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Billet de blog 23 déc. 2012

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L’évidente perspective d'un échec de la politique économique du pouvoir «socialiste»

Après les publications successives des prévisions de croissance de l’Observatoire français des conjonctures économiques (Ofce), de la Commission européenne, et celles de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans sa dernière « Note de conjoncture » de décembre 2012 (1), le rapport d’examen annuel de la France (2) du Fonds monétaire international (FMI), publié vendredi 21 décembre, vient, s’il en était besoin, confirmer la perspective de l’impasse économique de la politique gouvernementale (3).

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Après les publications successives des prévisions de croissance de l’Observatoire français des conjonctures économiques (Ofce), de la Commission européenne, et celles de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans sa dernière « Note de conjoncture » de décembre 2012 (1), le rapport d’examen annuel de la France (2) du Fonds monétaire international (FMI), publié vendredi 21 décembre, vient, s’il en était besoin, confirmer la perspective de l’impasse économique de la politique gouvernementale (3). Alors que la loi de finances pour 2013 retient une hypothèse de croissance de 0,8 % pour l’année prochaine, dont on en connaissait déjà tout l’irréalisme d’enfumage dès les premiers travaux de préparation du budget de l’État pour 2013, le FMI envisage une progression du PIB en volume de seulement 0,4 % pour l’année prochaine, après 0,2 % en 2012. Dans ces conditions, et très logiquement, les économistes du FMI prévoient une augmentation du chômage en France, avec un taux de chômage passant de 10,3 % en 2012 à 10,6 % en 2013. Mais, cela n’est pas en mesure d’émouvoir notre gouvernement, puisque le Premier ministre s‘est tout de suite empressé de déclarer que les prévisions gouvernementales étaient maintenues. Et que le pouvoir assume ouvertement son impuissance à inverser la courbe du chômage, en nous annonçant que celle-ci devrait inéluctablement poursuivre son inquiétante ascension sans répit pendant encore un an. On notera, au passage, la véritable révolution en matière de communication du politique à laquelle on assiste, surtout de la part d’un gouvernement dit « socialiste » : les pouvoirs publics avouent vertement qu’ils ont décidé de démissionner officiellement face aux « lois de l’Économique » , vis-à-vis desquelles ils ne pourraient absolument rien,..……traduisez, les lois imposées par l’ordre néolibéral, pour préserver en premier lieu les seuls intérêts économiques et financiers de la poignée de nantis qui les ont établies, et qui ont maintenant trouvé un humble et aimable serviteur en la personne du président Flamby !     
Les prévisions pessimistes du FMI soulignent également que, dans ce contexte aux frontières de la récession, l’objectif gouvernemental en matière de réduction du déficit public de l’ensemble des administrations publiques (centrales, locales et de Sécurité sociale) semble très sérieusement compromis : le déficit public devrait, en effet, avoisiner les 3,5 % du PIB selon les experts du FMI, contre les 3 % prévus par la loi de finances de 2013. Point besoin d’être économiste pour bien comprendre les enchaînements macrodynamiques mettant en lumière toutes les contradictions d’une politique budgétaire d’austérité exagérément brutale, au point d’en devenir pro-cyclique, c’est-à-dire aggravant le ralentissement économique et ruinant mécaniquement la réalisation de son objectif premier de soutenabilité des finances publiques : les choix gouvernementaux de réduction des dépenses publiques et, simultanément, d’alourdissement des prélèvements fiscaux  sans aucune initiative réelle d’accentuation de la progressivité de l’impôt, plombent lourdement la croissance économique, via les multiplicateurs budgétaires jouant dans le mauvais sens (4), et donc, du même coup, impactent négativement le redressement des comptes publics en freinant les rentrées fiscales et parafiscales. C’est bien connu, y compris (!) dans les hautes sphères publiques de la direction du Budget et de la direction de la Prévision où se prépare le budget de l’État, l’austérité mal dosée dans son degré d’intensité, mais aussi dans la répartition de son poids entre les différentes catégories de revenus, tue inévitablement une croissance déjà anémiée. Et ce, d‘autant plus, dans le contexte actuel, que ses effets induits sont amplifiés par l’intermédiaire du commerce extérieur dans une  zone euro emp-ri(oi)sonnée dans(par) une austérité généralisée (l’Union européenne absorbe 60 % des exportations françaises !) , et surtout, qu’elle va éteindre le dernier et principal moteur de la croissance de l’économie hexagonale (et celui de la croissance de la zone euro par la même !), à savoir la consommation des ménages.

En effet, comme le montre le graphique ci-joint, selon les données d’Eurostat, le commerce de détail a, en dépit de la crise, augmenté de 9 % en France sur la période 2008-2012 ( de janvier 2008 à octobre 2012), alors qu’il a baissé de 4 % dans l’ensemble de la zone euro, et s’est effondré, comme on pouvait s’y attendre, dans les pays soumis à une cure d’austérité de choc (en Grèce, baisse de 35 % !). Ce dernier point lié à l‘enjeu majeur du pouvoir d‘achat et au rôle moteur de la demande, pourtant crucial du point de vue des déterminants essentiels de l‘investissement des entreprises (5), ne devrait, non plus, nullement interpeller le gouvernement Ayrault qui a clairement fait le choix aveugle et clientéliste d‘une seule politique de l‘offre. Un choix conséquent de politique économique qui s’avère inadapté, tant la situation macroéconomique appelle plutôt, de façon évidente, un couplage subtil entre une politique de la demande fondée sur la redistribution (en faisant le choix d’un système de prélèvements obligatoires pleinement progressif) et une politique de l’offre centrée, non pas sur le redressement d’une compétitivité-prix en relative bonne santé par rapport à nos principaux partenaires commerciaux, mais sur une amélioration d’une compétitivité structurelle défaillante. Mais de cet arbitrage éclairé, notre gouvernement a décidé d’en ignorer tout son bon sens pour l‘intérêt général, préférant obéir aux injonctions du patronat et de la finance, et servir poliment leurs seuls intérêts, s’inscrivant ainsi, dans un style différent, dans la continuité de la mandature sarkozyste. Tel est, en effet, le message très inquiétant adressé par le pouvoir dit « socialiste » , de la première loi de finances d’austérité drastique du gouvernement jusqu’aux décisions annoncées dans le cadre de la mascarade du « choc de compétitivité » et du coup d’état orchestrés par le patronat, en passant par la politique salariale clairement déflationniste de ce même gouvernement, si l‘on en juge par les deux dernières augmentations dérisoires du Smic sous l’actuelle présidence de François Hollande ( + 0,3 % seulement au 1er janvier 2013 sans coup de pouce, après un coup de pouce négligeable en juillet dernier de + 0,6 %, alors que le salaire minimum n’avait bénéficié d’aucun coup de pouce sous le quinquennat sarkozyste, politique pourtant fortement dénoncée par les socialistes lorsqu’ils étaient dans l’opposition !).
C’est donc sans nul doute que ce même gouvernement devrait également dans quelques mois, sans « broncher » , après un constat sévère à venir de l’échec de sa politique économique, y compris du point de vue de ses obsessionnels et ridicules objectifs de réduction accélérée des déficits publics, suivre la recommandation, tout aussi stupide, du FMI dans son rapport, qui lui aussi, n’est pas à une contradiction près lorsqu’il s’agit de servir les portefeuilles de l’ordre néolibéral : la réduction à nouveau des dépenses publiques……pour rassurer, nous dit-on, la confiance des marchés financiers ! Amnésie ou mauvaise foi de la part de la très grande majorité des économistes du FMI ? En tout cas, en suivant pareille préconisation, le pouvoir « socialiste » pourra très certainement, fin 2013, nous annoncer à nouveau, que le chômage devrait « malheureusement », et de façon irréversible, augmenter pendant encore au moins un an …avec, cela va sans dire, la bénédiction heureuse et rassurée des sirènes néolibérales sur la progression toujours confortable de la rémunération du capital. Que voulez-vous, même chez nos « socialistes », la préservation des intérêts de la classe dominante en temps de crise, le seul objectif qui vaille pour un gouvernement de droite ou assimilé, a un coût important, celui d’une nouvelle progression du chômage de masse, et du cortège de pauvres qui l’accompagne. Un prix fort à payer…..très bien honoré par les pauvres, de plus en plus nombreux (déjà 8,6 millions en 2010, dernier chiffre connu !…..10 millions en 2013 ?), et par ceux dans « le halo de la pauvreté » - une part croissante des classes moyennes. Et qui s’acquittent merveilleusement bien de leur lourd tribut d’autant que, eux au moins, ne risquent pas d’être tentés par le chemin de l’exile fiscale ! Que de grande lucidité et de bienveillance extrêmement libérales de la part d’un gouvernement se disant ……« socialiste » !        
________________________   
(1) Lire dans les colonnes de Médiapart, l’article de Laurent Mauduit : L’alarmante radiographie de l’échec économique
On y trouvera, outre l’analyse synthétique éclairée et éclairante du journaliste économique, un accès direct précieux à la « Note de conjoncture » de l’Insee, grâce à un lien Internet donné par Laurent Mauduit.   
(2) Lien Internet pour le consulter : http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2012/cr12341.pdf
(3) Concernant les prévisions de l’Ofce et de la Commission européenne, vous pouvez consulter les actualisations disponibles à la fin de mon analyse critique de la politique gouvernementale que j’avais réalisée en septembre dernier : La double impasse de la politique économique "hollandaise"
(4) La variation de la dépense publique a des effets amplifiés sur le niveau en volume de l’activité économique, d’où un multiplicateur budgétaire supérieur à 1. Lorsque l'État accroît ses dépenses de 1 milliard d'euros (à prélèvement fiscal constant), l'effet expansionniste sur l'activité économique dépasse 1 milliard d'euros, entre 1,2 milliard et 2 milliards selon les diverses estimations économétriques des différents instituts et services d'études économiques. Inversement, lorsque l'État réduit ses dépenses de 1 milliard d'euros, l'effet récessif sur la production est donc, en final, supérieur à 1 milliard. 
(5) On ne répètera jamais assez que si  la perspective des profits est une condition nécessaire à l’investissement, elle n’est pas une condition suffisante. En l’absence de perspectives favorables de débouchés et donc de demande, une politique de l’offre assise sur des exonérations de charges sociales et/ou d’allègements fiscaux sans conditionnalité, et qui se fait au détriment de la demande en étant financée par une ponction importante sur le pouvoir d‘achat des ménages, déjà bien amputé, est nécessairement condamnée à l’échec. Nous sommes précisément dans ce cas de figure avec un transfert des prélèvements des entreprises vers les ménages, décidé par le gouvernement à la suite du rapport Gallois, notamment par une hausse prochaine de la TVA à partir du 1er janvier 2014, devant rapporter près de 8 milliards d‘euros.  Dans ces conditions, on connaît d’avance le résultat de ce genre de politique de l’offre : les entreprises non financières augmentent leurs marges sans augmenter leurs investissements productifs, profitant alors des cadeaux du gouvernement pour, en final, seulement mieux rémunérer leurs actionnaires et/ou faire des investissements financiers.    

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