Crash d'un serial killer

On se perd en conjectures à propos du crash de l'A320 sur les  Alpes  : dépression nerveuse, maladie mentale d'un pilote, non connue des dirigeants de la compagnie. Secret médical. En fait, on tourne en rond au dessus du drame, on parle de suicide, sans oser dire que l'on a tout simplement à faire à un serial-killer.

On se perd en conjectures à propos du crash de l'A320 sur les  Alpes  : dépression nerveuse, maladie mentale d'un pilote, non connue des dirigeants de la compagnie. Secret médical. En fait, on tourne en rond au dessus du drame, on parle de suicide, sans oser dire que l'on a tout simplement à faire à un serial-killer.

Evidemment, ce crash a aussitôt permis aux fanas du complot d'échafauder des hypothèses, dont celle, classique, selon laquelle... l'avion ne se serait même pas écrasé (puisque nos experts en chambre considèrent qu'il n'y a pas de traces d'impact au sol). La responsable d'un mouvement d'extrême droite a suggéré que le co-pilote avait agi pour des islamistes, sans le début du commencement de l'esquisse de la moindre preuve. D'autres qu'il s'agissait d'un tir de missile... américain. On a assisté aussi à la course au scoop : avec le New York Times qui connaît le contenu de la première boîte noire, avant tout le monde. Ce qui suppose une fuite au BEA, ou chez le procureur. Mais ce qui permet du même coup  aux mêmes fanas fadas de voir là, soit un coup monté des Américains, soit la preuve qu'"on ne nous dit pas tout". Du coup, le procureur, pour contrer le buzz ou répondre à l'angoisse générale provoquée par un tel évènement, est amené à faire des révélations, sans doute précipitées, avant que l'enquête ne soit réellement terminée .

Sur les blogs de Mediapart, l'avis d'un blogueur pilote d'A320 avec 11000 heures de vol est très peu commenté, tandis qu'un blogueur qui n'y connaît rien mais se pique d'analyser l'évènement et de nous révéler tout ce qui se cache derrière provoquent plus de 300 commentaires. Bref, je n'ai pas l'intention de livrer une thèse particulière sur ce qui s'est passé. On ne peut pas exclure que de nouvelles révélations présentent un jour cette tragédie sous un autre éclairage. Aujourd'hui, alors que certains gambergeaient avec les théories les plus fumeuses à propos de l'autre boîte noire, celle-ci, retrouvée, tendrait à confirmer la thèse d'une action volontaire du co-pilote.

Secret médical ?

Pour le moment, je constate que l'on nous dit que la compagnie ne savait pas officiellement que ce co-pilote était malade. Elle a simplement reconnu, après avoir tardé à le faire, que lorsqu'il était en formation, en 2009, il l'avait informée d'un "épisode dépressif sévère". Etonnement dans le monde des pilotes dont certains me disent ceci : en France, les pilotes font l'objet d'examens médicaux approfondis réguliers et tout est transmis à leur hiérarchie (sans violation du secret médical dans la mesure où les pilotes savent que c'est une condition sine qua non de l'exercice de leur profession). Du coup, les gamberges sur ce fameux secret sont nulles et non avenues. Sinon qu'elles permettent à de grands spécialistes, comme Bernard Debré ou Axel Kahn, de nous délivrer un certain nombre de bêtises sur le sujet (Europe 1, le 30 mars) et des auditeurs, mal informés, d'estimer naïvement que pour certaines professions, il faudrait tout de même que le secret soit levé. A moins que l'Allemagne, qui fait toujours tout très bien et tellement mieux que la France, serait quelque peu légère quant au suivi de ses pilotes.

Dépression nerveuse, suicide ?

Quant à l'acte commis par le co-pilote : ce serait un suicide qui aurait entraîné la mort de 149 personnes innocentes. Lorsqu'une personne suicidaire choisit de mourir au gaz et fait exploser un immeuble, on peut encore imaginer qu'elle n'a pas réfléchi aux conséquences de son geste (encore que). Mais celui qui précipite délibérément un avion au sol, il sait pertinemment ce qu'entraîne son acte. Lorsqu'un forcené tue plusieurs personnes prises au hasard, et se tue ensuite, on ne parle pas de suicide mais bien de serial-killer. Quand des terroristes tuent volontairement des passants, des passagers d'un bus, des clients d'un hypermarché, même si manifestement ils savent qu'ils seront abattus, on ne parle pas de problèmes mentaux, de dépression nerveuse, et de suicide : mais bien d'actes terroristes (même si on est en droit d'interroger leur mental). Le terrorisme c'est provoquer la terreur dans une population : ce peut être pour une cause déterminée, mais aussi, il va peut-être falloir l'admettre, par un acte personnel délibéré. S'il avait voulu se supprimer, il aurait trouvé le moyen de se tuer lui-même (suicide). En commettant cet acte, il savait sans le moindre doute qu'il condamnait à mort, avec lui, des êtres humains, hommes, femmes, enfants, qui n'avaient aucun conflit avec lui, et qu'il provoquerait la terreur sur les vols à l'avenir. Et l'on cherche du coup des parades. Pourtant, on se demande comment un tel tueur serait retenu à commettre son crime si un membre de l'équipage le rejoint dans le cockpit pour ne pas le laisser seul. Et si même, prévoyant de provoquer la mort de 100 ou 200 personnes, il aura quelques scrupules à exécuter tout simplement son propre co-équipier, sans attendre que celui-ci ait une raison pressante de sortir du poste de pilotage.

Parce qu'il est ni arabe, ni musulman, parce qu'il est allemand, même pas d'origine étrangère, bien propre sur lui, on peine à le taxer de terroriste. La psychiatrie est appelée à la rescousse. Quelles que soient les causes profondes, le résultat est là : parmi les serial-killer, ce pilote détient un record, et en matière de terrorisme, il a fait très fort. Et une fois de plus, on est tétanisé par le fait que la réalité a encore dépassé la fiction

 

 lematin2_0.jpgDessin paru sur LeMatin.ch


Billet n°191

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