Malade à son poste et retraites, chapeau !

Social en vrac n°16

  Retraites : chapeau !

Pierre Gattaz, patron du Medef, est reçu le 10 décembre sur France Inter. Suite au scandale de la retraite chapeau de Philippe Varin (21 millions d’euros sur 25 ans), il se trompe dans un premier temps en parlant de 21 milliards : le journaliste Patrick Cohen le reprend. Ce n’est pas très rassurant si, à un tel poste, il a du mal à jongler avec les grosses sommes d’argent. Puis il considère que ce montant était conforme à ce que le PDG pouvait prétendre. Pierre Gattaz compte sur le code de bonne pratique mis en place par le patronat. Interrogé pour savoir quel écart est souhaitable quant aux revenus, il refuse de répondre. Il se contente de dire que la rémunération d’un patron du CAC 40 est inférieure à la moyenne européenne. Si un patron réussit, des bonus sont justifiés. Par contre, si sa société est moribonde, alors il ne devrait rien toucher. On voit bien là l’idéologie libérale poussée à l’extrême : si la boîte réussit ce n’est que grâce à son PDG (et cela justifie aussi les salaires annuels exorbitants, à plusieurs millions d’euros), et si elle périclite c’est aussi à cause du patron. Conception ridicule, à laquelle M. Gattaz ne croit certainement pas lui-même. Mais que ne dirait-on pour défendre les rémunérations, immorales, des grands patrons.

 Gattaz.jpg Pierre Gattaz, site de France Inter, capture d'écran

Au cours de cet interview, le patron des patrons a rappelé (ou révélé) qu’un million de salariés bénéficient de retraites chapeaux (10 000 entreprises en servent). On est bien content de l’apprendre, car durant le débat sur les retraites, cette information n’a jamais été donnée. Même si le montant moyen est loin d’être aussi élevé que pour les PDG, on est en droit de se demander pourquoi cette question n’a jamais été évoquée par ceux qui s’échinaient à accuser la fonction publique d’être nettement privilégiée. Comme, d’ailleurs, n’étaient pas évoquées les primes de départ en retraite, parfois assez importantes dans certaines conventions collectives si l’ancienneté l’est tout autant. Et comme on se garde bien de trop parler des ruptures conventionnelles, voulues par Nicolas Sarkozy, qui permettent à un employeur de se débarrasser d’un salarié (sous menace de le licencier pour faute grave en cas de refus), ou à un salarié de quitter son employeur (sous réserve de l’accord de l’employeur, bien sûr) moyennant une forte indemnité (qui peut dépasser les 100 000 €). Plus d’un million de salariés en ont bénéficié depuis 2008 (320 000 pour la seule année 2012). Soit un rythme mensuel supérieur à celui de l’accroissement du chômage : or beaucoup des salariés en rupture conventionnelle deviennent chômeurs et sont indemnisés en conséquence. D’une certaine façon, c’est la société en général qui en fait les frais, c’est parfois une sorte de pré-retraite, mais les libéraux qui nous assènent leur propagande à longueur de média se gardent bien d’en parler et de s’insurger. Ce qui leur évite également d’expliquer pourquoi les fonctionnaires n’y ont pas droit.

 

Madame Bertinotti, ministre malade et assidue à son poste

 Les médias se sont pâmés, la classe politique a salué son courage : Dominique Bertinotti, atteinte d’un cancer du sein, est restée à son poste, malgré la découverte de la maladie et un traitement éprouvant. Elle dit avoir voulu aider les femmes atteintes d’un cancer et faire en sorte que « les employeurs comprennent que la mise en congé longue maladie n’est pas forcément la meilleure des solutions ». Tout a été dit ou presque sur ce « coming out ». C’est admirable d’avoir tenu le coup, d’avoir mené la bataille du mariage pour tous, selon les uns. Pour d’autres, le courage aurait été de l’annoncer dès le début. Et les employeurs qui licencient les malades, alors qu’elles ont droit au repos, en quoi seront-ils sensibilisés par cet exemple ?

Bertinotti_D.jpg Dominique Bertinotti, capture d'écran (site Portail du Gouvernement)

En juin 1992, Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, était interviewée sur Fance Info sur Super Phénix, quelques instants avant d’entrer à la Maternité. Frédérique Bredin, ministre des sports, qui met au monde un enfant à la même époque, fera preuve de la même assiduité. On avait bien insisté à l’époque sur le fait qu’elles travaillaient jusqu’au bout. Et bien sûr, Rachida Dati qui stupéfiera tout le monde en revenant à son poste de ministre de la Justice cinq jours après son accouchement.

Toutes ces situations sont présentées comme des actes courageux, des preuves de leur force de caractère, du sérieux de leur engagement. Et un affichage du fait que l’on peut vivre une grossesse ou un cancer et continuer à exercer sa mission comme un bien-portant. Certes c’est très bien pour celles (et ceux) qui y parviennent. Mais la glorification du courage peut dissimuler le refus du droit à se reposer, à bénéficier des protections que le droit social français reconnaît aux assurés sociaux. Sans parler du fait que personne n’est habilité à juger du courage ou de l’absence de courage d’une personne fragilisée par son état de santé.

Ces femmes, qui occupent de tels postes, et qui font tout pour ne pas s’arrêter, se voient moquées bassement sur le Net : elles auraient chauffeur et domestiques pour tenir le coup. Plus sérieux : on a là la preuve que la place de la femme au travail est un combat. Cette résistance c’est le prix à payer pour garder un poste : tout le monde avait compris que Rachida Dati, si elle n’était pas revenue rapidement, perdait son maroquin. Et Ségolène Royal avoua en 2007, pendant sa campagne présidentielle, qu’elle avait dissimulé sa grossesse lors de sa nomination comme ministre : parce que si elle l’avait révélée, elle n’aurait tout simplement pas été nommée ministre.

 

 Dealer de mes deux !

Frédéric Mitterrand, qui coule aujourd’hui des jours heureux (et obséquieux) sur France Inter grâce à ses petits copains à la tête de la chaîne, raconte dans son journal de ministre, La Récréation (Robert Laffont), s’être rendu, le 14 septembre 2010, en tant que ministre de la culture, dans un quartier de Lyon accompagné du maire Gérard Collomb. Les animateurs culturels ne sont pas au rendez-vous : « sans doute peu désireux de rencontrer un ministre sarkozyste ou en bisbille avec le maire socialiste qui n’est pas un type facile ». A moins, ironise-t-il, qu’ils soient en formation, en congés ou en arrêt maladie (et pourquoi pas en grève, chacun sait qu’un fonctionnaire ne peut connaître que ces quatre situations). Le maire n’est pas content quand soudain surgit un 4 X 4 étincelant : « deux jeunes Magrébins en casquette US à l’intérieur, musique à fond, la panoplie intégrale. Le plus âgé, moins de trente ans, abaisse la vitre électrique, m’interpelle : « On est dans la merde ici, monsieur le ministre, on fait rien pour nous, y a pas de travail ! » Gérard Colomb : « Tu en as du travail avec une bagnole pareille, dealer de mes deux ! ». Le gars se renfrogne, il a reconnu le maire, le 4 X 4 repart en faisant crisser ses pneus ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.