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Billet de blog 5 avr. 2013

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Social en vrac 5 : retour de Martin Hirsch, Qatar contre Unicef, le succès des SDF

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Martin Hirsch de retour ?

Lors de son interview télévisée le 28 mars, François Hollande, comme chacun sait, n’a cité ni son premier ministre, ni aucun de ses ministres. Pour bien affirmer sa responsabilité de chef d’État, ont expliqué quelques commentateurs. Pourtant il a prononcé un nom : celui de Martin Hirsch. Il a dit souhaiter, pour le chômage, un « système d’indemnisation [qui] favorise la reprise du travail », comme pour le RSA-activité, qui est « une bonne idée de Martin Hirsch », mais qui n’a pas fonctionné. Plein de tact, David Pujadas s’est précipité : « vous redoutez l’assistanat ? ». Le chef de l’État s’insurge, « refuse ces mots », car ceux qui sont sans emploi ne l’ont pas choisi.

On se souvient que pendant la campagne présidentielle l’an dernier, le créateur du RSA s’était rappelé au bon souvenir de François Hollande, en offrant ses services et en proposant d’ « achever le RSA ». J’ai ici exprimé (1) des réserves : car le RSA, validé par Nicolas Sarkozy, n’a rien apporté à ceux qui le perçoivent (sinon d’être impérativement orientés sur Pôle Emploi qui n’avait pas les moyens de les accompagner) mais a permis un revenu complémentaire pour les bas salaires, dégageant ainsi la responsabilité des employeurs et faisant basculer dans l’assistance un grand nombre de salariés : ce que, d’ailleurs, ils ont le plus souvent refusé en ne sollicitant pas le RSA. Par ailleurs, un système d’intéressement pour la reprise du travail existait déjà avec le RMI (mais sur une durée plus courte), ce que Martin Hirsch et son staff se sont bien gardés de préciser publiquement. .

Si une solution simple existait, cela se saurait. Mais caler l’indemnisation du chômage sur le dispositif RSA n’est sûrement pas souhaitable. Déjà, les bas salaires devraient sortir du RSA pour bénéficier d’une autre formule de complément de ressources, type PPE (prime pour l’emploi) (2). Ensuite l’aide du RSA pour la reprise d’activité devrait être limitée dans le temps. Enfin, l’intéressement pour un chômeur indemnisé à reprendre une activité existe déjà : il importe que des spécialistes, en lien avec des chômeurs, étudient l’amélioration de ce dispositif afin d’éviter tous les effets pervers actuels.

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(1) http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup/080612/martin-hirsch-achever-le-rsa

(2) Voir analyse étayée, sous un titre neutre mais très critique : Evelyne Serverin, Bernard Gomel, Le revenu de solidarité active ou l’avènement de droits incitatifs, mars 2012 :

http://www.cee-recherche.fr/fr/doctrav/154-revenu-solidarite-active-avenement-droits-incitatifs.pdf

Bonne nouvelle : extinction de l’extrême pauvreté programmée !

Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, lors d’une conférence dans une université américaine, a déclaré le 2 avril : « Nous sommes à un tournant de l'histoire, où les succès des décennies antérieures et les perspectives économiques de plus en plus favorables se conjuguent pour offrir aux pays en développement une occasion, la toute première, d'éradiquer l’extrême pauvreté en une génération. » Il estime que des décisions appropriées devraient permettre d’atteindre cet « objectif historique » : réduire la proportion des habitants du monde vivant dans l’extrême pauvreté de 21 % en 2010 à 3 % en 2030. Il a même ajouté que cela ne suffisait pas et qu’il fallait agir pour que toutes les personnes vulnérables s’élèvent au dessus du seuil de pauvreté. A la banque mondiale, ils appellent ça « promouvoir une prospérité partagée ». On était bien le 2 avril et non pas le 1er et M. Kim de conclure en faveur d’ »un monde viable où tous les ménages ont accès à une énergie propre. Un monde où chacun mange à sa faim. Un monde où personne ne meurt d’une maladie évitable ». Prospérité partagée ? Tellement peu crédible que nos grands médias n’ont pas rapporté ce rêve fou.

Qatar contre Unicef :

En 2006, alors que le club de foot de Bilbao choisissait d’arborer un maillot aux couleurs nationalistes du pays basque, celui du Barça, plus universaliste et généreux, décidait de promouvoir l’Unicef et de lui reverser, sur ses recettes, 1,5 millions d’euros sur cinq ans (alors que déjà Qatar Airways proposait d’offrir au club 125 millions d’euros sur cinq ans). Finalement, le Qatar, soutien des Salafistes, vient d’obtenir du club de Barcelone qu’il abandonne l’Unicef : avec 30 millions d’euros par an, la morale affichée il y a six ans n’a pas fait long feu.

« Enfants de la DASS » jetés à la rue :

Dans l’émission « Histoire en série » sur France 2 de Béatrice Schönberg le 2 avril, un reportage donne la parole à Elina Dumont, comédienne, auteur de Longtemps, j’ai habité dehors (Flammarion). Placée très jeune dans une famille paysanne, elle est abusée par des hommes du village entre 12 et 16 ans. Le jour de ses 18 ans, elle s’enfuit et va vivre plusieurs années de galère (drogue, prostitution). Nous assistons à son retour chez sa nourrice, désormais âgée, qui lui reproche, devant la caméra, d’avoir révélé tout ça et que, si elle a été abusée, elle a sa part de responsabilité. Etrangement, rien n’est dit sur les services qui étaient sensés suivre son placement, ni sur les conséquences de ses révélations (les violeurs ont pu commettre des violences plus récentes non prescrites, un procureur s’est-il saisi ?). Par contre, lors d’une signature de son ouvrage, Elina rencontre Roselyne Bachelot : elle interpelle l’ancienne ministre de la santé et des solidarités  et lui lance qu’il est inadmissible qu’à 18 ans les « enfants de la DASS » soient jetés à la rue. Roselyne Bachelot baisse les yeux, contrite, et avoue : « c’était ma priorité ». « Oui, mais vous n’avez rien fait », lui rétorque Elina. Sauf que les mineurs relevant de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ne sont pas jetés à la rue à 18 ans : ils peuvent continuer à être pris en charge jusqu’à 21 ans. Et ce depuis 38 ans : après la loi de juillet 1974 abaissant l’âge de la majorité de 21 à 18 ans, deux décrets (18 février et 2 décembre 1975) ont organisé la protection des jeunes majeurs jusqu’à 21 ans, sous couvert de la justice ou de l’ASE.  A transmettre à Mme Bachelot.

Le succès des SDF :

Plusieurs romans sortent actuellement en librairie mettant en scène des SDF (L’Heure des fous, de Nicolas Lebel ; La Maison des Anges, de Pascal Bruckner ; Station Rome, de Vincent Pieri). Par ailleurs, des documents traitent du sujet : Le Peuple des berges, recueil d’articles de Robert Giraud, déjà publié en 1956, décrivant divers personnages des rues parisiennes. Et aussi D’ailleurs et de nulle part, mendiants vagabonds, clochards, SDF en France depuis le Moyen Âge, d’André Gueslin (Fayard), véritable somme sur le sujet, par un grand historien, sur laquelle je reviendrai à l’occasion. L’errant, le vagabond, le SDF, le routard suscitent la compassion tout en provoquant des peurs parfois irraisonnées. Et les pouvoirs publics ou privés réagissent en conséquence.

A noter que le Monde, dans son dossier du 5 avril sur les comptes secrets dans les paradis fiscaux (« les riches particuliers détiennent entre 21 000 et 32 000 milliards de dollars de patrimoine personnel dans des territoires à fiscalité réduite, l’équivalent du produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis et du Japon additionnés »), indique que des hommes de paille prêtent leur nom afin que ces comptes soient mieux dissimulés. Le prête-nom ne touche souvent, pour ce faire, pas plus de 70 euros. L’un d’entre eux est « un sans-domicile-fixe à moitié aveugle errant dans les rues de Riga » !

Yves Faucoup

Consultant et enseignant en action sociale

Blog consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique

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