Social en vrac 6 : UDI, class actions, enfance maltraitée, Martin Hirsch

 

Comment l’UDI a établi ses solutions pour sortir de la crise :

Jean-Louis Borloo, président de l’UDI, a présenté le lundi 6 mai un Programme de redressement national, avec 10 décisions vitales pour sortir de la crise.

 

Sans les analyser toutes ici, notons que celle qui consiste à « redéfiscaliser » les heures supplémentaires s’appuie sur un sondage mené par l’UDI qui met en évidence que les électeurs votant à droite sont favorables à 92 % à cette mesure (Le Figaro du 20 mars). Les Echos avaient pourtant écrit, lorsque la gauche a supprimé cette défiscalisation économiquement injustifiée : « sur le plan intellectuel, la suppression de cette mesure est logique ». En effet, elle coûtait 4 milliards d’euros à l’Etat et n’a pas créé d’emplois (un rapport parlementaire signé par un député UMP et un député PS en juin 2011 note que le nombre d’heures travaillées n’a pas augmenté). Cette mesure de l’ancien pouvoir était destinée à contourner les 35 h et, finalement, les a confortées. Le coût sur trois ans : près de 15 milliards.

La Cour des comptes et le rapport parlementaire cité ci-dessus ont contesté cette mesure. Mais l’UDI n’en dit rien. Ni non plus sur le fait que les 704 millions d’heures supplémentaires ainsi défiscalisées représentaient, selon mon calcul, 470 000 équivalents temps plein. Certes cela bénéficiait à 9,4 millions de personnes mais pour un gain moyen de 40 € par mois. La recherche d’un « consensus républicain » ne devrait pas se confondre avec une politique économique démagogique.

 

Une autre mesure proposée par l’UDI consiste à relancer le secteur des services d’aide à la personne « absolument vital pour le lien social », avec quelques dispositions permettant de favoriser ces emplois à domicile. Quelques semaines auparavant, Jean-Louis Borloo s’était embarqué, sur France Inter le 29 mars, dans une envolée lyrique évoquant le véritable « tsunami qui frappe ce secteur ». Il avait expliqué comment il avait pris conscience du problème : il avait rencontré trois personnes la veille qui lui en avaient parlé, dont une femme qui le maquillait avant son passage sur un plateau de télévision. Manifestement, il ne connaissait pas le sujet, car il confia sur l’antenne de la radio : « si mon échantillon d’hier est représentatif, c’est très grave». Son interlocuteur, Michel Sapin, ministre du travail, lui avait juste rappelé que ce dont les gens se plaignaient alors (et « M. Borloo le sait très bien ») ce sont des mesures prises par le gouvernement précédent.

 

« Class actions » :

La bâtonnière du barreau de Paris s’est répandue sur les radios pour dire son désaccord quant au projet de loi sur les « class actions », permettant des plaintes de groupes de personnes victimes représentées par une association (la possibilité existe déjà, mais dans le système envisagé, sur le modèle américain, les décisions judiciaires s’appliqueront également aux victimes qui n’étaient pas plaignantes). Elle considère que c’est une atteinte à la fonction d’avocat et croit pouvoir argumenter en expliquant que les avocats ne cherchent pas qu’à faire de l’argent puisqu’ils assurent parfois des défenses gratuitement. Un peu comme ces médecins du secteur libre qui tentent de nous prouver leur générosité en prétendant qu’ils soignent gratis les plus démunis. Générosité que de crimes commis en ton nom !

 

Enfance maltraitée :

Si un reproche peut être fait au projet de loi sur les actions de groupe, c’est que les associations de défense de l’enfance maltraitée feront partie de ces associations qui seront seules autorisées à représenter un groupe. Je persiste à considérer que le plus souvent ces associations permettent à quelques acteurs de parfaire leur notoriété et à quelques personnes de se créer un emploi lucratif (cf. le scandale de France Gublin à la tête d’Enfance et Partage, qui avait créé une association parallèle pour se rémunérer copieusement, ce qui avait entraîné des poursuites judiciaires et amené L’Express  du 15 février 1996 à ironiser sur « le mélange de bons sentiments et d’argent ». Une autre responsable mise en examen dans cette affaire est aujourd’hui à la tête d’une nouvelle association du même genre).

 

Suite à mon texte sur l’affaire de la petite Marina (sur ce blog le 12 avril), Homeyra Sellier qui dirige Innocence en Danger m’a fait part de son désaccord avec mes propos. D’origine iranienne, elle trouve « très français » le fait de « juger sans savoir ». Elle affirme œuvrer de façon « bénévole » en faveur de l’enfance maltraitée, et ne pas chercher « une quelconque gloire ». Tout en respectant mon point de vue « qu’[elle sait]  sincère », elle invoque le traitement par son association de « quatre dossiers  en partie civile voire plus en 2013 mais plusieurs dizaines de dossiers en cours d'instruction ». Je l’interrogeais sur le rapport d’activité de l’association : le dernier consultable date de 2008 et ne comporte aucune indication financière. Elle me répond que son association ne reçoit aucune aide publique (« ce qui n’est pas le cas de toutes les associations », ajoute-t-elle gentiment pour ses petites camarades). On n’a droit de ce fait à aucun document public sur l’état des dons et de leur utilisation. Par contre, le rapport d’activité est prolixe sur les soirées mondaines, entre autres avec le jet-setteur italien Massimo Gargia et Miss Prestige International. Et les poses affriolantes de notre présidente en tenue de soirée aux côtés de Karl Zéro ou de Gad Elmaleh. Elle reste persuadée que les enfants ne sont pas protégés en France, et, si je crois le contraire, c’est que je suis « loin des vérités dont nous sommes témoins au quotidien », m’écrit-elle.

 

Martin Hirsch :

Suite à mon texte dans Social en vrac 5 intitulé « Martin Hirsch de retour ? », j’ai reçu ce message de l’intéressé :

«J'ai lu ce que vous avez écrit. Vous vous livrez à des interprétations fantaisistes et sur le fond je ne suis pas d'accord avec vous. J'ai toujours plaidé et je plaide toujours pour que l'on ne reste pas au milieu du gué pour le RSA, en maintenant la complexité que nous voulions réduire, dans la commission qui a inventé le RSA et en mettant de la cohérence pour aider ceux qui ont des revenus faibles. Il est faux de dire que le RSA a fait basculer dans l'assistance un grand nombre de salariés et dédouané les employeurs : ce n'est pas ce que montre le rapport d'évaluation publié fin 2011; l'explosion du temps partiel subi date de 1992, quand on a abaissé les charges sociales sur le temps partiel, rendant plus économique de prendre deux salariés à mi-temps, plutôt qu'un seul salarié à plein temps. Et je ne ferai jamais partie de ceux qui considèrent qu'avoir un complément de revenu issu dela solidarité en plus de son travail est un basculement dans l'"assistanat". »

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