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Billet de blog 27 mars 2012

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Le président du chômage

Les dernières statistiques de chômage publiées par le ministère du Travail (1), pour le mois de février 2012, viennent ponctuer la mandature présidentielle de Nicolas Sarkozy sur le front du marché du travail.

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Les dernières statistiques de chômage publiées par le ministère du Travail (1), pour le mois de février 2012, viennent ponctuer la mandature présidentielle de Nicolas Sarkozy sur le front du marché du travail. Pour le dixième mois consécutif, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A (chômeurs sans aucune activité), en France métropolitaine, progresse à nouveau avec une hausse de 0,2 % en février (+ 6,2 % sur un an !), atteignant le niveau record depuis douze ans de 2,867millions. Si l’on inclut les chômeurs ayant une activité réduite, la hausse s’accélère par rapport au mois précédent (+ 0,5 % en février contre + 0,1 % en janvier) pour porter le nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B et C à 4,278 millions (cf. graphique ci-joint). Toutes catégories confondues (de A à E), Pôle emploi compte ainsi, fin février, 4,887 demandeurs d’emploi en France métropolitaine.

© 

(Source : ministère du Travail, la Dares.)

Personne ne sera donc dupe de la « malheureuse » formulation du candidat-président sur les ondes de France Info hier, pour commenter ces résultats de février : "une amélioration de la situation avec une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs". Car, au-delà du constat d’une nouvelle aggravation globale, et cela, en dépit d’une intensification électoraliste du programme des contrats aidés (concentration « étrange » sur le premier trimestre des deux tiers de l'enveloppe annuelle des contrats aidés.... tant délaissés durant tout le quinquennat) et des nombreuses radiations administratives (avec les cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation, elles ont représenté plus de 50 % des motifs de sortie de Pôle emploi !), trois points noirs sont à relever. D’une part, la situation s’aggrave pour les seniors. Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, pour la tranche d’âge des 50 ans et plus, augmente de 1,4 % en février, et de 15,3 % sur les douze derniers mois. D’autre part, la situation sur le front du chômage de longue durée (inscrits depuis plus d’un an) continue inexorablement de se détériorer de façon inquiétante, avec une nouvelle progression de 0,8 % en février (+ 7,2 % sur un an). Pôle emploi comptabilise ainsi 1,634 millions chômeurs de longue durée (catégories A,B et C) en France métropolitaine, soit plus de 38 % des inscrits, part en progression de 8 points sur les trois dernières années ! Quant au nombre de chômeurs de très longue durée (inscrits depuis plus de trois ans), il a littéralement explosé : 1,8 % sur le seul mois de février, avec une augmentation de 22,8 % sur les douze derniers mois. Enfin, signe d’une accentuation de l’impact de la crise sur l’emploi, les offres d'emploi collectées par Pôle emploi ont continué leur dégringolade, avec un recul de 2,4% sur un mois et de 9,5% sur un an. Seule évolution positive à souligner, pour le deuxième mois consécutif, le nombre des jeunes demandeurs d’emplois baisse de 0,2 %, mais sa hausse sur un an demeure toujours très soutenue et préoccupante ( + 9,5 %).

A moins d’un mois du premier tour de la présidentielle, l’heure du bilan du quinquennat du chef de l’État sur le front du chômage est donc venue. Jamais la Vième République n’a connu une mandature présidentielle aussi mauvaise en la matière. Dans le contexte d'une économie où le PIB par habitant a connu une baisse historique de 2 %, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, en France métropolitaine, a en effet progressé de plus de 700.000 sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, et, toutes catégories confondues (de A à E), de plus de 1.200.000 (soit une progression à un rythme annuel moyen de plus de 6 % par an !). Une aggravation du chômage qui aurait été encore plus importante sans le ralentissement des gains de productivité du travail (hausse moyenne annuelle de 0,3 % de la productivité sur le quinquennat contre 1 % auparavant) et, n'en déplaise aux détracteurs de la réduction du temps de travail, sans les 35 heures qui, en donnant aux entreprises une certaine flexibilité face à la chute de leurs carnets des commandes, ont permis de limiter les licenciements. Pour expliquer un tel naufrage, la majorité présidentielle n’a de cesse de se réfugier derrière la crise économique mondiale qui impacte l’économie française à partir de 2008. Il est clair qu’il y a là une part d’explication, mais qui ne saurait dissimuler la lourde responsabilité des choix de politique économique qui ont été faits depuis cinq ans par l’actuel chef de l’État. Tout d’abord, ce sont des choix complètement incohérents qui ont été décidés, en particulier celui de la défiscalisation des heures supplémentaires dans un contexte de hausse du chômage (un subventionnement des heures suplémentaires représentant l'équivalent de 400.000 emplois à temps plein !), ou encore la réforme des retraites qui ne peut que détériorer la situation des seniors sur le marché de l’emploi. Des erreurs grossières, dès le début du quinquennat, notamment les cadeaux fiscaux aux ménages favorisés, en alourdissant la dette publique, ont plombé par ailleurs les comptes publics, réduisant ainsi considérablement les marges de manœuvre budgétaires pour réagir face à la crise. En partie, ces largesses fiscales, parce qu'essentiellement concentrées sur les hauts revenus, ont aussi été directement responsables d’un ralentissement du rythme de croissance, par le biais d’une réduction de la dynamique de la consommation induite par les effets intertemporels de la redistribution inversée qu’elles ont provoqués. Sans oublier également les suppressions massives d'emplois publics (150.000 sur la période 2007-2011), la faiblesse des emplois aidés (un niveau en 2011 toujours inférieur à celui d'avant la crise) et les incitations insuffisantes pour favoriser le recours au chômage partiel.    

Mais, le pire est ailleurs. La politique économique sous ce quinquennat a été marqué par une absence cruelle de politique industrielle, alors que l’économie française a perdu 400.000 emplois industriels sur les cinq dernières années. Enfin, concernant le volet européen, les choix de l’austérité dans la gestion de la crise des dettes souveraines, sont directement responsables du cercle vicieux récessif dans lequel les économies européennes ont décidé de s’engouffrer, alors qu’il faudrait, de concert en particulier avec l’Allemagne, insuffler des initiatives européennes de stimulation conjoncturelle pour sortir du gouffre de la récession. Au final, Nicolas Sarkozy n’a pas seulement été le président de l’accroissement des inégalités, de la paupérisation des classes laborieuses et de l’augmentation du poids de la dette publique, mais également, et sans conteste possible, le président du chômage. Et d’ailleurs de ses propres aveux, en déclarant, il y a cinq ans : « Si en 2012 le taux de chômage sera supérieur à 5%, je dirai au peuple français que j'ai échoué dans ma mission présidentielle. » Un objectif bien éloigné des dernières estimations de l’Insee qui font état d’un taux de chômage au sens du BIT (rapport entre le nombre de chômeurs et le nombre de personnes actives – en emploi ou au chômage) de 9,4 % au quatrième trimestre 2011 pour la France métropolitaine et de 9,8 % pour la France (incluant les Dom). Un président qui visiblement sait aussi perdre la mémoire….

___________________

(1) http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-Wahl87.pdf

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