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Billet de blog 26 oct. 2011

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Les écueils d’une cure d’austérité drastique et généralisée en Europe

Au lendemain de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, face au spectre de la répétition de la crise des années 30, les gouvernements européens avaient été fort bien inspirés de suivre les autorités américaines dans la mise en œuvre de plans de relance keynésiens. En effet, bien que d’ampleur limitée en Europe, la stimulation budgétaire a ainsi pu limiter l’intensité de la récession en 2009 et surtout ouvrir le chemin d’un timide rebond économique.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Au lendemain de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, face au spectre de la répétition de la crise des années 30, les gouvernements européens avaient été fort bien inspirés de suivre les autorités américaines dans la mise en œuvre de plans de relance keynésiens. En effet, bien que d’ampleur limitée en Europe, la stimulation budgétaire a ainsi pu limiter l’intensité de la récession en 2009 et surtout ouvrir le chemin d’un timide rebond économique. Mais voilà, sagesse n’a guidé qu’un temps les gouvernements européens qui, dans le cadre de la gestion de la crise des dettes souveraines, ont décidé, comme chacun sait, d’entrer dans une phase de cure d’austérité généralisée, mettant en péril du même coup la fragile reprise engagée en 2010 et assombrissant dangereusement l‘horizon économique à moyen et long termes. Les incohérences sont telles dans ce choix majeur de politique économique que l’on en viendrait presque à se demander si nos dirigeants politiques ne seraient pas tous devenus fous ?… ou tout simplement prisonniers des intérêts particuliers de l’oligarchie financière possédante qui nous gouverne et dont ils ne sont que les humbles serviteurs ?? À vous d‘apprécier…

Une tragédie écrite d’avance. La logique de l’absurde était déjà bien enclenchée dès 2010, lorsqu’il s’agissait d’asphyxier l’économie grecque par les premiers plans d’austérité imposés par la «troïka» (le trio institutionnel composé de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international), condamnant nécessairement la Grèce à la récession et donc, de fait, à l’incapacité de rembourser une grande partie de sa dette publique, avec en toile de fond un coût social insupportable pour le peuple grec. Bref, le scénario de la tragédie grecque qui se joue aujourd’hui était écrit d‘avance : récession ( - 4,2 % en 2010), défaut de paiement sur sa dette (d'un peu plus de 50 % sur l'encours des 210 milliards d‘euros détenu par les banques), explosion du chômage (taux de chômage de plus de 16 %) et de la pauvreté (taux de pauvreté de 20 %)….et risque de guerre civile ! Entendons-nous bien, au-delà de cette critique amère et acerbe, nul ne conteste maintenant la nécessité impérieuse d’un ajustement des finances publiques en vue de restaurer la soutenabilité de la dette publique à un horizon de moyen et long termes, mais cette perspective ne devrait pas pour autant rendre aveugle nos politiques sur les grandes impasses du chemin de l’austérité tel qu’il est actuellement tracé.

Retour sur une notion centrale : la soutenabilité de la dette. C‘est avec une déconcertante et stupéfiante approche que la question complexe de la soutenabilité de l’endettement public est abordée par nos gouvernants, que ce soit à travers les traités européens ou encore de stupides propositions, comme celle proposée par le Chef de l’État d’inscrire dans la Constitution en «règle d’or» l’obligation de l’équilibre des finances publiques. Pour faire simple et dans l’essentiel, la soutenabilité financière peut se définir comme la capacité de l’ensemble des législations et des règles qui gouvernent les finances publiques d’un État à le préserver de toute crise de financement majeure conduisant à un défaut de paiement partiel ou total. Avant même de se préoccuper du montant de la dette publique du point de vue du risque de défaut de paiement, cette définition invite déjà à s’intéresser à la structure de la dette, et tout particulièrement à la répartition entre la dette détenue par les agents économiques résidents (la dette publique intérieure) et celle possédée par les non-résidents (dette publique extérieure). Cette structure est en effet un élément important de la fragilité de l’endettement public au travers de son exposition aux aléas conjoncturels de l’économie mondiale et aux soubresauts de la finance internationale. De ce point de vue, le niveau élevé des dettes publiques italienne ou belge (respectivement 120 % et 100 % du PIB en 2010) est à relativiser, eu égard à la part importante détenue par les résidents (respectivement 50 % et 45 % du stock de la dette en 2010). Au contraire, si les taux d’endettement publics sont moins élevés, par exemple, pour les économies portugaise ou française (respectivement 93 % et 82 % en 2010 ), la part importante de la dette publique extérieure (respectivement 70 % et 65 % du total de la dette en 2010) vulnérabilise incontestablement la gestion de la soutenabilité pour ces économies. Et pour terminer sur cette première dimension importante de la soutenabilité de la dette, rappelons-nous le cas extrême du Japon : un taux d’endettement public astronomique de 220 % qui serait bien évidemment insoutenable si les japonais ne possédaient pas 95 % de l’encours de leur dette publique !

La condition essentielle de la soutenabilité. Si la structure de l’endettement public joue un rôle important du point de vue de la soutenabilité des finances publiques, il ne faut pas bien évidemment négliger la question de la maîtrise de son poids dans l’économie. En la matière, le pacte de stabilité et de croissance (PSC), adopté en juin 1997, fixe des règles purement arbitraires n’ayant aucun fondement économique explicite : limitation du déficit public et de la dette publique à respectivement 3 % et 60 % du PIB pour les États membres de la zone euro. Ces règles rigides sont simplistes car elles ignorent la complexité de la dynamique de la dette qui résulte d’un ensemble de variables : la variation au cours d’une année du ratio dette publique/ PIB dépend en effet de son niveau atteint l’année précédente, de la croissance du PIB nominal de l‘année en cours, du niveau des taux d’intérêts (obligataires bien sûr) et du solde primaire (différence entre les recettes et les dépenses publiques hors paiement des intérêts de la dette passée). Bien évidemment, toutes ces variables sont reliées par une équation qui découle de l’enchaînement des définitions des concepts utilisés (ce n’est pas une théorie !) et qui présente l’intérêt de mettre rigoureusement en évidence la condition essentielle de la soutenabilité de la dette (1) : pour stabiliser le ratio dette publique/ PIB, le solde primaire en pourcentage du PIB (noté sp) doit être égal au produit entre le niveau du ratio dette publique/PIB de l’année précédente (noté d), et la différence entre le taux d’intérêt (noté r) et la croissance du PIB nominal (notée g)……soit donc sp = (d) * (r-g). Plusieurs enseignements simples peuvent être tirés de cette condition éclairante sur le risque d’impasse des plans d’austérité actuels en Europe. D’une part, la stabilisation de la dette, voire la diminution de son poids, peut se faire même si les comptes publics présentent un solde primaire déficitaire (sp est alors négatif) pour autant que le rythme de croissance du PIB nominal soit supérieur au taux d’intérêt (g supérieur à r). On mesure ainsi par ce premier point toute la rigidité infondée et la stupidité de la fameuse «règle d’or» budgétaire. On apprécie mieux également l’enjeu de la politique monétaire du point de vue de la contrainte budgétaire : une politique monétaire de baisse des taux d'intérêt permet d’augmenter le déficit primaire respectueux de la stabilité du taux d’endettement public. D’autre part, dans le cas contraire où la croissance du PIB nominal est inférieure au taux d’intérêt (g inférieur à r), la stabilisation de la dette impose aux pouvoirs publics de dégager un excédent primaire égal à (d) * (r-g), car à défaut (excédent primaire insuffisant ou équilibre ou a fortiori déficit primaire), le poids de la dette augmente de façon autoentretenue et mécanique, une charge croissante d’intérêts sur la dette passée obligeant à s’endetter toujours davantage d’où un encours de dette qui s’envole avec un PIB progressant lentement : le ratio dette/PIB ne peut qu’exploser……c’est l’effet dit «boule de neige» que les règles du PSC étaient censées prévenir et que la cure d’austérité actuelle prétend combattre afin d‘éviter la surenchère dans l’anticipation du risque de défaut par les marchés financiers. Quid de cette austérité généralisée ?

Du choc de l’austérité au choc récessif. Le premier écueil de la cure d’austérité budgétaire en Europe tient à son intensité, renforcée de surcroît par une politique monétaire pénalisant inévitablement la reprise des crédits et de l’investissement productif pourtant indispensable à une sortie de crise (relèvement par deux fois depuis le début de l’année des taux d’intérêt de la Banque centrale européenne !). Ainsi, selon les dernières prévisions complètes de la Commission européenne publiées en mai dernier (2) pour l’horizon 2011-2012, le déficit public de l’ensemble des pays de la zone euro devrait diminuer de 205 milliards d’euros entre 2010 et 2012, résultat conjugué d’une hausse dérisoire des dépenses publiques de 113 milliards d’euros et d’une augmentation des recettes publiques de 318 milliards d‘euros. Un choc récessionniste sur l’activité économique de ces importantes restrictions budgétaires pourrait être d’autant plus fort que, si l’on corrige ces évolutions nominales des prévisions d’inflation, les dépenses publiques en euros constants diminueraient en fait de 1,6 %. Un scénario qui a de quoi sérieusement inquiéter si l‘on se réfère aux estimations économétriques les plus récentes du multiplicateur de la dépense publique, notamment celles du Fonds monétaire international (3), qui indiquent qu‘une diminution de 1 point de la part de la dépense publique dans le PIB impacte la croissance économique à la baisse de 1 point également. Avec en final, la perspective du cercle vicieux de la récession qui, dans un contexte maintenant structurellement marqué par des tensions sur les prix des matières premières et agricoles, serait source de pertes de pouvoir d’achat, d’une nouvelle progression du chômage…. et d’une amplification de «l’effet boule de neige» (du fait de la baisse de la croissance ou du PIB). Et selon un scénario maintenant bien connu, l’anticipation des marchés financiers de l’impact du cercle vicieux récessif sur les finances publiques, déclencherait de nouvelles attaques spéculatives sur les titres des dettes publiques, d’où une nouvelle hausse des taux d’intérêt obligeant à renforcer un peu plus l’austérité budgétaire pour respecter la condition de la soutenabilité, d‘où toujours un peu moins de croissance ou de PIB…..et toujours plus de chômage, de pauvreté et d‘inégalités.

Une synchronicité amplificatrice du cercle vicieux. La synchronicité qui caractérise les plans de rigueur actuels est tout autant incohérente que meurtrière : si tous les pays adoptent en même temps des restrictions budgétaires, la récession des uns amplifie mécaniquement celle des autres, via le commerce extérieur, surtout dans un espace géographique fortement intégré et interdépendant comme celui de la zone euro (idem au niveau de l’ensemble de l’Union européenne) où le commerce intra-zone domine très largement dans les échanges extérieurs (environ les deux tiers de l‘ensemble des exportations). Or, à l’horizon 2012, les restrictions budgétaires n’épargnent quasiment plus aucun pays de l’Union européenne (cf. tableau ci-joint), alors qu’il serait opportun, dans le cadre d’une réelle coopération, de laisser certaines économies jouer un rôle vertueux d’entraînement par la demande intérieure, au premier rang desquelles l’économie allemande qui depuis une dizaine d‘années a engrangé des marges de manœuvre importantes et suffisantes pour le faire (au détriment d‘ailleurs de ses partenaires européens, via une politique non coopérative de dumping salarial !). Dans cet univers impitoyable de l’austérité du chacun pour soi, on remarquera, au demeurant, et l’on s’en félicitera plutôt, que l’économie française fait jusqu’à maintenant dans une version modérée de la rigueur sur «l’échelle de l’austérité» : les restrictions budgétaires prévues pour 2012 (par rapport aux finances publiques de 2010) représenteraient 1,4 % du PIB contre 2,2 % pour l’ensemble de la zone euro (et 2,3 % pour l‘ensemble de l‘Union européenne). En final, seuls deux pays restent sur une trajectoire à contre-courant avec le choix d’une aggravation modérée des déficits, la Belgique et le Danemark, deux économies qui ensemble ne pèsent que pour à peine 5 % dans le PIB de l’Union.

L’origine lointaine de la crise des dettes publiques. L’autre impasse fondamentale vient de la répartition fortement inéquitable des efforts demandés dans cette course généralisée à la rigueur, le poids de l‘ajustement étant supporté essentiellement par les classes modestes et moyennes, épargnant largement les catégories sociales à hauts revenus et les grandes entreprises. Constat paradoxal et incohérent lorsque l’on connaît le rôle clef de la consommation des ménages comme moteur principal de l‘activité économique (en représentant plus de la moitié du PIB) et la forte propension à consommer des catégories à faibles ou moyens revenus. Mais surtout, constat illégitime si l’on a en mémoire que les ménages favorisés et les grandes entreprises ont été les grands bénéficiaires d’une décennie de cadeaux fiscaux (4), une politique fiscale qui est la principale cause structurelle du creusement des déficits publics de la France, surtout depuis l’élection de Nicolas Sarkozy avec la loi Tepa (5) entrée en vigueur dès l’été 2007 quelques mois après son élection. Et l’illégitimité frôle carrément l’imposture lorsque l’on sait que les plans de sauvetage des banques, autre cause conjoncturelle de l’aggravation des déficits, sont conçus, tout du moins dans l’état actuel des choses, avant tout pour sauvegarder le plus possible, avec l’impôt du contribuable, les intérêts des rentiers de la finance, ceux-là mêmes qui ont été les grands bénéficiaires de la course au surendettement à l’origine de la crise financière ouverte fin 2008. On connaît bien désormais la règle d’or de base d’une certaine finance spéculative, complètement déconnectée de l’économie réelle, dont les banques se sont fait pleinement complices en en devenant un rouage essentiel au plus grand mépris de l‘intérêt général…..une règle d’or manifestement parfaitement assimilée et mise en œuvre de fait par nos gouvernants : on laisse les profits au privé, mais on socialise ses pertes après les tempêtes spéculatives…..avec comme projet final de reprivatiser avec le grand retour ensoleillé des dividendes une fois le système sauvé ! Bref, une façon insidieuse et proprement scandaleuse d’organiser, ni plus ni moins, un véritable transfert de richesses des pauvres vers les riches en période de crise, puisque l’impôt de tous (et proportionnellement plus celui en provenance des classes moyennes et modestes au vu des efforts actuellement demandés ! ) est ainsi reversé indirectement à quelques uns, notamment à ceux à qui profite le crime……celui de la spéculation !

Le fardeau de la rigueur. Face à des signes tangibles de prise de conscience des peuples au regard d’une pareille imposture, du mouvement des indignés en Europe à celui de New York, en passant par des actions citoyennes de contestation face à la dictature imposée par la finance (6), les États ont voulu, semble-t’il, à l’occasion des nouvelles mesures de rigueur adoptées depuis cet été, adresser un message à l’opinion publique, celui que les riches vont enfin (!) mettre un peu plus la main au portefeuille….en symbiose d’ailleurs avec la trop aimable et surprenante générosité de quelques «super-riches» demandant à être taxés davantage au nom de la solidarité nationale (7) ! C’est notamment le cas en France, avec la première loi de finances rectificative pour 2011, qui abroge le bouclier fiscal et revient en partie sur les largesses fiscales en matière de successions et de donations de la loi Tepa. Faut-il y voir l’amorce d’un tournant pour une autre rigueur, une austérité animée par un réel souci de justice sociale et de solidarité nationale, et payée par ceux qui en sont vraiment responsables ? Certainement pas, car si l’heure de la fin des cadeaux fiscaux aux plus favorisés semble bien avoir effectivement sonné (au moins un temps), le bricolage clientéliste et le brouillage démagogique des finances publiques restent toujours un art majeur de la majorité actuelle. Il en est ainsi de cette première loi de finances rectificative pour 2011, qui supprime certes le bouclier fiscal, mais seulement à partir de 2013, tandis la réforme de l’allègement de l’impôt de solidarité sur la fortune est quant à elle applicable dès cette année concernant le relèvement du seuil d’imposition (le nouveau barème s‘appliquera lui en 2012), ce qui permettra aux heureux détenteurs d’un patrimoine net d‘une valeur entre 800.000 euros et 1.300.000 euros (nouveau seuil d‘assujettissement) de ne plus payer cet impôt dès 2011. Au moment où le gouvernement est à la chasse désespérée au moindre milliard d’euros, ce subtil agencement dans le calendrier des réformes va quand même coûter deux milliards d’euros pour le budget de 2012 ! La deuxième loi de finances rectificative pour 2011 et l’actuel projet de loi de finances pour 2012 discuté au parlement versent dans les mêmes intentions démagogiques : donner l’illusion d’une mise à contribution conséquente des hauts revenus pour masquer l’intangible réalité d’un fardeau toujours lourdement supporté par les classes laborieuses et moyennes. A titre illustratif, il en va ainsi de l’heureuse mais non moins négligeable taxation exceptionnelle de 3 % sur les très hauts revenus entre 250.000 et 500.000 euros par part ( 4 % au-delà), adoptée récemment par les députés, et dans un même temps, du doublement prévu de la taxation sur les assurances complémentaires santé, dont on sait qu’il sera en final supporté par les adhérents aux mutuelles et fragilisera donc un peu plus l’accès à la santé de l’immense majorité de la population. Bref, on pourrait multiplier les exemples de la stratégie de communication du gouvernement sur sa politique d’austérité : agiter la symbolique de la justice fiscale par des mesurettes cosmétiques et, dans les faits, épargner les hauts revenus des prélèvements que la recherche de l’intérêt général imposerait d’effectuer dans le cadre d‘une vaste réforme de la fiscalité sur les revenus et les patrimoines.

Les conclusions......La crise des dettes publiques est la conséquence depuis de nombreuses années des errements d’une gestion néolibérale des finances publiques clairement clientéliste, coûteuse pour la collectivité et inefficace économiquement. Afin que l’État puisse retrouver des marges de manœuvre conjoncturelles et structurelles, importantes et nécessaires dans la conduite de sa politique économique et sociale, notamment au service du développement durable, il est donc impératif de retrouver le chemin de la soutenabilité à moyen et long termes de la dette publique. Néanmoins, l’intensité et la simultanéité des plans d’austérité sans graduation éclairée entre les pays dans le cadre d’une réelle coordination coopérative, orientent l‘Europe, de fait, sur un autre chemin, celui, à court terme de la récession, et à moyen terme de la quasi-stagnation et de la sinistrose, tout en retardant la restauration de la soutenabilité des finances publiques. Enfin, et surtout, le chemin vertueux d’une dette souveraine maîtrisée ne doit plus servir d’alibi à la classe politique dirigeante, comme c’est le cas depuis le début de la crise, pour mettre en place une répartition du fardeau des sacrifices injuste, illégitime…..et à terme insoutenable socialement ! Il doit en revanche être l’occasion de réformes structurelles d’envergure, notamment dans les domaines de la fiscalité, du système bancaire, de la régulation du capitalisme financier, du statut de la Banque centrale européenne et de la conduite de sa politique monétaire. Mais de cela, on en n'entend pas ou plus parler !

_______________

(1) Concernant la présentation de la construction de cette équation, se reporter au lien suivant (partie 5. La dynamique de l‘endettement public.) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique

Et pour aller plus loin sur cette question de la soutenabilité de la dette publique, avec des développements mathématiques plus sophistiqués (cf. l‘annexe du lien ci-dessous), mais appliqués avec réalisme et sur le sujet de la crise des dettes souveraines en Europe, lire aussi d‘Henri Bogaert «Le retour de l‘effet boule de neige», juin 2010 :

http://www.biof.be/admin/uploaded/201006071939200.Presentation_Henri_BOGAERT-Abstract.pdf

(2) Pour accéder aux données brutes ayant servi aux calculs, se reporter au lien suivant : http://ec.europa.eu/economy_finance/db_indicators/gen_gov_data/documents/2011/spring2011_series_en.pdf

(3) «Les perspectives de l’économie mondiale», octobre 2010, Fonds monétaire international.

(4) Lire l’excellent article de Laurent Mauduit, ici en ligne : Ces dix années de cadeaux fiscaux qui ont ruiné la France.

Selon le Rapport sur la situation des finances publiques publié en mai dernier, co-rédigé par Paul Champsaur et Jean-Philippe Cotis, à taux de prélèvements obligatoires inchangé par rapport à 1999, le ratio dette publique/PIB serait aujourd’hui inférieur de près de 20 points à son niveau actuel : il ne serait pas aujourd’hui de 86 % (niveau au deuxième trimestre 2011) mais seulement de 66 % ! En croisant ce premier rapport avec d’autres sources chiffrées citées dans l‘article, on arrive à une estimation de près de 80 milliards d’euros pour les cadeaux fiscaux sur la période 2000-2009, dont la plus grosse partie a profité aux foyers les plus fortunés et aux entreprises du CAC 40 !

(5) Loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat, surnommée aussi «paquet fiscal», promulguée le 22 août 2007.…et emblématique du célèbre «Travailler plus pour gagner plus». On rappelle les principaux «cadeaux» consentis par cette loi : défiscalisation et allègement des cotisations sociales pour les heures supplémentaires, allègement des droits de succession et de donation pour les gros patrimoines, aménagement «généreux» de l'impôt sur la fortune et abaissement du bouclier fiscal à 50 % (contre 60 % initialement).

(6) Voir l’initiative pilotée par Pascal Maillard sur Médiapart........et apporter votre signature ici en ligne ! :

En soutien à tous les Indignés, signez l'Appel contre la dictature financière!

(7) Voir l‘appel fin août de 16 patrons français ….en écho à l’appel aux Etats-Unis du milliardaire Warren Buffett.

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