Décidément, ces derniers jours, le pouvoir en place ne cesse de nous « éblouir », par une succession de records historiques pour la France en matière de gouvernance économique et sociale. Avant-hier au niveau du chômage (près de 5 millions de chômeurs fin février 2012, selon le ministère du Travail), hier sur le terrain de la pauvreté (11 millions de pauvres en 2009 -dernière année disponible, selon l’Observatoire de la pauvreté), et aujourd’hui sur le front de la dette publique (85,8 % du PIB au quatrième trimestre 2011, selon l‘Insee).

L’Insee fait état, en effet, d’une nouvelle aggravation de la dette publique en 2011 (1), plus forte que prévue par rapport aux prévisions gouvernementales : celles-ci tablaient sur un encours de dette publique en % du PIB de 84,9 % fin 2011, soit 0,9 point en deça du niveau des 85,8 % finalement observé. Le président-candidat Nicolas Sarkozy a eu bon aujourd’hui sur Europe 1 ne commenter que la seule évolution du déficit public plus favorable que prévue (un déficit en % du PIB ramené de 7,1 % en 2010 à 5,2 % en 2011, soit une baisse plus élevée de 0,5 point par rapport à la loi de finances initiale), il ne saurait pour autant dissimuler ce triste nouveau record historique pour les finances publiques de la France : à la fin du quatrième trimestre 2011, la dette publique au sens de Maastricht s'établit à 1.717,3 milliards d'euros, soit 85,8 % du PIB, ratio en progression de 3,5 points par rapport à son niveau fin 2010 ! En final, sur la période 2007-2011, après une lente progression depuis 2001, le poids de la dette publique explose littéralement, en passant de 64,2 % du PIB fin 2007 à 85, 8 % fin 2011, soit une progression historique de 21,3 points (cf. graphique ci-dessous).

 

 

 

 

 

 

Au-delà de l’échec du président sortant du point de vue de la restauration de la soutenabilité de la dette publique durant son mandat, ces dernières statistiques sont éclairantes sur deux enseignements majeurs qui doivent interpeller les candidats à l’élection présidentielle. D’une part, d’un point de vue conjoncturel, la réduction du déficit public en 2011 par rapport à 2010, obtenue par l’augmentation des rentrées fiscales et parafiscales pesant largement sur les classes laborieuses et moyennes, plaide plus que jamais en faveur du diagnostic de relâchement de l’étau de la politique d’austérité génératrice de chômage, de pauvreté et d‘exclusion sociale. D’autre part, d’un point de vue structurel, le nouveau creusement important du poids de l’encours de la dette publique en 2011 par rapport à 2010, remet à l’ordre du jour la question fondamentale de l’origine de cette dette, à savoir l’impossibilité pour l’État d’emprunter auprès de notre Banque de France, comme il pouvait le faire avant la loi de 1973 et l’adoption des dispositions des traités de Maastricht (article 104) ou de Lisbonne (article 123) [2]. Car, il faut rappeler que ce sont les intérêts liés à cette dette publique contractée à des taux de plus en plus usuraires (de l’ordre de 130 millions d’euros d’intérêts versés chaque jour !) qui expliquent sa croissance exponentielle en milliards d’euros, et qui sont payés, par augmentation des impôts et contraction de nouveaux emprunts, à ceux qui la détiennent, à savoir les ménages les plus aisés et les banques privées (cf. le graphique ci-dessous [3]).

On rappelle également que les banques commerciales en Europe peuvent aujourd’hui s’endetter à des taux de 1 % auprès de la Banque centrale européenne, pour ensuite prêter aux États à des taux usuraires pouvant aller jusqu’à plus de 11 % pour les obligations d’État portugaises à 10 ans. Il est donc urgent de réviser les traités européens pour permettre aux banques centrales nationales de la zone euro de prêter directement aux États à un taux d’intérêt nul pour les investissements publics au service du capital humain, de la cohésion sociale et du développement durable. Décidément, Monsieur le futur président de la République, vous n'avez plus le choix de continuer à mentir au peuple !......

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(1) http://www.insee.fr/fr/indicateurs/ind40/20120330/Dette_11T4.pdf

[2] Sur ce sujet se reporter utilement aux blogs de MARIE CAROLINE PORTEU et Vivre est un village qui consacrent de nombreux billets sur la question.

[3] Graphique extrait du rapport sur la situation des finances publiques, Paul Champsaur et Jean-Philippe Cotis, avril 2010 : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/104000234/0000.pdf

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ACTUALISATION (le 5 mai 2012) :

On pourra lire avec grand intérêt "Contre-vérités et tristes réalités des années Sarkozy" (Fondation Jean-Jaurès, 2012), de Pierre-Alain Muet. Sur les aspects de la dette publique, cet économiste met en évidence, d'une part, que sur les 20 dernières années, le doublement du poids de la dette publique en pourcentage du PIB relève uniquement de la responsabilité des gouvernements de droite. D'autre part, sur les 550 milliards supplémentaires de dette publique sous le seul quinquennat sarkosyste, près de 75 % sont directement imputables à la politique de Nicolas Sarkozy, le reste s'expliquant par la crise économique. Nos futurs impôts, levés en particulier pour le remboursement de la dette et de ses intérêts, se souviendront donc encore pendant longtemps du passage dans l'histoire de France, de Nicolas I !......        

 

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