La Manif Pour Tous prétend protéger la famille

La manifestation du 2 février a donc obtenu du gouvernement le retrait de la loi sur la famille. Parce que le pouvoir redoute un feuilleton de la rue qui compliquerait la mise en place de ses réformes libérales dans le domaine économique, il décide de reculer

La manifestation du 2 février a donc obtenu du gouvernement le retrait de la loi sur la famille. Parce que le pouvoir redoute un feuilleton de la rue qui compliquerait la mise en place de ses réformes libérales dans le domaine économique, il décide de reculer (après une manifestation contre l’IVG, une autre ouvertement raciste et antisémite, comme on ne l’avait pas vu en France depuis des décennies, et une troisième enfin contre le projet de loi sur la famille et contre une loi votée, et approuvée par le Conseil constitutionnel, sur le mariage homosexuel).

 

Des citoyens s’inquiètent du risque de voir la PMA étendue aux couples de femmes homosexuelles : on peut ne pas être d’accord avec eux mais c’est leur droit de protester, s’ils ne supportent pas l’idée qu’un enfant puisse être né d’un père géniteur inconnu. Mais ils ne peuvent se prétendre les seuls défenseurs de la famille et de l’enfant. Ni non plus amalgamer dans leur protestation des revendications tous azimuts, souvent incohérentes. Par exemple, lutte contre les mères porteuses (GPA). Ni le gouvernement, ni le législateur n’ont l’intention de mettre en place un droit à la GPA. Mais comme l’on parle par sigles (PMA, GPA), allons-y gaiement : on finit par tout mélanger. En réalité, la loi sur la famille ne prévoyait ni la PMA pour les homosexuels, encore moins la GPA.

 

La Manif PourTous (LMPT) reproche à la gauche de diffuser l’idéologie du genre à l’école : difficile de savoir si les auteurs sont sincères ou s’ils sont purement dans la manipulation, pour faire peur aux esprits les plus fragiles. Les enseignants, appliquant les programmes et les valeurs de la République et de l’école, font réfléchir les enfants sur les inégalités et sur les stéréotypes. Ils sont condamnés par des idéologues qui ont aujourd’hui le vent en poupe. Comment un tel discours rétrograde est encore possible en ce début de XXIème siècle ? Et comment le ministère de l’Éducation nationale peut-il s’incliner devant cet obscurantisme, en demandant, dans la tourmente, à ceux qui sont chargés des ABCD de l’égalité de lever le pied.

 

La LMPT se plaint de la réduction du congé parental (en travestissant la réalité puisque la mesure prise consiste à faire en sorte que ce congé « parental », non réduit globalement, se partage davantage entre le père et la mère).

La LMPT parle d’une « fiscalité contre les familles » en invoquant la baisse du quotient familial : or cette mesure (qui dans le passé a été aussi appliquée par des gouvernements de droite) n’est que justice puisqu’elle réduit les avantages accordés aux familles les plus fortunées au détriment des autres.

 LMPT_2_02_14.jpg[Photo AFP, Martin Bureau, sur le site lemonde.fr]

Il faut mesurer les reculs auxquels nous préparent ces protestations réactionnaires. Dans le cortège du 2 février, des manifestants déclaraient s’inquiéter pour les enfants qui apprendraient qu’ils sont issus d’un don d’ovocyte : ce qui condamne en partie la PMA, qui est pourtant tout à fait légale pour les couples hétérosexuels. Par ailleurs, j’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur ce blog le fait que, depuis bientôt 50 ans, la loi autorise un homme ou une femme à adopter seul(e) un enfant sans que personne ne s’offusque que l’enfant n’ait pas « un papa et une maman ». Certains parlent de remettre en cause cette possibilité instaurée sous le Général De Gaulle.

 

Près d’un enfant sur cinq de couples divorcés ne voit jamais son père (soit plusieurs centaines de milliers). C’est un vrai et grave problème. Est-ce que les militants de la Manif pour tous sont montés au créneau pour défendre le droit de ces enfants d’avoir une mère et  un père ? Non, jamais. C’est le gouvernement de Lionel Jospin qui, en 2002, a fait voter une loi sur le partage de l’autorité parentale, et c’est le gouvernement actuel qui a voulu légiférer pour privilégier l’autorité partagée (y compris en favorisant, si possible, la résidence alternée). Si LMPT vient à se réveiller sur ce sujet, son discours moralisateur n’ira-t-il pas jusqu’à condamner le divorce et les familles mono-parentales ? Et pourquoi pas modifier le Code de l’action sociale et des familles qui a pris en compte depuis l’an 2000 qu’il n’y avait plus une famille mais plusieurs formes de familles.

 

En attendant, une loi sur la famille est au rencart : elle prévoyait un statut pour le beau-parent, davantage de médiation familiale, une extension de l’adoption simple en faveur d’enfants placés dans des foyers, un accès à des informations pour les enfants nés sous X et une possibilité dans certains cas d’accéder à la majorité à 16 ans. Tout ça a été combattu par des gens qui croient être les seuls à défendre la famille, qui ont exigé le retrait de cette loi (pour beaucoup sans la connaître), et un gouvernement en a tenu compte, oubliant que d’autres citoyens, tout aussi respectables, attendaient avec intérêt ces avancées législatives. Sans imaginer que des factieux (cornaqués par Papa Guaino qui joue de sa flûte désenchantée et ne cesse de désavouer une décision du Conseil constitutionnel et de traiter ses opposants de barbares) obtiendraient gain de cause. 

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