Pour un «pacte des valeurs de gauche»

Dans les colonnes du Club de Mediapart de ce 11 août 2011, Henri Emmanuelli (député des Landes), Benoît Hamon (porte-parole du PS), et Liêm Hoang Ngoc (député européen), en réaction aux nouvelles tentatives de putsch de la spéculation financière contre les démocraties occidentales, proposent un  «pacte d'investissement» pour retrouver le chemin de la croissance (Lire : Contre la «règle d'or», pour un pacte d'investissement !). Ma première réaction après lecture de cet appel étant un peu longue pour un commentaire, j'en fais part sous forme d'un billet.

 Excellente initiative ce "pacte d'investissement", mais permettez-moi d'y voir une toute petite goutte d'eau dans un océan face au mur de la finance et des inégalités. Il faudra aller beaucoup plus loin, Messieurs, si vous voulez emmener les peuples à nouveau sur le chemin du progrès social, et tordre le cou définitivement à l'ordre néolibéral ainsi qu'à la collusion intéressée et insupportable entre les dirigeants politiques et les intérêts de la minorité possédante. De mon côté, je vous propose un autre pacte, celui que j'appelle le "pacte des valeurs de gauche " décliné à deux niveaux : 

- au niveau de la zone euro : institution d'un gouvernement européen, contrôle des mouvements de capitaux, instauration d'une taxe conséquente sur les plus-values financières, définition de la politique monétaire de la BCE en fonction de l'objectif premier de lutte contre le chômage ;

- au niveau national : réforme fiscale en profondeur sur les revenus, le patrimoine et les plus-values (d'où qu'elles viennent !...financières, immobilières, sur les cours des matières premières, etc.) au service, à la fois, de la réduction des inégalités, de la croissance et de la réduction de la dette, et de la protection de l'environnement ; création d'un revenu maximum acceptable incluant tous les revenus du travail et du capital avec une norme décente de proportionnalité par rapport au revenu solidarité active (RSA) ; élargissement du RSA à tous les jeunes de moins de 25 ans ; accentuation du partage du travail par la poursuite de la réduction du temps de travail (n‘en déplaise à la position de certains membres du parti socialiste); remise à plat de notre système de répartition des retraites avec enfin la mise en place d'une redistribution digne de ce nom, et non une redistribution " inversée " comme celle qui caractérise le système actuel au profit des plus favorisés ; fin de la casse de la protection sociale et des services publics (bienvenue à votre pacte de l'investissement !)en refusant notamment le camouflé néolibéral de " service universel " concocté par la Commission européenne ; socialisation du système bancaire ; lois garantissant l'indépendance des médias publics et privés par rapport aux intérêts de la minorité possédante ; coupure radicale et définitive avec les privilèges monarchiques de l'exercice de la responsabilité politique ( fin du cumul des mandats, rémunération décente des politiques, nombre limité de mandats pour un élu dans le temps ), incarnée, pourquoi pas, sur le fond et la forme par une VI ième république.

Ma liste n'est certainement pas exhaustive, mais il y a là matière, me semble-t-il, pour occuper en mai 2012 les esprits éclairés d'un prochain gouvernement de gauche composite et respectueux de toutes les sensibilités des forces de gauche pour retrouver le chemin du progrès social avec ou sans croissance, et passer de la démocratie des monarques et des nobles à la démocratie des peuples ! Et pour les aspects très concrets et techniques des éléments de ce pacte des valeurs de gauche, n'hésitez pas à me contacter, les tiroirs de mon bureau regorgent de propositions très précises, réalistes et radicales.

Pardonnez-moi d'avoir " légèrement " débordé par rapport à la crise financière et économique proprement dit ; en même temps, difficile de traiter de cette sortie de crise en dehors de toutes les vraies impostures qui la nourrissent, et surtout impossible de ne pas la regarder à quelques mois de la future échéance présidentielle comme l'occasion d'une formidable rupture historique où la gauche a rendez-vous avec son vrai dessein pour une révolution pacifique de l‘organisation de nos institutions et de nos économies ! Répondra- t-elle présente à cette convocation de l'Histoire ? Personne n'a la réponse, mais ce qui est sûr, c'est qu'elle en a les moyens et, en cas de défection, il sera très difficile de lui trouver des circonstances atténuantes !

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