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Le Club de Mediapart lun. 26 sept. 2016 26/9/2016 Dernière édition

De l’inégalité dans la répartition des richesses

En France, si le flux de revenus, correspondant au montant annuel des richesses produites en 2011, avait été réparti de façon parfaitement égalitaire, chaque habitant aurait pu recevoir 33.000 euros, soit l’équivalent du montant du PIB par habitant estimé pour 2011.

En France, si le flux de revenus, correspondant au montant annuel des richesses produites en 2011, avait été réparti de façon parfaitement égalitaire, chaque habitant aurait pu recevoir 33.000 euros, soit l’équivalent du montant du PIB par habitant estimé pour 2011. Si, bien évidemment, une telle uniformisation n’est pas, ni souhaitable, ni envisageable, et se pose juste pour apprécier, en toute première approche, le niveau de développement du pays, elle reste néanmoins un étalon de mesure intéressant pour apporter un éclairage rapide et simple sur le degré des inégalités dans la répartition des revenus. De ce point de vue là, paradoxalement, la société française semble éviter soigneusement de trop se regarder dans le miroir de ses inégalités, sachant que c’est près de 90 % de la population qui a un niveau de vie annuel inférieur à ce montant de revenu de 33.000 euros, et que les 10 % les plus riches possèdent plus de 45 % de la totalité du patrimoine national. Une société qui compte aussi près de 5 millions de chômeurs, plus de 8 millions de pauvres (dont 1,9 million de travailleurs pauvres) vivant avec un revenu mensuel inférieur au seuil de pauvreté relative de 950 euros (1), sans oublier les 3,6 millions de mal logés ou sans abri, et plus de 4 millions de ménages vivant, une fois le logement payé, avec moins de 500 euros mensuels (2).

Au niveau mondial, le constat du fait inégalitaire donne encore plus le vertige : un partage parfaitement égalitaire de la production réalisée en 2011 conduirait à ce que chaque être humain perçoive un revenu annuel de 10.000 dollars (entendez le PIB mondial par habitant). Or, sur les 7 milliards que compte aujourd’hui l’humanité, 1,2 milliard de personnes vivent sous le seuil de l'extrême pauvreté (3), caractérisé par des dépenses de 1,25 dollar par jour, et les 1 % les plus riches de la planète s’accaparent près de 45 % de la richesse mondiale….les 50 % de l'humanité devant se partager "très modestement" la petite miette de 1 % de la richesse mondiale ! Qu’en conclure sur l‘origine du mal : insuffisance de la production et/ou indécente inégalité dans la répartition des richesses produites ? 

La question de l’iniquité dans la répartition des fruits du travail des hommes est presque aussi vieille que l’humanité. Si l’on s’en remet au chemin parcouru par l’histoire des sociétés humaines, on repère déjà les traces de premières sociétés esclavagistes, il y a 5.000 ans, en Mésopotamie. Mais, c’est à partir de la fin du XVIIIè siècle, au tournant historique des débuts de la révolution industrielle anglaise, qu’elle prend son visage moderne, au travers d’une double domination économique. Une domination nationale, d’une part, via l’exploitation de la force de travail dans le cadre d’un nouveau rapport social de production, le salariat, et d’autre part, une domination internationale, via le pillage des pays du Tiers monde par les pays du Nord, par le biais du colonialisme, du libre-échangisme (ou de "l’échange inégal" (4)) et de l’impérialisme des firmes multinationales. Conséquence de cette rupture historique de la fin du XVIIIè siècle, après des millénaires de quasi-stagnation, le PIB mondial par habitant est multiplié par 15 en l’espace de deux siècles. Parallèlement, alors qu’une dynamique de réduction des inégalités internes s’engage au niveau des nations au cours du XXè siècle, particulièrement nette en France durant les "Trente glorieuses" (1945-1975), on assiste à un creusement exceptionnel des niveaux de vie au niveau international : alors que l’écart de revenu par habitant entre les zones les plus riches et les plus pauvres du monde ne dépassait pas vraisemblablement 30 % à la fin du XVIIIè siècle, en ce début du XXIè siècle, cet écart prend des allures abyssales, la partie la plus nantie de la planète, les Etats-Unis, ayant un revenu moyen par habitant 40 fois plus élevé que celui de la zone la plus pauvre de la planète, l’Afrique Subsaharienne. 

Depuis le dernier quart du XXè siècle, a contrario, on assiste à une inversion de la double dynamique des inégalités qui était en marche depuis l’aube de la révolution industrielle. Sous l’effet, simultanément, du décollage des économies émergentes, essentiellement les BRICS (5), et du ralentissement durable du trend de croissance du vieux monde industrialisé (pour l‘économie française passage d’un trend annuel de 5 % à 2 %), les écarts de niveau de développement en termes de PIB par habitant commencent à se réduire entre le Nord et Sud. Mais, en même temps, à l’intérieur des frontières, au Sud comme au Nord, une dynamique de polarisation sociale s’est engagée ces dernières décennies : au Sud, avec l‘accélération de la croissance des économies émergentes dont les fruits ont été essentiellement accaparés par des minorités possédantes "globalisées" au pouvoir, en collusion d‘intérêts avec les firmes transnationales et une certaine caste politique dans les pays riches qui, de près comme de loin, se fait complice des régimes dictatoriaux ; et au Nord, avec le triomphe du néolibéralisme et du capitalisme financiaro-actionnarial qui ont permis de faire supporter sur les travailleurs les moins qualifiés et les classes moyennes, l’essentiel du poids du ralentissement durable de la croissance économique, via le chômage de masse, la précarisation de l’emploi et la "révolution fiscale" (6). 

Dans un contexte, à la fois, d’explosion des inégalités à l’intérieur des frontières des pays des deux hémisphères, et de remise en cause profonde d’un modèle économique productiviste destructeur pour l’écosystème de la planète et, de fait, écologiquement insoutenable à long terme, jamais la question de l’équité du partage des richesses n’est apparue aussi cruciale du point de vue du développement économique, social et bien évidemment durable. Il apparaît en effet clairement que l’exigence de l’équité ne peut plus être seulement analysée comme une finalité du développement, mais doit aussi être envisagée comme un incontournable et puissant levier pour améliorer significativement et durablement le niveau de vie des populations, au point que la question est pertinemment posée de savoir si elle est susceptible de nous affranchir, sur le long terme, de la contrainte du dictatorial "produire toujours plus" pour améliorer la qualité de vie des populations, au Sud comme au Nord ? 

Nul ne peut ignorer, en ce début du XXIè siècle, la cruelle insatisfaction des besoins primaires de l’immense majorité des populations du Sud, où la malnutrition, les difficultés d’accès à l’eau potable, l’analphabétisme et les ravages du sida continuent toujours de gravement les affecter. Les pays dits en développement doivent donc, sans conteste, poursuivre leurs efforts de production pour éradiquer la pauvreté de masse, tout en s’attaquant cependant, par des politiques de revenus appropriées, au problème de l’extrême concentration dans la répartition des richesses nationales. D’autant que, si le problème de la faim dans le monde n’est pas dû aujourd’hui à une insuffisance de la production alimentaire avec une population mondiale de 7 milliards d‘individus, les données du problème risquent néanmoins de se compliquer avec une population attendue de 9 milliards en 2050, selon les dernières projections de l’Organisation des Nations unies.

Mêmes les contributions les plus sérieuses aux thèses sur la décroissance ou "l’objection à la croissance", comme celles en France de Serge Latouche ou Jean Gadrey (7), ne contestent l’indispensable progression du PIB par habitant dans les pays pauvres, comme moyen et conséquence de l’augmentation vitale des investissements en infrastructures de développement. Pour autant, un tel impératif de croissance de la production ne saurait se suffire à lui seul, car il implique aussi directement les pays riches du point de vue d’un certain nombre de leurs responsabilités imposées par leur histoire économique de deux siècles de croissance "carbone", destructive pour l‘environnement et impérialiste à l’encontre des quatre cinquièmes de l’humanité. En effet, eu égard à cette responsabilité historique peu glorieuse, les pays du Nord doivent et peuvent, au moyen d’une lucidité et volonté politiques altermondialistes, jouer un rôle majeur vertueux pour favoriser une double dynamique de croissance verte et de réduction des inégalités de revenus dans les pays pauvres : d’une part, aider financièrement ces derniers à adopter des techniques de production respectueuses des normes environnementales d’un développement mondial durable, mais aussi les y contraindre par un "protectionnisme vert" face au dumping environnemental ; d’autre part, exercer également à leur encontre un "protectionnisme social" afin de les contraindre à développer en leur sein une protection sociale et à augmenter les salaires, ce qui permettra aussi aux pays riches de protéger leur propre modèle social d’État-providence et leurs emplois ; enfin, une volonté politique et une prise de conscience du consommateur citoyen humaniste dans les pays riches doivent rompre définitivement avec la scandaleuse hypocrisie complice de l’exploitation de la main d’œuvre dans les pays pauvres par les groupes multinationaux esclavagisant, dont les dividendes ainsi obtenus et rapatriés dans les pays riches devraient être taxés à 100 % par une taxe dite de "la honte de l’exploitation de l’homme par l’homme"….et reversés bien évidemment, en partie, aux travailleurs exploités des pays pauvres et, pour l’autre partie, aux travailleurs licenciés des pays riches pour cause d’emplois délocalisés à la recherche de faibles coûts de main d’oeuvre ! Bref, à travers cette approche altermondialiste des relations internationales entre le Nord et le Sud, il s’agit vraiment de promouvoir une harmonisation par le haut des niveaux de vie de l‘ensemble des populations, porteuse de progrès social pour tous les pays, grâce à une augmentation conséquence de la part de la rémunération du travail au détriment du capital, dans le flux de la valeur ajoutée créée par l’économie mondiale….en lieu et place de l’actuelle harmonisation par le bas, porteuse de régression sociale pour les travailleurs des pays riches, de pauvreté de masse pour ceux des pays pauvres et de rémunérations scandaleusement insolentes pour des détenteurs de capitaux d‘un outil, non de production, mais d’exploitation de la force de travail. 

Nul ne peut non plus se rendre aveugle de l’insuffisante couverture des besoins sociaux les plus élémentaires d’une fraction croissante de la population des pays riches, avec une augmentation inquiétante de la pauvreté, notamment des travailleurs précarisés, par des politiques de déréglementation du marché du travail mises en œuvre depuis le début des années 80 ayant créé un véritable dualisme sur le marché du travail. Ainsi, selon la dernière cartographie de la pauvreté en Europe par Eurostat en 2010, le taux de pauvreté dans l’Union européenne se situe à 16,4 %(8), et c’est près du quart de la population qui serait menacé de pauvreté ou d’exclusion sociale (soit 115 millions personnes au total). Mais, c’est avec une certaine aporie que ce nouveau visage de la pauvreté s’installe dans nos sociétés d’abondance, où l’indicateur traditionnel de richesses produites fourni par le PIB par habitant (à prix constants) poursuit toujours sa progression. On assiste, en effet, dans les pays développés depuis trente ans, à un décrochage important entre un PIB réel par habitant toujours croissant et des indicateurs qualitatifs dont le profil d’évolution atteste, au contraire, d’une détérioration flagrante du bien-être des populations concernées. Les indicateurs qualitatifs anglo-saxons d’indices de santé sociale ou de bien-être économique, construits à la fin des années 90 (9), avaient déjà commencé à mettre en lumière ce paradoxe stupéfiant de la "richesse appauvrissante" car destructive de bien-être aussi pour une fraction croissante de la société, en particulier dans les pays pionniers de la dérégulation néolibérale, à savoir les Etats-Unis et le Royaume-Uni. En France, l’évolution de l’indicateur du baromètre des inégalités et de la pauvreté (10)- le BIP40-, disponible sur la période 1980-2005, illustre aussi le délitement du lien social avec la paupérisation des plus fragiles et la montée des inégalités. Comme le montre le graphique ci-joint, à l’exception de trois courtes périodes, la "pression" du baromètre ne cesse d’augmenter tendanciellement depuis 1980, alors même que le revenu moyen réel par habitant continue sa course ascendante….en laissant sur le bord de sa route, apparemment, de plus en plus d‘exclus de la table de la satisfaction décente des besoins élémentaires.

 Les raisons de ces évolutions contradictoires sur le bien-être sont diverses. Il faut y voir l‘impact, d’une part, des dégâts environnementaux et des coûts sociaux croissants de la croissance en termes notamment de dégradation des conditions de travail, et d’autre part, de la nouvelle dynamique d‘accroissement des inégalités en termes d’affaiblissement de la cohésion sociale. Le mouvement de rebipolarisation sociale dans les pays riches se retrouve par ailleurs confirmé à travers l’évolution d’autres instruments de mesure (coefficient de Gini calculé sur la répartition des revenus, et rapports interdéciles entre les fractions les plus riches et les plus pauvres de la population). Ainsi, selon l’Observatoire des inégalités et l‘Insee, en France, entre 1999 et 2009, l’augmentation du revenu annuel moyen des 10 % les plus riches a été 13 fois plus importante que celle du revenu des 10 % les plus modestes. Et, s’il en est ainsi, c’est que l’enrichissement de l’économie française sur la période, évalué à 260 milliards d‘euros (après déduction de l‘inflation), n’a que très peu profité aux classes défavorisées : les 10 % les plus pauvres se sont appropriés seulement à peine 3 % du surplus après impôts et prestations sociales, soit dix fois moins que la part reçue par les 10 % les plus riches !

L’enseignement porté par ces évolutions est donc suffisamment clair : sans nécessairement faire de la stagnation de la production, a fortiori de la décroissance, un mot d’ordre inconditionnel de gouvernance et de gestion des ressources environnementales, dans nos sociétés d’opulence, force est de reconnaître que la problématique centrale, tout du moins à moyen et long termes, n’est plus de "produire toujours plus", mais bien de répartir beaucoup mieux les richesses produites. Le flux annuel de richesses actuellement produites dans les pays riches serait en effet suffisamment élevé au regard de l’importance des populations, pour éradiquer de façon durable chômage et pauvreté, si l’on commençait déjà par répartir beaucoup plus équitablement les fruits du travail, via une politique des revenus profondément ambitieuse et courageuse politiquement en termes de justice sociale, d’équité fiscale et d‘éradication des paradis fiscaux (création d‘un revenu maximum acceptable, réduction importante du temps de travail, fiscalité profondément redistributive, etc.). Sans compter que d’inscrire, au cœur de la trajectoire du développement durable et de la politique économique structurelle, le "répartir mieux" aux côtés du "produire respectueux" vis-à-vis de l’écosystème, serait aussi de nature à stimuler un trend de croissance "verte et sociale", sous l’effet bénéfique de gains de productivité du travail, accrus par une cohésion sociale renforcée (11).

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(1) Le seuil de pauvreté relative correspond ici au critère adopté par l’Insee et Eurostat (l’office statistique de l’Union européenne), à savoir 60 % du revenu médian.

(2) Statistiques extraites du "Rapport mal-logement 2011" de la fondation de l’Abbé Pierre, rapport publié en février 2012.

(3) Estimations de la Banque mondiale disponibles dans son dernier rapport "Food Price Watch" de janvier 2012.

(4) Titre de l‘essai d’Arghiri Emmanuel, publié en 1969. A.Emmanuel reprend et systématise la thèse de Raul Prebisch et Hans Singer, développée dans les années 50, selon laquelle le libre-échange est un instrument permettant aux pays riches de spolier la force de travail dans les pays du Tiers monde, par l’intermédiaire d’une dégradation des termes de l’échange dans le commerce international que ces derniers subissent, du fait d’une hausse relativement plus rapide des prix des biens manufacturés par rapport aux prix des matières premières industrielles et agricoles. D’après cette approche marxiste, contrairement aux enseignements de la théorie ricardienne des avantages comparatifs, la division internationale du travail avec, d’un côté, les pays du Nord se spécialisant dans la production des biens manufacturés, de l’autre, les pays du Sud dans la production des matières premières, est une division qui enrichit les premiers en appauvrissant les seconds. Bref, un jeu à somme nulle, et non à somme positive comme tentent de le démontrer, sous des hypothèses restrictives, les théories classique et néoclassique du commerce international ("loi des avantages comparatifs"de la théorie ricardienne et "loi des proportions de facteurs" du modèle Heckscher-Ohlin-Samuelson).

(5) Acronyme usuel pour désigner la première génération des économies émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Une deuxième génération est en marche avec en particulier la Turquie, le Mexique et l’Indonésie.

(6) Lancée au début des années 80 aux Etats-Unis avec Ronald Reagan et au Royaume-Uni avec Margaret Thatcher, la "révolution fiscale" se donnait comme objectif de réduire le poids des prélèvements obligatoires pour "libérer les forces productives" de "l‘oppression de l‘État", avec comme double philosophie de base, que l’offre, et non la demande, est la force motrice de la croissance économique, et que "trop d’impôt tue l’impôt" selon les enseignements présumés de la courbe Laffer (1978), du nom de son auteur, l’économiste américain Arthur Laffer.

Cette gestion libérale des finances publiques est celle des pouvoirs publics en France depuis maintenant plus de dix ans. Elle explique, en partie, la hausse des inégalités de revenus constatée sur la dernière décennie, car les baisses d’impôts ont plus largement profité aux classes sociales favorisées. Par ailleurs, elle apparaît comme un élément explicatif majeur de la crise actuelle des dettes publiques de par l’aggravation des déficits publics qu’elle a entraînée, sans jamais, faute de demande, dynamiser la croissance économique…..n’en déplaise aux économistes de l’offre !

(7) "Adieu à la croissance", J.Gadrey, 2011.

(8) "Risque de pauvreté ou d'exclusion sociale dans l'UE27", Eurostat, communiqué de presse de février 2012. 

Selon ce dernier panorama de la pauvreté en Europe, il est intéressant de relever aussi, dans le contexte actuel des tentations comparatives avec notre voisin allemand, les taux de pauvreté en France et en Allemagne qui sont respectivement de 13,5 % et 15,6 %. Enfin, on retiendra également un chiffre tristement significatif du phénomène de paupérisation en Europe : plus d’un enfant de moins de 18 ans sur quatre est menacé de pauvreté ou d’exclusion sociale dans l’ensemble des 27 pays de l’Union européenne.

 

(9) L’indice de santé sociale (ISS) a été proposé en 1996 par deux chercheurs américains, Marc et Marque-Luisa Miringoff. Il s’agit d’un indice synthétique de santé sociale faisant la moyenne de seize variables sociales couvrant les domaines de la santé, de l’éducation, des inégalités et de l’insécurité économique (chômage,etc.). La publication en 1996 de ces premiers travaux montre, qu’en dépit d’une croissance continue du PIB réel par habitant aux Etats-Unis sur la période 1959-1996, la santé sociale s’est dégradée à partir des années 70 sans avoir retrouvé en 1996 son niveau de 1959 ! Les présidences de Reagan et Bush senior (1981-1993) sont aussi passées par là….

L’indice de bien-être économique (IBEE) a été proposé en 2000 par les canadiens Andrew Sharpe et Lars Osberg. Il s’agit d’une moyenne synthétique de quatre indicateurs portant respectivement sur les flux de consommation, les stocks de richesses (y compris environnementales), l’insécurité économique (y compris le chômage), la pauvreté et les inégalités économiques. Au Royaume-Uni, la courbe de l’IBEE connaît les mêmes mésaventures que l‘ISS aux Etats-Unis, avec une baisse sensible durant la décennie des années 80 sous l’effet de l’électrochoc du thatchérisme, même si le PIB par habitant a continué de progresser.

(10) Il s’agit d’un indicateur économique synthétique mesurant les inégalités et la pauvreté, élaboré à partir de 58 variables statistiques couvrant six dimensions : travail, revenus, logement, éducation, santé et justice. Il est le fruit d’une réflexion collective réunissant chercheurs (économistes, statisticiens, sociologues juristes,etc.), syndicalistes et militants associatifs, dans le cadre du collectif Réseau d’alerte sur les inégalités (RAI).

(11) Sur le sujet d’une interdépendance réciproque vertueuse entre cohésion sociale et efficacité économique, lire en particulier les résultats d’une étude présentés dans le rapport "Gouvernance, lien social et performance. Une vision du monde" de l‘association Odissee, publié en février 2012. On pourra également utilement se reporter à la présentation synthétique et claire qu’en fait Marie-Anne Kraft dans son article sur Médiapart :

Rapport ODIS 2012 : « Gouvernance, lien social et performance », une vision du monde

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L'auteur

Yves Besançon

Economiste, professeur de sciences économiques et sociales, et ancien Attaché de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
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