Lorsque le budget écologique de la planète Terre passe au rouge….

 Chaque année, l'organisation non gouvernementale internationale de recherche environnementale, Global Footprint Network (GFN), calcule le jour à partir duquel la planète Terre, de par les activités humaines, est globalement en « surchauffe écologique ». En 2000, le signal de détresse était déjà allumé, un certain 1er octobre. Depuis, la date de cette mauvaise nouvelle pour la planète, l’« Overshoot Day », ne cesse d’avancer dangereusement dans notre calendrier pour s’inviter en 2014.….. dès le 19 août ! (1)

 

Chaque année, l'organisation non gouvernementale internationale de recherche environnementale, Global Footprint Network (GFN), calcule le jour à partir duquel la planète Terre, de par les activités humaines, est globalement en « surchauffe écologique ». En 2000, le signal de détresse était déjà allumé, un certain 1er octobre. Depuis, la date de cette mauvaise nouvelle pour la planète, l’« Overshoot Day », ne cesse d’avancer dangereusement dans notre calendrier pour s’inviter en 2014.….. dès le 19 août ! (1)

Plus précisément, GFN calcule deux indicateurs : l’empreinte écologique par habitant, exprimée en hectares globaux (hag/hab), mesure la surface nécessaire dont l’homme a besoin pour satisfaire ses modes de production et de consommation de richesses, ainsi que l’élimination des déchets associés ; la biocapacité désigne, quant à elle, la surface maximale disponible compatible avec l’équilibre de l’écosystème, exprimée également en hag/hab. On comprend alors aisément le sens de la différence entre les deux indicateurs : la différence négative entre la biocapacité et l’empreinte écologique traduit donc un état de « dépassement écologique » ou dit autrement de dépréciation du capital naturel. Le jour fatidique de l’année à partir duquel la totalité du « budget écologique » a été dépensée, est donc celui où l’on commence à observer cette différence négative, le moment critique où l‘humanité commence à puiser dans son stock de capital naturel pour satisfaire ses besoins, mais en ne laissant pas suffisamment de temps à celui-ci pour se reconstituer. En final, compte tenu d’un état d’épuisement des ressources de notre planète de plus en plus tôt dans l’année, l’humanité aurait besoin aujourd’hui de 1,5 Terre pour ne pas mettre en péril son stock de capital naturel. Un modèle de développement donc écologiquement irresponsable mais surtout insoutenable à long terme !

Généré par le double mouvement, d’une part, d’une croissance économique prédatrice des ressources naturelles (déforestation, surpêche, etc.…) elle-même  à l’origine du rejet massif des gaz à effet de serre - dont le dioxyde de carbone (CO2) -, d’autre part, de l’accroissement démographique soutenu, l’état de « dette écologique » dans lequel est entrée l’humanité est repérable dès le milieu des années 70 (cf. le graphique de l’article ci-joint (2)). Et la situation ne devrait pas s‘améliorer dans les prochaines décennies selon GFN qui prévoit, d’ici 2050, avec une population mondiale estimée à 9,1 milliards et les évolutions prévisibles de rejets de CO2 - les émissions de carbone représentent 50% de l'empreinte écologique -, un dépassement de 200 % de l’empreinte écologique mondiale par rapport à la biocapacité. Au total, aujourd’hui, près de 9 habitants sur dix vivent dans des zones de « dépassement écologique ». Parmi les plus gros « débiteurs écologiques », GFN recense, entre autres, les Émirats arabes unis (ce pays devrait posséder plus de 12 fois sa superficie pour satisfaire les besoins des Emiriens), le Japon (il aurait besoin de 7 fois sa superficie) et la Suisse (respectivement plus de 4 fois sa superficie). La France, comme le Danemark, apparaissent en état de surconsommation modéré avec un besoin de 1,6 fois de leur superficie pour satisfaire les besoins de leur population sans nuire à l’écosystème. Aux Etats-Unis, comme en Chine, il faudrait doubler la superficie du territoire pour satisfaire l’empreinte écologique des populations sans compromettre la capacité régénératrice de leur territoire. En final, 14 % seulement de la population mondiale vivent dans des zones où le capital naturel s’accroît encore en raison d'une biocapacité supérieure à l’empreinte écologique, en particulier le Brésil, le Canada et l’Australie.

       
Si on se remet en mémoire une donnée maintenant bien connue, qu’en généralisant le mode de vie de l’Américain du Nord, il faudrait 5 planètes Terre, celui de l’Européen…… seulement 2,5 planètes Terre, on comprend l’urgence de la nécessité de changements importants dans nos modes de vie pour mettre en place un développement durable à l’échelle de l’ensemble de la planète. Comme le déclare Marco Lambertini, Directeur général de l’organisation écologiste WWF International (3) : "Afin que nos enfants aient un avenir sain et prometteur, qu’ils héritent d’une planète digne d’y vivre, nous devons préserver le capital naturel qu’il nous reste et respecter notre planète". Or, avec l’arrivée de plus en plus précoce, chaque année, du « Overshoot Day », et le retard à l’allumage de l’action politique en matière de gestion de la crise écologique, notamment vis-à-vis du pouvoir des firmes multinationales qui se moquent bien de la survie à long terme de la planète, il y a de quoi être inquiet, même si selon WWF France, il est encore temps d’inverser la tendance par des mesures adéquates (développement des énergies renouvelables, conversion à l’économie circulaire, réformes de la fiscalité, etc.). Le point de non-retour de la « dette écologique » serait donc encore devant nous, malgré toutes les inquiétudes suscitées par les prévisions d’un réchauffement climatique inéluctable d’ici 2050,…….. mais pour combien de temps encore, en l‘absence d'une volonté politique écologiste suffisante de la part des gouvernants de la planète Terre ?


_______________________
(1) Lire : http://www.footprintnetwork.org/en/index.php/GFN/page/earth_overshoot_day/
(2) Voir le graphique disponible dans l’article : L’hégémonie anachronique du PIB
(3) Fonds mondial pour la nature, ONG internationale : World Wildlife Fund (WWF).
Ci-joint le site de WWF France : http://www.wwf.fr/

_______________________________________________________________________

Additif du 22 août 2014:

Dans le prolongement de l’"Overshoot Day"…..


A l'initiative de l'Organisation météorologique mondiale, agence des Nations unies, un millier de météorologues ont débattu, jeudi 21 août à Montréal, autour de la thématique du réchauffement climatique et de ses conséquences sur la météorologie des décennies à venir. Les conclusions de cette première conférence mondiale sur la météorologie font, sans mauvais jeu de mots,……….. froid dans le dos. Le réchauffement climatique lié à l’effet de serre, lui-même provoqué par les rejets excessifs de CO2, est irréversible - une hausse de 2 degrés de la température moyenne d’ici 2050 apparaîtrait comme le scénario le plus probable -, ce qui laisse présager inéluctablement, selon les spécialistes réunis, une accélération des perturbations météorologiques telles que nous les connaissons aujourd’hui (épisodes de grand froid et caniculaires de plus en plus fréquents, pluviosité accrue et plus violente générant des inondations, montée du niveau des océans, occurrence accrue de déferlantes de plus en plus hautes, etc…..).

Et qui feront les frais de ce tableau apocalyptique, si on laisse le marché gérer la situation ? Les plus démunis, comme d'habitude. Si l'Etat-providence ne s'empare pas du risque écologique, au même titre que les risques sociaux traditionnels qu'il assume déjà aujourd'hui (chômage,maladie, etc.), alors la dynamique des inégalités, en marche depuis ces trois dernières décennies, ne pourra que s'accentuer avec un risque écologique accru. Crise écologique et crise des inégalités sont plus que jamais indissociables,.......surtout lorsque la météo s'en mêle !

________________________________________________________________________

Additif du 1er septembre 2015 :

En 2015, l’« Overshoot Day » est arrivé le 13 août.....Il faudra peut-être évoquer le sujet à la future COP21....

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.