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Billet de blog 5 août 2014

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Israël et Gaza : entre terreur et pauvreté

Israël a pilonné Gaza tuant de nombreux civils. Terreur en réaction aux « tunnels de la terreur » et aux tirs de roquettes du Hamas et du Djihad palestiniens, qui, pour tenter d’obtenir la levée du blocus, harcèlent Israël, comptant manifestement sur sa riposte indiscriminée pour resserrer les rangs. Tout cela sur fond de misère à Gaza mais aussi de pauvreté en Israël.

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Israël a pilonné Gaza tuant de nombreux civils. Terreur en réaction aux « tunnels de la terreur » et aux tirs de roquettes du Hamas et du Djihad palestiniens, qui, pour tenter d’obtenir la levée du blocus, harcèlent Israël, comptant manifestement sur sa riposte indiscriminée pour resserrer les rangs. Tout cela sur fond de misère à Gaza mais aussi de pauvreté en Israël.

Israël a justifié sa réaction violente par la nécessité pour sa sécurité de détruire les tunnels d’infiltration du Hamas et du Djihad islamique en vue de perpétrer des attentats sur le territoire israélien et afin de frapper les zones de lancement de roquettes.

Pour ce faire, l’Etat hébreu a utilisé la manière forte, comme lors de « Plomb durci » en janvier 2009, mais aussi en mars 2008, sans distinction entre combattants et civils. Provoquant ainsi la terreur et se mettant en situation d’accusé de crimes de guerre. Il est vraisemblable que le Hamas et le Djihad, soutenus financièrement pour l’armement par des régimes réactionnaires de la région, se servent de la population palestinienne comme bouclier humain, tout en sachant que, compte tenu de la densité de la population sur ce si petit territoire, partout les Palestiniens seront bouclier humain.

Mais si effectivement le Hamas joue cette carte c’est sans doute moins pour éviter que ses lanceurs de roquettes (assez peu efficaces, entre autres parce que les Israéliens ont la parade, et d’un intérêt stratégique nul) ne soient détruits, que pour qu’ils le soient justement avec dégâts collatéraux de grande ampleur afin que l’opinion palestinienne soit plus que jamais à ses côtés, opposée ainsi à l’« occupant » israélien.

[Photo Marco Longari/AFP]

C’est là où la tactique israélienne est incompréhensible. Israël bénéficie dans le monde d’une certaine admiration non avouée lorsque ses services secrets parviennent à supprimer, sans victimes collatérales, des responsables djihadistes, par des tirs très ciblés, grâce manifestement à des informateurs sur place et à une technologie avancée. Aujourd’hui, l'Etat d'Israël, qui espère, en vain, que la population palestinienne, épuisée, se retourne contre le Hamas, est taxé de « barbarie », prenant le risque de provoquer non seulement des protestations sincères et légitimes, mais aussi les résurgences habituelles d’antisémites en embuscade.

La répression aveugle est rarement efficace pour le belligérant qui l’emploie, car les massacres de femmes, d’enfants, de vieillards (et d’hommes, finalement, car tous les hommes ne sont pas des soldats en armes) finissent par liguer les peuples contre les auteurs de telles tueries.

Mutatis mutandis, durant la dernière guerre, en France, un débat a fortement opposé les résistants : fallait-il commettre des attentats contre l’occupant allemand qui ripostait en exécutant un grand nombre d’otages ? C’était la tactique des communistes, repoussée par d’autres, pour des raisons morales. Les communistes prétendaient que la violence aveugle de l’occupant, exécutant des innocents (non responsables de l’attentat commis), par son caractère d’injustice totale et de cruauté extrême, provoquait finalement une réaction de rejet par la population, jusqu’alors plus ou moins attentiste. Les Nazis voulaient faire peur et écraser toutes velléités de résistance, leurs représailles indiscriminées obtenaient l’effet inverse.

On a connu la même chose, dans une certaine mesure, avec l’extrême gauche dévoyée, en Allemagne surtout (bande à Baader) et en Italie (les Brigades rouges), qui espérait que, face à une répression exacerbée des Etats, les populations se révolteraient et prendraient fait et cause pour la Révolution qu’elle proposait. Il n’en a rien été parce que la répression, certes bien réelle, est restée dirigée contre les militants de l’action directe.

Aujourd'hui, la communauté internationale attend presque la fin des bombardements sur des populations civiles pour parler de « massacres » ou de « folie ». Elle avoue ainsi sa non-volonté de régler le problème. Beaucoup de Palestiniens de Gaza ne voient plus aucun avenir à ce territoire, et l’on peut se demander si la stratégie d’Israël n’est pas carrément de le vider par la fuite de ses habitants. Sont loin les pourparlers de paix en vue d’une cohabitation des deux peuples : chacun, aujourd’hui, espère la disparition de l’autre. A chaque éclaircie, un évènement, calculé, se produit pour l’annihiler.

Le tout sur fond de misère

Gaza vit, après ces bombardements, un désastre humanitaire. Sur un million et demi d’habitants, le cinquième a dû se réfugier dans les 84 écoles de l’ONU (dont plusieurs ont été bombardées, ainsi que des hôpitaux, et des plages où des enfants se baignaient). 1800 morts, 9000 blessés,  des familles décimées, énormément de souffrances. Approvisionnement en alimentation terriblement perturbé. Distribution de l’eau coupée. Citernes d’eau individuelles détruites ou endommagées.

Une Palestinienne devant le siège de l’UNRWA en attente de sa ration de nourriture que l’Office fournit aux habitants de Gaza  en janvier 2009 [Photo : Reuters/Mohammed Salem, site info-palestine.eu, capture d’écran]

Cette misère vient s’installer sur une misère déjà bien réelle, du fait de l’embargo, d’une crise économique incommensurable. Pénurie alimentaire, insalubrité, pénurie d’essence (on utilise de l’huile de cuisine comme carburant), chômage à plus de 40 %. Si le taux de mortalité infantile n’est que de 18 pour mille (un des plus bas du Moyen-Orient), c’est grâce aux ONG présentes (il est tout de même plus de 4 fois supérieur à celui d’Israël).

Le PIB par habitant en Israël est de 32 000 $ (contre 6100 à Gaza). Est-ce à dire qu’Israël échappe à la pauvreté ? La mobilisation du gouvernement de droite sur le terrain sécuritaire fait que les inégalités s’accroissent  avec un taux de pauvreté à 19 % soit le deuxième plus important des états de l’OCDE, après le Mexique. Et cette pauvreté n’affecte pas que les Arabes israéliens ou les juifs ultra-orthodoxes (avec familles nombreuses). Un comité national de lutte contre la pauvreté a, selon le Monde du 13-14 juillet, incité le gouvernement à augmenter les allocations vieillesse et santé, à améliorer l’offre de logement et à renforcer le nombre de travailleurs sociaux.

Ce comité se désole de voir la société israélienne et ses institutions traiter « avec indifférence les gens vivant dans la pauvreté, refusant de s’en soucier ou d’en assumer la responsabilité ». 300 repas chauds sont distribués chaque jour à Jérusalem, y compris à des travailleurs pauvres qui « doivent parfois choisir entre la nourriture, le gaz et les médicaments », selon la responsable de cette soupe populaire. Et Marie de Vergès, la journaliste du Monde, d’évoquer la revue Forbes Israël qui relève que 100 personnalités du pays, qui compte 8 millions d’habitants, possèdent une fortune totale équivalente à celle de 850 000 citoyens ordinaires. Rien de nouveau sous le soleil : voir mon précédent billet sur les 500 fortunes de France.

"Un rapport accablant : un enfant sur trois souffre de la pauvreté en Israël. Selon le Conseil national de l'enfant, le nombre d'enfants connus des services sociaux a augmenté de 48 % entre 2001 et 2011" [site tel-avivre.com]

Un humanitaire s’étonne que le gouvernement lui délègue la responsabilité « de venir en aide à des centaines de milliers de personnes souffrant d’insécurité alimentaire ». Selon lui, cette situation est plus dangereuse pour la cohésion du pays que la menace iranienne. Il y a trois ans, on avait connu à Tel-Aviv la révolte des tentes. Une militante de l’époque déclare : « si ça continue comme ça, il y aura des protestations et elles pourraient être violentes car elles viendront des plus pauvres qui ne savent plus vers qui se tourner ». Pourtant, comme le notait le Figaro du 8 décembre 2013, la croissance est très forte, le chômage relativement bas, mais la pauvreté s’accroît.

Certes, il ne s’agit pas de nier les affrontements politiques, de négliger les luttes de territoires et les guerres d’annexions, de minimiser les rivalités religieuses ou ethniques, mais juste de rappeler que, dans toute société, il y a des luttes d’intérêts, des classes sociales qui dominent et d’autres, parfois alliées, qui subissent et payent le prix de l’injustice.

Billet n°136

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

[Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, Social en question]

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