Le Prix à payer

 Le film Le Prix à payer, de Harold Crooks, qui sort en salle le 4 février, s'attaque à l'évasion fiscale. Et aux paradis fiscaux. Lors d'une audience du Congrès américain, la présidente du Comité des comptes publics, s'adressant aux dirigeants de Google, Amazone, Apple et des grandes banques internationales, qui en rabattent de leur superbe, lâche : "Nous ne vous accusons pas d'être illégaux, mais d'être immoraux".

 

Le film Le Prix à payer, de Harold Crooks, qui sort en salle le 4 février, s'attaque à l'évasion fiscale. Et aux paradis fiscaux. Lors d'une audience du Congrès américain, la présidente du Comité des comptes publics, s'adressant aux dirigeants de Google, Amazone, Apple et des grandes banques internationales, qui en rabattent de leur superbe, lâche : "Nous ne vous accusons pas d'être illégaux, mais d'être immoraux".

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 Et lorsqu'elle demande au représentant de Google, qui était jusqu'alors tout sourire : "et aux Bermudes, on produit quoi ?", il faut voir la tête de ce dirigeant, déconfit, devant les caméras de télévision.

Ce film est un acte d'accusation terrible à l'encontre de ces multinationales dont la pratique de l'évasion fiscale instituée "creuse l'écart des revenus entre les privilégiés et le reste du monde, appauvrit les classes moyennes, et affaiblit les fondations de nos sociétés" (1). Lors d'une audience au Parlement britannique, un dirigeant de la Barclays Bank est incapable de dire combien de filiales son groupe possède dans les Iles Caïmans. C'est le député qui l'annonce : 181. Et l'on apprend que 1000 milliards de dollars sont ainsi camouflés dans ces seules fameuses îles. Et combien ailleurs ? Un ancien chef économiste du cabinet McKinsey l'évaluait à 26 000 milliards de dollars, soit dix fois le PIB de la France (Le Monde du 23 juillet 2012). Et on sait qu'Antoine Peillon estime que 600 milliards d'euros manquent à la France (titre de son livre dans lequel il indiquait que 150 à 200 000 hyper-riches, ayant un patrimoine supérieur à 10 millions d'euros, sont exilés fiscaux).

juge_US_0.jpg immoral.jpgExtrait du film : "Nous ne vous accusons pas d'être illégal... mais immoral" [capture d'écran]

Thomas Piketty, interviewé dans Le Prix à payer explique que ces pratiques ont conduit à une baisse des impôts et à un accroissement considérable des inégalités. Harold Crooks note dans son documentaire que la durée moyenne de détention d'une action est passée, entre 1940 et 2015, de 7 ans à 22 secondes.

La fiscaliste canadienne, Brigitte Alepin, auteur d'un best-seller Ces riches qui ne paient pas d'impôts en 2003, coscénariste du film (son dernier livre La Crise fiscale qui vient a inspiré le documentaire), a été interviewée dans l'émission On n'arrête pas l'éco de Marion L'Hour le 31 janvier.

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Elle accuse clairement ces pratiques fiscales d'être la cause de la crise des finances publiques. Elle estime également qu'il y a "un certain conflit d'intérêt" quand on voit qu'un Jean-Claude Junker, coupable d'avoir incité à l'évasion fiscale, est chargé de "moraliser" la situation. Et elle cite d'autres coupables. Cependant, optimiste, elle pense que les choses changent, et que des grandes organisations auraient pour agenda d'assainir ce dossier et le disent "de façon très claire". L'Ocde aurait déjà pris des décisions qui "mettraient en avant les intérêts du grand public". A voir. Est-ce qu'étaler publiquement le crime commis par ces oligarchies l'empêche vraiment de perdurer ?

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(1) Cité par Challenges du 30 janvier.

 [Plusieurs films, qui n'ont rien à voir avec celui-là, ont pour titre "le prix à payer". Y compris avec Christian Clavier ! Ne pas confondre]

 

Manif_99.jpg "Nous sommes les 99 %", manifestation devant la Chase Bank à Now York [extrait du film]


Billet n°174

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