Corruptions, lobby, homo et bobo

Social en vrac n°19Corruptions en tout genre, Edgar, les lobbys et le Comté, Protection de l’enfance et répression contre l’homosexualité, Enseignant : flic et assistant social


Social en vrac n°19

Corruptions en tout genre, Edgar, les lobbys et le Comté, Protection de l’enfance et répression contre l’homosexualité, Enseignant : flic et assistant social

Corruptions en tout genre

L’ancien dirigeant de l’UIMM (Union des industries et des métiers de la métallurgie) est condamné ce jour à trois ans de prison dont un ferme et à 370 000 euros d’amende. Il était accusé d’avoir verser 16,5 millions d’euros à une caisse noire. Il a toujours prétendu qu’il arrosait les syndicats. Ceux-ci ont le plus souvent démenti. Sans doute que cet argent louche servait à d’autres objectifs que celui de « fluidifier les relations sociales ». Le tribunal correctionnel de Paris soupçonne que ces sommes servaient au « financement occulte de partis politiques, d'achats de parlementaires, d'achat de la paix sociale, d'enrichissement personnel, à jeter le discrédit sur tous les décideurs publics ou privés de la vie politique et économique du pays, de telle sorte qu'elles sont extrêmement négatives pour l'intérêt général ». Accusation excessivement grave qui fera du bruit.

 

Zone interdite (M6) consacrait son émission du 2 février à la corruption. Comme à son habitude, le dossier n’est pas mis en perspective : ce qui compte c’est l’image, le scoop, la caméra cachée et tout est traité au même niveau. Il n’empêche que l’on assiste à quelques démonstrations qui interrogent.

Tout d’abord, à Tignes, des citoyens sont révoltés contre le maire affairiste (14 sociétés en son nom créées depuis son élection, terrain lui appartenant déclaré constructible avec une belle plus-value). Les administrés ne s’en laissent pas compter : ils écrivent dans la neige, au sommet de la montagne, en lettres bleues de 8 mètresde haut : DÉMISSION ! Le maire a fini par démissionner avant d’être jugé.

 Zone_interdite_corruption.jpg Zone interdite [capture d'écran]

Dans le secteur social : un reportage expose le fonctionnement d’une Association d’action éducative (AAE) à Dunkerque, qui intervient dans la protection de l’enfance et en soutien à des populations fragiles (SDF, grande pauvreté). Les cadres dirigeants, depuis de nombreuses années,  se sucrent allègrement : salaires et indemnités confortables, avantages personnels pouvant atteindre la somme de 15 000 € par an (prise en charge par le budget de l’association du fuel, du bois de chauffage, de l’eau, de l’électricité, d’internet, du téléphone, de la taxe d’habitation et de la taxe foncière). Alors que les bâtiments qui accueillent les enfants sont dans un état de délabrement avancé.

La nouvelle directrice admet que ce qui se pratiquait est « immoral du fait de l’objectif de l’association ». Ce genre de situation existe mais n’est pasla généralité. Le département du Nord qui subventionne l’association aurait dû mettre le holà depuis bien longtemps et a manifestement fermé les yeux.

 

Au Conseil Général des Hauts-de-Seine, une employée a mis en évidence des faits graves de corruption sur la passation des marchés publics. L’arnaque était visible : une vingtaine de marchés étaient attribués au même individu, sous des prête-noms. L’employé qui trafiquait les marchés recevait des cadeaux (250 000 € au total). Corrupteur et corrompu n’ont été condamnés qu’à de la prison avec sursis. Mais la lanceuse d’alerte a dû démissionnée, après avoir été menacée par un supérieur, sans doute intéressé lui-même parla combine. Les enquêteurs ont trouvé des messages de menaces de mort à l’encontre de cette fonctionnaire qui avait révélé les abus.

 Zone_interdite_CG_Hauts-de-Seine.jpg Zone interdite [capture d'écran]

Il est évident que la loi devrait davantage protéger les fonctionnaires qui dénoncent des malversations. 85 % des Français seraient prêts à dénoncer des faits de corruption mais craignent de le faire. Par ailleurs, de fortes suspicions existent sur des indemnités exorbitantes perçues par certains cadres de la fonction publique, sans que cela soit facile à prouver. Il est évident que les Chambres régionales des comptes devraient être beaucoup plus inquisitoriales sur des pratiques connues, assez répandues, qu’elles sont en mesure de faire cesser.

 

Le documentaire évoquait également Patrick Balkany qui est dans de sales draps actuellement (deux informations judiciaires pour blanchiment de fraude fiscale et détournement de fonds publics). Avec 9000 € de député et de maire, il possèderait deux villas à Saint-Martin, un riad à Marrakech, un moulin dans l’Eure, une villa sur la Cote d’Azur, tout en prétendant le 8 février devant la caméra de BFMTV, avant de péter les plombs, qu’il ne possède qu’une maison. On peut s’étonner que, imprudent, Nicolas Sarkozy ait accepté que Balkany puisse jouer, en sa faveur, au témoin de moralité, comme s’il avait la moindre légitimité pour le faire.

 

Enfin, Charles de Courson, député UDI, accuse de grandes sociétés de faire des cadeaux à des hommes politiques et hauts fonctionnaires : voyages, appartements à petits prix, call girls ! Par ailleurs, il lance une pétition pour que l’utilisation des indemnités de frais de représentation des députés (5300 € par mois) soit justifiée, ce qui n’est pas le cas actuellement. Selon lui, tout le monde sait que nombreux députés mettent cette indemnité dans leur poche (sans justificatifs, sans imposition).

 

Pétition adressée aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat :

 

https://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/p%C3%A9tition-citoyenne-pour-faire-la-transparence-sur-l-indemnit%C3%A9-des-parlementaires

 

 

Edgar, les lobbys et le Comté

Dans leur ouvrage French corruption, récemment publié chez Stock, Fabrice Lhomme et Gérard Davet ont longuement recueilli les propos de Didier Schuller. C’est l’occasion pour ce dernier de mettre en cause beaucoup de monde. Ainsi, il accuse Etienne Dailly, sénateur radical, d'avoir été le lobbyiste par excellence : « Il sortait des textes, mais on savait toujours qu'il y avait des groupes d'influence qui en étaient à l'origine. Il était sénateur et homme d'affaires en même temps. Clairement, il y avait des amendements dont on savait qu'ils avaient été payés ! »

 

L’inénarrable Edgar Faure qui était lui aussi, parait-il, très fort en matière de lobby : pour déjeuner avec lui, afin d’obtenir son intervention dans un dossier, lorsqu’il était président de l’Assemblée Nationale, « il fallait débourser 30 000 francs » [soit autour de 4500 €]. Pour ma part, dans les années 80, directeur du journal franc-comtois bimestriel L’Estocade, j’avais été autorisé à assister, avec quelques journalistes, à une conférence de presse d’Edgar Faure, à Besançon. Il présidait alors le Conseil Régional de Franche-Comté et lançait une action humanitaire avec le Mali, qui consistait à lui fournir de la poudre de lait pour en faire du fromage, sans qu’il soit prouvé, cependant, que les Maliens avaient besoin d’une telle aide. Mais cela permettait aux paysans francs-comtois d’écouler leurs surplus et à Edgar de se faire une belle publicité. Deux ans auparavant, il avait proposé aux producteurs de gruyère un spot publicitaire dans lequel il disait : « Le Comté, un fromage de connaisseur. » Les promoteurs du projet étaient persuadés que la caution de cette célébrité, « homme de lettres et de goût », « ami des grands de ce monde », aurait des conséquences économiques considérables. Or les producteurs de comté refusèrent, jugeant officiellement le projet « trop osé ». C’est ce que nous avions alors écrit : allez savoir, peut-être avait-il monnayé sa prestation ?

 

      Edgar_Faure_Estocade_0.jpgDessin paru dans L'Estocade n°34, janv-fév. 1986

 

Protection de l’enfance et répression contre l’homosexualité

 

Vladimir Poutine tente de justifier les mesures autoritaires prises à l’encontre des homosexuels en Russie, en juin dernier, par la nécessité de protéger les enfants. Aucune expression de l’homosexualité n’est autorisée sous peine d’amende. D’après le Huffington Post, un député chrétien, auteur de la fameuse loi, ne cache pas que, selon lui, les homosexuels sont des personnes « qui violent les enfants ». Le Parlement doit discuter d’une loi dans les prochains jours qui « prévoit de retirer ses enfants à tout parent ayant des « relations sexuelles non traditionnelles » » (Le Figaro). Les spécialistes du Kremlin pensent que cette campagne permet au président de reprendre en main la société après les contestations qui suivirent sa réélection en 2012. Alors que l’homophobie gagne du terrain dans la société russe, qu’un groupuscule néo-nazi agresse violemment les homosexuels, la fin des Jeux Olympiques risque de donner libre cours à cette hargne contre les gays et à l’instrumentalisation de l’enfance et de sa protection pour fonder ce rejet.

 

 

Le travailleur social est-il un bobo ?

Thomas Legrand, journaliste politique à France Inter, a publié un livre sur les Bobos avec Laure Watrin (La République bobo, Stock, 2014). Interrogé dans l’émission Soft Power, sur France Culture le dimanche 9 février, il a précisé que ce n’était pas une classe sociale mais plutôt un état d’esprit. C’est ce qu’on appelle, pour la discréditer, la « bien-pensance », qui estime qu’il faut « un peu lutter contre le racisme, que les homosexuels doivent avoir plus de droits, ne pas être discriminés, qu’on peut vivre ensemble avec des cultures différentes ». Les Bobos seraient plutôt favorables à la mondialisation.

 

Pour démontrer que les Bobos ne sont pas une classe sociale, Thomas Legrand donne alors, au cours de l’émission, cet exemple : « Un postier ou un travailleur social qui a une maîtrise ou une licence, c’est quelque chose qui arrive très souvent, donc un gros capital culturel et un webmaster qui aurait 5 ou 10 000 € par mois, ces deux là, vous les mettez dans le même dîner, ils ont lu les mêmes journaux, ils ont voté à peu près la même chose, chez eux c’est décoré à peu près pareil, plutôt de la récup’ Emmaüs chez le travailleur social du 9.3, et de la Conran Shop, de la fausse récup un peu luxe chez l’autre, ils se sentiront appartenir au même groupe et pourtant, avec les lunettes marxistes, ils n’ont pas du tout les mêmes intérêts de classe. »

 

Enseignant : flic et assistant social

Le Monde a publié le 17 janvier un article sur l’enseignement en ZEP, dans lequel les enseignants faisaient part de leur difficulté à motiver les élèves. Ils sont obligés de faire preuve de beaucoup d’imagination pour trouver les moyens de les faire participer, et de leur faire intégrer des données de base, de la langue française par exemple. Un des enseignants dit : « Ici, on est flic, assistant social, psychologue, parent… et il nous arrive d'être enseignant ! » Car certains élèves « n’ont pas de domicile » ou ont « des parents qui se prostituent ». Cas extrêmes sans doute.  Mais ce que l’article ne dit pas c’est que l’absence de motivation des élèves, qui désespère nombre d’enseignants, n’est pas vraie qu’en ZEP ou dans les cités populaires. Phénomène de société où l’école est sans cesse décriée, vilipendée, accusée de tous les maux, alors qu'elle est un des tous derniers lieux d’exigence, le creuset de l’apprentissage non seulement des connaissances mais aussi des valeurs républicaines.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.