Après avoir communiqué au Ministère des Affaires sociales le texte paru sur ce blog sur la Réfondation de l'action sociale, j'ai reçu du chef de cabinet de Marisol Touraine la proposition de transmettre une contribution aux groupes de travail préparatoires à la Conférence nationale de lutte contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale qui se tient à Paris les 10 et 11 décembre 2012. Cette contribution, reproduite ci-dessous, porte plus précisément sur le groupe de travail intitulé « Accès aux droits et aux biens essentiels, minima sociaux »

 

 

Je ne souhaite pas reprendre ici tout ce que de nombreux rapports d’organismes officiels (INSEE, ONPES, CNLE, ODAS, IGAS, CNAF, UNCCAS, Ministères et Centre d’études de l’emploi) ou caritatifs (Secours catholique, Secours populaire, Restos du Cœur, ATD, Croix-Rouge Française, Emmaüs) ont constaté sur l’augmentation de la pauvreté et sur l’enkystement de cette pauvreté.

 

Ceux qui militent pour une meilleure prise en considération des plus démunis, reconnaissent l’importance de mesures sociales telles que les emplois d’avenir ou les contrats de génération, parallèlement à des décisions économiques qui pourraient atténuer la gravité des effets de la crise financière et économique.

 

Mais il y a urgence. Face à la récession, à la hausse continue du chômage, ceux qui n’ont plus de revenus hormis ceux de l’assistance, doivent pouvoir compter sur le gouvernement pour que leur sort ne soit pas aggravé, et soit, si possible, amélioré.

 

Quelques propositions :

      1. La classe politique ne doit pas mépriser les plus pauvres avec des discours indignes sur l’assistanat (qui à la fois nient la nécessité des mesures d’assistance et rendent leurs bénéficiaires responsables de leur situation). 

     2. Le RSA devrait être réservé à ceux qui n’ont plus de ressources. Le RSA activité, prévu par la loi de 2008, devrait être supprimé : il fait   basculer dans l’assistance des salariés, certes peu payés, mais qui rechignent à venir demander cette aide. Cette suppression devrait être compensée par un système fiscal à l’envers, permettant aux intéressés de percevoir une allocation (du type de la prime à l’emploi).

    3. Les minima sociaux ne permettent pas de vivre : leur niveau si bas incite au travail au noir ou à la mendicité. 417,94 € par mois pour le RSA socle (une fois déduit le forfait logement) est une somme dérisoire. Une augmentation des minima sociaux s’impose : les propositions d’augmentation de 25 % d’ici la fin du quinquennat ne sont pas suffisantes. Par ailleurs, le montant des minima sociaux devrait être établi en tenant compte des besoins, et donc en prévoyant un reste à vivre (et non en fonction d’un pourcentage abstrait d’une somme de référence).

    4. Prévoir un dispositif RSA jeunes qui permette à davantage de jeunes d’en bénéficier (réduire la durée de travail exigée par exemple).

    5. Faire en sorte que l’implication des pouvoirs publics dans la lutte contre l’exclusion, dans l’aide aux plus démunis, soit portée à la connaissance du public. On ne peut laisser croire à la population que l’action menée n’est assurée que par les associations caritatives, quelque soit par ailleurs le rôle important qu’elles jouent dans le dispositif. Le Ministère des Affaires sociales pourrait non seulement coordonner au niveau national les informations qui émanent des Départements et des Communes (ce que l’Assemblée des Départements de France ne fait pas) mais inciter ces derniers à faire connaître publiquement les actions engagées, parfois innovantes, par ces collectivités, avec leurs fonctionnaires mobilisés aux côtés des usagers. Il serait nécessaire, ainsi, que soit facilitée la possibilité pour les médias de se faire l’écho des témoignages des professionnels du social.

   6. Renforcer, par la loi, les modalités de participation des « bénéficiaires » de minima sociaux dans les instances qui traitent de leur situation (comme cela a été réfléchi au sein du Ministère des Affaires sociales et comme cela a été amorcé avec la participation des bénéficiaires du RSA dans les équipes pluridisciplinaires).

   7. De façon générale, il est souhaitable qu’à l’occasion de cette conférence de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, un appel soit lancé pour une forte mobilisation de tous les acteurs de l’action sociale, afin que l’on dépasse une gestion parfois trop administrative pour atteindre un engagement quasiment militant. Ce qui n’a pu avoir lieu après la victoire de la gauche en 1981 (les promesses que laissait entrevoir l’adresse de Nicole Questiaux du 28 mai 1982 aux professionnels du social sont restées sans lendemains) pourrait enfin se réaliser dans le cadre d’une réelle mobilisation des différents intervenants sociaux (y compris les usagers) en vue d’une véritable refondation de l’action sociale.

 

Yves Faucoup

Enseignant et consultant dans le domaine de l’action sociale et du développement social local. Ancien directeur d’un centre de formation de travailleurs sociaux. Ancien directeur de l’action sociale d’un Département.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Tout à fait d'accord avec beaucoup de ce qui est écrit. Et si le ministère des Affaires sociales ne fait son job, alors il faudra que d'autres le fassent à sa place ! Des permanences du Front de gauche et de tout ceux qui voudront bien ?