Racisme : enfants en danger

Le documentaire de Séverine Lebrun sur le Front national (Envoyé spécial du 17 octobre) ne s’est pas contenté de montrer une militante Front national, future candidate aux élections municipales dans les Ardennes, exprimer en toute tranquillité sa haine raciste. Un ancien candidat FN aux législatives de 2012, Benoît Girard, racontait également comment au sein du parti frontiste il a entendu les militants vitupérer contre les « Arabes, Bougnoules qu’il faut rejeter à la mer ». Ce témoignage, passé sous silence dans les média, était tout aussi grave que le délire de Madame Leclère qui s’amusait à comparer Christiane Taubira à un singe. Benoît Girard expliquait avoir alerté la direction nationale du Front national, en vain. Ce qui le conduisit à démissionner du FN. Ce qui démontre la complicité du parti d’extrême droite sur le développement de ces discours assassins.

 

Madame Leclère aggravait son cas en disant, ce que la presse n’a qu’imparfaitement rendu compte, qu’elle préférait la voir dans les branches, plutôt que de la voir au gouvernement prôner une réforme judiciaire qui considère « qu’un tueur ce n’est pas si grave ». Délire, il faut bien le dire, attisé par nombre d’hommes politiques caricaturant en permanence ce projet de loi, lui reprochant de vouloir « remettre en liberté les assassins et les violeurs », suivis dans cette accusation malhonnête par une multitude d’internautes s’en donnant à cœur joie sur ce thème dans les forums.

 

Depuis, une militante du Front national, d’origine algérienne, a accusé certains de ses membres et responsables de proférer des « propos néonazis et fascistes bien engagés et un dégoût pour les Arabes ». Des militants ne se gênent pas pour dire « qu’il faut tuer tous les Arabes ». Cette jeune femme, également démissionnaire, s’est entendu dire par un cadre du Front national de la Haute-Garonne : « Toi et tes enfants, vous êtes bons pour le four » (lemonde.fr du 5 novembre).

 Manif_Angers_0.jpg Vidéo d'Angers Mag, 25 octobre : adultes et enfants criant à Christiane Taubira, ministre de la Justice : "la banane à la guenon" [capture d'écran]

 

Lors de la manifestation contre Christiane Taubira en déplacement à Angers, des enfants proclament « la banane à la guenon », auprès d’adultes, leurs parents sans doute, hurlant « Taubira casse-toi ». Selon le Figaro (lefigaro.fr du 2 novembre), les adultes ont aussi repris le slogan raciste. Sous le regard de policiers qui ne semblaient pas se rendre compte de la gravité de la situation.

 

Ce que cette démonstration nous dit : c’est que des gens qui prétendent défendre des valeurs (à propos du mariage), sont non seulement capables d’exprimer le racisme le plus immonde mais aussi d’inciter leurs enfants dans cette voie. S’il n’est pas possible de s’en prendre aux enfants qui étaient là utilisés par leurs parents, par contre ces derniers devraient judiciairement rendre des comptes : pas seulement pour les propos tenus par leurs enfants, comme cela a été dit par certains commentateurs, mais pour avoir eux-mêmes lancé ce slogan raciste et pour tenir leurs enfants dans cette idéologie du rejet, du mépris pour l’autre, de la haine. J’attends qu’un procureur saisisse un juge des enfants afin qu’une procédure d’assistance éducative soit ouverte (1), car ces enfants sont manifestement en danger. Une mesure de protection s’impose.

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(1) L'assistance éducative comporte plusieurs mesures qui peuvent être ordonnées par les autorités judiciaires "si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises" (article 375 du Code civil).

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