Olivier Poivre d’Arvor a choisi d'être papa tout seul : le Figaro approuve !

 Olivier Poivre d’Arvor publie Le Jour où j’ai rencontré ma fille (Grasset). Il parcourt les plateaux de télévision pour en parler et accorde interview sur interview à la presse écrite : la confrérie médiatique complaisante lui a fait un très bon accueil.

On ne refuse rien à un homme qui a un tel entregent et qui dirige France Culture. Il révèle dans ce livre sa stérilité : par les temps qui courent où tant d’auteurs cherchent la gloire en abordant des questions intimes, celle-là avait été négligée jusqu’alors. Il tient à ce que l’on reconnaisse bien là un acte de courage. Mais attention, c’est la faute aux oreillons tardifs ou aux « perturbateurs endocriniens » qui pèsent sur notre alimentation et menacent nos générations futures. Il veille cependant, en s’attardant sur toutes ses conquêtes féminines, à bien prouver au lecteur que cette  « infirmité » n’entrave en rien ses capacités sexuelles. D’autant plus qu’il est à peu près persuadé qu’il a tout de même eu, autrefois, quelques enfants non reconnus, disséminés dans le monde (en tous cas, se vante-t-il, un au Brésil et un aux Etats-Unis).

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Puisque l’« extimité » (mot forgé par Serge Tisseron pour évoquer l’intimité livrée en pâture) est à la mode aujourd’hui, OPDA nous informe sans pudeur excessive qu’il a demandé à des amis de lui faire un enfant. Son propre frère, PPDA, « fertile pour deux » (excusez du peu), avait accepté de se dévouer (ainsi Patrick, pour reprendre la formule utilisée par L’Express, était prêt à « honorer la petite amie » d’Olivier). Dans le livre, il ne parle pas d’une petite amie mais d’une «très jolie fille, une beurette des quartiers nord de Marseille », prête à rendre service aux deux frères tellement célèbres. Cependant, il en veut à son frère d’avoir accepté trop vite et redoute finalement d’avoir un enfant né du plaisir vécu par d’autres. Alors il se ravise et change de projet (c’est sûr que cela a le mérite de la franchise mais si ça n’a pas eu lieu, on voit mal l’intérêt d’une telle révélation, sinon nous mettre dans le récit une petite dose sulfureuse d’un PPDA tellement charitable). Finalement, il va tout faire pour adopter une petite fille qu’un ami lui a trouvée au Togo. La mère de l’enfant est morte du Sida, elle n’a pas de père, elle vit chez des oncles. Et voilà que la petite Faïza (c’est son vrai prénom, livré dans toutes les interviews, alors que le livre l’appelle Amaal sous prétexte de la protéger) s’est adressée à lui en lui disant tout de go : « Papa » ! Ça tombait bien, parce que lorsque l’on adopte, en principe, on ne choisit pas l’enfant (sauf, prétend-il, si l’enfant vous a lui-même choisi). D’ailleurs, la procédure d’adoption sera longue, le dossier n’est pas habituel, mais on se prend à penser que lorsque l’on est « ministre plénipotentiaire en réserve du Quai d’Orsay » on obtient plus facilement gain de cause.

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[Photo YF]

Une adoption exceptionnelle

Qu’on me comprenne bien : cette histoire est la sienne, elle a été compliquée, elle a nécessité beaucoup d’investissement de sa part (nombreux déplacements à Lomé et démarches administratives lourdes). Je ne commente que parce que, écrivain, il a tenu à la rendre publique. Et il comptait le faire depuis longtemps puisqu’il avait prévenu dès 2010 qu’il ferait le récit de l’histoire de cette adoption lorsqu’elle serait effective. Sur l’histoire privée, je n’ai rien à dire. Sur cette volonté en action, je m’incline. Sur son bonheur, c’est touchant, et je fais silence. Mais sur ce qu’il renvoie dans le débat public, il y a à commenter.

 

En effet, le clampin moyen n’aurait pas pu adopter ainsi : parce qu’il n’aurait pas pu choisir l’enfant. Et sur le fait que cette enfant le désigne comme son « papa » (ce qui va aussi justifier le titre du livre), l’auteur a l’honnêteté de nous dire que son copain au Togo avait bien préparé l’enfant. Par ailleurs, les médias ont insisté sur le fait qu’il adoptait en « célibataire », tout seul. Lui-même, dans son livre, dit qu’il se présente aux enquêteurs (y compris à l’assistante sociale qu’il couvre d’éloge, d’autant plus qu’elle a lu un de ses textes) comme vivant seul. Il ne s’étend pas du tout sur la question, évoquant juste une vie affective stable. Sans plus de précision. Pourtant, il ne fait pas mystère de vivre depuis plusieurs années avec Tilla Rudel (écrivain, auteur d’une biographie de Walter Benjamin). En 2008, Le Point  la présentait  comme sa « femme ». En 2006, déjà, au ministère des affaires étrangères, OPDA avait soutenu financièrement une exposition en Afrique organisée par Madame, au grand dam de fonctionnaires sans doute jaloux qui y voyaient du favoritisme même pas déguisé. L’Express a glissé récemment que l’écrivain vit dans une « petite maison très bohème » à Paris, dans le Xème arrondissement « avec sa compagne, Tilla Rudel, ses enfants à elle, sa fille à lui ». Dans toutes les interviews, Olivier Poivre d’Arvor n’évoque jamais l’implication de sa compagne dans son choix personnel. Et encore moins dans son livre.

 

Or l’agrément, normalement, n’est pas accordé lorsque l’adoptant vit en couple et qu’il est seul à porter le projet (même si, en l’absence de mariage, il n’y aura qu’un adoptant). La loi permet à un célibataire d’adopter, certes, elle autorise même, ce qui est peu connu, un homme marié à adopter seul (sous réserve de l’accord de sa conjointe), mais les services qui se prononcent sur l’agrément ont pour règle de s’assurer que le conjoint non marié est en accord avec cette démarche. Les très rares hommes qui adoptent seuls, sont vraiment célibataires, et vivent seuls. Le magazine Femmes actuelles  (23 août) écrit qu’aujourd’hui « tous dissocient leur désir de paternité, de leur vie amoureuse », ce qui conduit Serge Hefez, psychanalyste, à commenter : « C’est révélateur de ce qu’est devenue la parentalité. A savoir, un projet individuel ! Aujourd’hui on fait une différence entre conjugalité et parentalité ».

 

Le Figaro en pamoison

OPDA se veut provocateur quand il interpelle le politique « qui devrait se demander si tout enfant a vraiment besoin d’être élevé par deux personnes ». Il est là quelque peu présomptueux car si c’est effectivement un sacré sujet, le « politique » ne l’a pas attendu puisque cette possibilité, pour une personne d’adopter seule date de… 1966. Mais jusqu’à une période très récente, ces adoptants-là étaient le plus souvent des femmes et de vraies célibataires (excepté quelques couples d’homosexuelles). Ce qui advient c’est donc que des hommes et des femmes demandent l’agrément, tout en ayant une vie amoureuse par ailleurs. Et que dans le cas de Poivre d’Arvor, il ne cache pas qu’il vit en couple et en famille, tout en se présentant publiquement comme un célibataire voulant adopter tout seul. C’est en cela qu’il révolutionne vraiment les schémas anciens (d’autant plus qu’il n’a pas fait mystère par ailleurs de ses projets, à une certaine époque, de gestation pour autrui). Ce récit devrait logiquement lancer un nouveau débat de société. Ce que, pour le moment, aucun média n’a relevé.

 

Pire, et c’est cocasse : Olivier PDA s’interrogeait, dans son dernier chapitre, pour savoir s’il pouvait vraiment publier un tel récit. Le Figaro l’a rassuré en estimant que « ce livre est d'utilité publique ». Le Figaro est en pamoison devant une telle audace, un tel courage, une telle aventure humaine ! Un Figaro, quotidien de la droite française pure et dure, tout ému devant le témoignage d’un homme du sérail. Pourtant c’est bien ce même Figaro qui a passé des mois à affirmer que l’adoption c’était un papa et une maman. Qui, par ailleurs, a mené bataille contre la PMA, et bien sûr la GPA. Etonnant non ?

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[Toulouse. Photo YF]

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