d’un ancrage de la pauvreté en France au cours de la dernière décennie que nous livre le précieux regard du Secours catholique. Un constat qui rejoint celui dressé par les statistiques de l’Insee sur la paupérisation en France, particulièrement visible entre 2002 et 2010,  période durant laquelle le taux de pauvreté passe de 12,9 % à 14,1 %, avec 8,6 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en 2010 (2). Le mois prochain, les 9 et 10 décembre, doit se tenir une conférence gouvernementale sur la lutte contre la pauvreté et l‘exclusion sociale. Espérons, qu’à cette occasion, le gouvernement saura prêter au rapport du Secours catholique autant d’attention, sinon plus, que celle accordée tout récemment au rapport Gallois sur la compétitivité ! Et particulièrement sur les préconisations du rapport (relèvement du RSA de 25 % sur le quinquennat, construction de logements sociaux, plafonnement des loyers, etc.). On a encore le droit de rêver…..                       

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(1) http://www.secours-catholique.org/actualite/regards-sur-10-ans-de-pauvrete,11291.html
(2) « Les niveaux de vie en 2010 », Insee première, n°1412, septembre 2012.
Lien Internet : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1412/ip1412.pdf


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