Martin Hirsch : achever le RSA ?

 Martin Hirsch vient de se rappeler au bon souvenir de la gauche, victorieuse le 6 mai, en proposant, dans un texte publié dans Les Echos du 5 juin, de ne pas toucher au SMIC mais de « donner un coup de pouce au RSA ».

 

Martin Hirsch vient de se rappeler au bon souvenir de la gauche, victorieuse le 6 mai, en proposant, dans un texte publié dans Les Echos du 5 juin, de ne pas toucher au SMIC mais de « donner un coup de pouce au RSA ».

 

On comprend à la lecture de l’article qu’il s’agit du « RSA activité », c’est-à-dire du RSA versé aux salariés à temps partiel ou percevant un faible salaire et ayant charge de famille. Il écrit : « le revenu de solidarité active, justement conçu pour améliorer les ressources des salariés modestes sans peser sur le coût du travail ». Aveu pour une réforme qui n’a rien apporté à ceux qui, sans ressources, ne perçoivent que le RSA (dit « RSA socle » c’est-à-dire  l’ancien RMI). Chaque fois qu’il en a débattu, Martin Hirsch s’est toujours bien gardé de le préciser.

 

La loi du 1er décembre 2008 a renforcé « l’assistanat » puisqu’elle a prévu un revenu d’assistance pour ceux qui sont mal payés (économie pour les employeurs) et une prolongation du revenu minimum sans limite de durée pour ceux, qui sans activité, retrouvent du travail (le RMI prévoyait déjà un intéressement à la reprise du travail mais limité dans le temps). En orientant la grande majorité des bénéficiaires du RSA sur Pôle Emploi (ce qui en soi était plutôt une bonne idée), elle a cassé l’accompagnement social et professionnel que les Départements assuraient, sans que pour autant, faute de moyens, Pôle emploi prenne vraiment le relais. Ainsi, paradoxalement, un chef de l’Etat qui s’était fait élire sur un mot d’ordre de lutte contre l’assistanat et qui n’a cessé, par la suite, de fustiger les « assistés », a promulgué une loi d’extension des revenus d’assistance (1).

 

Martin Hirsch a annoncé le 17 avril dans le Monde qu’il voterait pour François Hollande, révélant que ce dernier l’avait régulièrement consulté depuis un an sur les questions de jeunesse, de pauvreté, de régulation des hauts revenus. Il ajoutait qu’il fallait « achever un RSA encore incomplet ». Formule maladroite, car s’il souhaite l’extension de sa créature, des chercheurs ont montré que le RSA a été mal conçu. Les bas salaires doivent être traités autrement que par un complément d’assistance (2). Plus de 8 millions de personnes, gagnant entre 1 et 1,6 SMIC, bénéficiaires de la prime pour l’emploi ont perdu du pouvoir d’achat « grâce à la réforme Sarkozy-Hirsch » (3).

 

Quand Martin Hirsch s’insurge, à la veille de l’élection présidentielle, contre le « discours sur le cancer de l’assistanat ou l’accusation des immigrés d’être responsables des déficits sociaux », il défend des valeurs tout à fait respectables. On lui accorderait alors bien volontiers le Bon Dieu sans confession. Sans doute que celui qui est tant cajolé par les médias, qui le présentent comme un homme intègre, défenseur de la veuve et de l’orphelin (4), cherche-t-il ainsi à faire oublier qu’il a servi un régime qui insultait, sans vergogne, les plus pauvres et trahissait les valeurs de solidarité de la République. Mais quand il cherche à se placer aujourd’hui auprès d’un gouvernement socialiste, qui a bien sûr du pain sur la planche pour réduire les inégalités et s’attaquer sérieusement au dossier des minima sociaux, il fait preuve d’un "opportunisme" choquant, stigmatisé par bon nombre d’observateurs.

 

Yves Faucoup

Ancien directeur de l’action sociale d’un Département, consultant et enseignant en action sociale

 

_____

(1) Tout le discours de l’UMP continue sur cette thématique contre l’assistanat (« qui payerait plus que le travail »), et donc contre tous ceux qui sont condamnés à percevoir des prestations de substitution faute d’emplois. Et ce malgré les démentis publics des services de Mme Bachelot lorsqu’elle était encore ministre (démonstration faite sur le site internet du ministère).

 

(2) Evelyne Serverin, Bernard Gomel, Le revenu de solidarité active ou l’avènement de droits incitatifs, titre neutre pour un rapport très critique :

http://www.cee-recherche.fr/fr/doctrav/154-revenu-solidarite-active-avenement-droits-incitatifs.pdf

 

(3) Les mêmes auteurs avec Dominique Méda dans une opinion publiée par Le Monde du 21 avril 2012, Etendre le revenu de solidarité active est une fausse bonne idée !

 

(4) Tout en faisant l’impasse, d’ailleurs, sur le fait que, sous Nicolas Sarkozy, à la tête du Haut-commissariat aux Solidarités Actives, Martin Hirsch n’hésita pas à favoriser considérablement, en toute tranquillité, l’ANSA, l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives, qu’il avait créée avant d’être au gouvernement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.