Yves Besançon
Economiste, professeur de sciences économiques et sociales, et ancien Attaché de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Abonné·e de Mediapart

103 Billets

0 Édition

Billet de blog 26 sept. 2010

La monétisation des dettes publiques en Europe….du conjoncturel et sous conditions…..

Je vous propose une petite valse à quatre temps.......

Yves Besançon
Economiste, professeur de sciences économiques et sociales, et ancien Attaché de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je vous propose une petite valse à quatre temps.......

 Premier point, dans le contexte actuel de la crise des dettes souveraines en Europe, l'option de l'austérité budgétaire qui a été adoptée par nos gouvernants n'est porteuse que de chômage supplémentaire et d'aggravation de la situation des inégalités économiques et sociales......et cela à court terme, comme à un horizon plus éloigné.....et probablement, en final, sans avoir réellement solutionné le problème de la dette publique.Même s'il ne s'agit pas d'une solution structurelle à la sortie de crise, la monétisation d'une partie des titres de dette publique par la Banque centrale européenne (BCE) sur le marché obligataire secondaire, décidée le 9 mai 2010, permet d'alléger la " contrainte budgétaire " et de ce point de vue de freiner les " élans à la rigueur " de nos dirigeants. Pour autant,les solutions structurelles à la sortie de crise sont ailleurs, et l'une d'entre elles consiste en une réforme en profondeur du système bancaire et de la finance internationale.....réforme animée par l'objectif de contrôle et de régulation par les États de la sphère bancaire et financière pour la mettre au seul service de l'économie réelle. 

Deuxième point, en achetant sur le marché secondaire des obligations d'État, au total pour un peu plus de 60 milliards d'euros depuis mai 2010, la BCE ne fait qu'appliquer des instruments largement utilisés par la Réserve fédérale américaine (la Fed) ou les autres grandes banques centrales que sont la Banque d'Angleterre ou la Banque du Japon.Et des instruments qui ont toujours montré leur efficacité conjoncturelle dans un contexte de crise, en termes de dynamisation du rythme de la croissance économique et de progression induite des rentrées fiscales pour les comptes publics........et que cela n'en déplaise aux économistes néo-libéraux ! A notre bon souvenir : la grande dépression des années 30, et plus proche de nous, la crise japonaise des années 90.....deux grandes crises où les opérations massives des banques centrales de monétisation ont joué un rôle déterminant pour sortir de la déflation. Deux différences importantes sont toutefois à noter au niveau de cette pratique de la politique monétaire : alors qu'aux États-Unis, au Japon et en Angleterre, la Banque centrale peut directement acheter des titres publics à l'État ( la technique du " quantitative easing ".....la fameuse " planche à billets "), le traité de Maastricht (article 104) et le traité de Lisbonne ( article 123) ne permettent pas à la BCE de le faire. On a donc bien compris que la monétisation décidée à partir de mai 2010 par la BCE ne se fait qu'indirectement, via le marché secondaire des obligations. Par ailleurs, la BCE, toujours prisonnière de " l'obsession monétariste ", s'est engagée à retirer un montant équivalent de liquidités sur le marché monétaire pour neutraliser l'effet inflationniste de ses interventions en matière d‘achats de titres publics.

Troisième point, outre l'efficacité conjoncturelle de ce type de politique monétaire,les tensions inflationnistes pouvant en résulter n'ont jamais validé les " fantasmes inflationnistes monétaristes ",dont le plus extravagant d'entre eux, est celui de la version friedmanienne de la théorie quantitative de la monnaie : tout accroissement de la masse monétaire, en particulier par un financement monétaire du déficit budgétaire, se traduirait inévitablement par une hausse strictement proportionnelle du niveau général des prix. Qu'en est-il exactement depuis mai 2010 sur le front de la croissance de la masse monétaire et de l'inflation en Europe ? D'après les dernières statistiques disponibles de l'Office statistique de l'Union européenne (cf. le site d'Eurostat) et de la BCE (cf. dernier bulletin mensuel, septembre 2010), la progression du niveau de la masse monétaire dans la zone euro reste faible ( 0,2 % en rythme annuel pour l'agrégat M3 en juillet 2010). Quant à l'inflation, aucun signe d'accélération n'est à constater : avec un rythme annuel de 1,6 % en août 2010 dans la zone euro, on est toujours sur le même rythme de hausse que celui constaté en mai 2010 avant les interventions de la BCE. Bref, les interventions de monétisation de la BCE depuis mai 2010 n'ont eu pour le moment aucun impact sur la croissance modérée des prix en Europe.....et une croissance modérée des prix qui laisse des marges de manœuvre pour un activisme monétaire et budgétaire en matière de politique économique en Europe......aux antipodes des plans d'austérité décidés ! Et cela, d'autant plus, que les taux d'utilisation  des capacités de production en Europe sont suffisamment faibles pour envisager des effets multiplicateurs vertueux d'une stimulation monétaire et budgétaire !! 

Quatrième et dernier point : et même si un recours accru à la monétisation des dettes publiques en Europe, mené conjointement à un abandon des plans d'austérité, peut se traduire par une accélération modérée du rythme de l‘inflation,parallèlement à une croissance économique accrue, ce choix   n'en serait pas moins toujours une solution conjoncturelle justifiable......Mais à une condition élémentaire de taille: que la mise en œuvre d'une politique des revenus garantisse, en dépit d'un surplus éventuel d'inflation, une croissance du pouvoir d'achat des salaires, en particulier et surtout des catégories de travailleurs les plus modestes......croissance qui tournerait le dos à près de trente ans de " déflation salariale " dont on sait que la justification par rapport à l‘exigence d'une compétitivité vis-à-vis des pays émergents est de moins en moins recevable !

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Livres
Le dernier secret des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. « Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés.
par Sabrina Kassa
Journal — Énergies
La sécheresse aggrave la crise énergétique en Europe
Déjà fortement ébranlé par les menaces de pénurie de gaz, le système électrique européen voit les productions s’effondrer, en raison de la sécheresse installée depuis le début de l’année. Jamais les prix de l’électricité n’ont été aussi élevés sur le continent.
par Martine Orange
Journal — Politique économique
Inflation : le gouvernement se félicite, les Français trinquent
L’OCDE a confirmé la baisse des revenus réels en France au premier trimestre 2022 de 1,9 %, une baisse plus forte qu’en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis. Et les choix politiques ne sont pas pour rien dans ce désastre.
par Romaric Godin
Journal
Climat : un été aux airs d’apocalypse
Record de sécheresse sur toute la France, feux gigantesques en Gironde, dans le sud de l’Europe et en Californie, mercure dépassant la normale partout sur le globe… Mediapart raconte en images le désastre climatique qui frappe le monde de plein fouet. Ce portfolio sera mis à jour tout au long de l’été.
par La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet d’édition
Les guerriers de l'ombre
« Je crois que la planète va pas tenir longtemps, en fait. Que le dérèglement climatique ne me permettra pas de finir ma vie comme elle aurait dû. J’espère juste que je pourrai avoir un p’tit bout de vie normale, comme les autres avant ». Alors lorsque j'entends prononcer ces paroles de ma fille, une énorme, incroyable, faramineuse rage me terrasse. « Au moins, j’aurais vécu des trucs bien. J’ai réussi à vaincre ma maladie, c’est énorme déjà ».
par Andreleo1871
Billet de blog
L’eau dans une France bientôt subaride
La France subaride ? Nos ancêtres auraient évoqué l’Algérie. Aujourd’hui, le Sud de la France vit avec une aridité et des températures qui sont celles du Sahara. Heureusement, quelques jours par an. Mais demain ? Le gouvernement en fait-il assez ? (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Le bon sens écologique brisé par le mur du çon - Lettre ouverte à Élisabeth Borne
On a jamais touché le fond de l'aberration incommensurable de la société dans laquelle nous vivons. Au contraire, nous allons de surprises en surprises. Est-ce possible ? Mais oui, mais oui, c'est possible. Espérons que notre indignation, sans cesse repoussée au-delà de ses limites, puisse toucher la « radicalité écologique » de madame Borne.
par Moïra
Billet d’édition
Canicula, étoile chien
Si la canicule n’a aucun rapport avec les canidés, ce mot vient du latin Canicula, petite chienne. Canicula, autre nom que les astronomes donnaient à Sirius, étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Pour les Grecs, le temps le plus chaud de l’année commençait au lever de Sirius, l’étoile chien qui, au solstice d’été, poursuit la course du soleil .
par vent d'autan