Aide juridictionnelle : les « pauvres » avocats

Les avocats sont vent debout : ils protestent contre une réduction du budget en faveur de l’aide juridictionnelle et réclament de meilleures indemnisations. Et ils obtiennent aussitôt gain de cause de Christiane Taubira, qui ne peut se permettre d’avoir une partie du monde judiciaire remontée contre elle.

 

En somme comme les « pigeons » il y a quelques mois, certains corps professionnels s’en sortent toujours bien, larmoyant sur leurs pauvres revenus, menaçant de tout bloquer et finissant victorieux. Une aide juridictionnelle n’est pas cher payée, affirme une avocate du Barreau de Paris, Anne-Sophie Laguens sur France Inter le 4 octobre : seulement 200 €. Comment peut-on laisser les seuls intéressés informer le public sur le niveau de leurs gains, quand Libération ce même 4 septembre indique qu’une aide juridictionnelle, pour un divorce, tourne entre 588 et 883 euros, et la réforme prévoit de réduire la fourchette de l’indemnité entre 548 et 822 €. Une avocate ayant l’outrecuidance de proclamer : « On ressemble à notre clientèle qui n’est pas argentée » !

 

D’accord pour discuter du montant de cette indemnité : mais alors, il faudrait mettre tout à plat, y compris connaître les critères qu’utilise un avocat pour arrêter le montant de ses honoraires. S’il est vraisemblable que, sur certains dossiers, des avocats peuvent considérer ne pas gagner suffisamment (Mme Laguens prétend même que certains cabinets « tourneraient actuellement à perte »), chaque citoyen a plus ou moins connaissance de tarifs prohibitifs pour des affaires qui n’ont exigé que très peu d’actes de la part de l’avocat qui traitait leur dossier. Le coût pour un divorce par consentement mutuel, par exemple, est tout simplement une arnaque. Rendre compte publiquement de ces abus n’est pas à l’ordre du jour, se préoccuper de ce que le citoyen lambda doit payer lorsqu’il doit ester en justice n’est pas d’actualité, exiger plus de transparence sur les revenus de cette profession n'est pas prévu : l’actualité, ce sont les avocats "mal payés" quand ils sont contraints de défendre les plus pauvres.

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