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Billet de blog 10 mars 2015

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Marie Didier, une belle personne

Marie Didier, auteur de Contre-visite, qui fut gynécologue à Toulouse, raconte son passé militant, dans une autobiographie légère, Ils ne l'ont jamais su, avec une sorte de détachement pour aborder les durs combats, ou les escapades poétiques. Et retour sur la Grèce avec Ersi Sotiropoulos... 

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Marie Didier, auteur de Contre-visite, qui fut gynécologue à Toulouse, raconte son passé militant, dans une autobiographie légère, Ils ne l'ont jamais su, avec une sorte de détachement pour aborder les durs combats, ou les escapades poétiques. Et retour sur la Grèce avec Ersi Sotiropoulos... 

 Ils ne l'ont jamais su

Marie Didier, célèbre pour avoir publié Contre-visite en 1988, vient de sortir un récit, dans lequel elle survole sa vie : la mort du père à la guerre, le long séjour en sanatorium, les études de médecine. Là, l'injustice sociale : les stages les meilleurs étaient réservés ouvertement aux étudiants fils de médecins. Et les mauvaises blagues de carabins : vrai phallus mou et fripé qu'elle découvre un jour dans sa poche au lieu de la chocolatine espérée.

 Elle écrit en douceur, accordant autant d'importance ou pas plus pour des événements tragiques de sa vie que pour la description d'un paysage apaisant. Au début des années d'indépendance, elle vit en Algérie avec son mari : elle raconte les discussions interminables des coopérants militants, dont l'un, un certain Noël, ancien déserteur, fut condamné à mort en France et auteur d'un livre aux éditions de Minuit (certainement Noël Favrelière).

Puis Toulouse, et l'exercice militant de la gynécologie. La bataille avant l'heure pour l'IVG. A fleuret moucheté, sans prétention, elle évoque ces années de combat pour les plus démunis, les sans-abri. On voit passer Jean-Claude "le médecin des Gitans" (sans doute J.C. Guiraud, qui est interviewé dans le documentaire dont j'ai parlé récemment Pas lieu d'être, de Philippe Lignières sur les SDF, et que nous faisions intervenir chaque année auprès de nos étudiants assistants sociaux à Toulouse pour leur parler des actions menées avec son association auprès des gens du voyage). Et aussi Joëlle (Brunerie-Kaufmann certainement).

La porte de sa maison est toujours ouverte, une "turbulence" permanente qui voit défiler tant de monde, que cela finit par l'épuiser. Mais, précise-t-elle : "nous étions jeunes, ardents et passionnés de vivre". Elle était en quête de la "vraie vie", de la "flamme", sans jamais s'y brûler, ou sans jamais la trouver. Puis la maladie, traitée comme le reste, avec un certain détachement, notant par ci les maladresses des uns, qui se veulent (trop) rassurants, et par là une reprise du travail rapide qui la confronte à ses propres patientes, et l'incite à une meilleure compréhension de ce qu'elles peuvent attendre du soignant : "pas de pitié, pas de fausse gentillesse, pas de charité. Seulement un engagement total". Par ailleurs, conduite, malade, à fréquenter les services d'urgence, de l'autre côté de la barrière, elle dit son admiration pour ces infirmiers et médecins anonymes en permanence sur le pont, qui luttent avec les moyens du bord pour assurer des soins décents.

Par son écriture fluide, par ce récit sans pathos, Marie Didier nous fait entrer doucement dans son histoire, dans ses passions, dans ses valeurs. Sans la connaître, on imagine que c'est une belle personne.

 Ils ne l'ont jamais su, éditions Gallimard, 2015

 Faire condamner la Troïka pour la tragédie grecque

Ce texte, que j'ai publié sur mon blog le 3 mars (ici), a été largement diffusé (je sais qu'il a beaucoup circulé et j'ai reçu de nombreux témoignages de sympathie pour cet article qui retraçait la souffrance du peuple grec et ses luttes pour combattre l'injustice d'une politique de rigueur extrême imposée par la Troïka, qui, mérite, disais-je, d'être poursuivie devant des tribunaux internationaux pour l'excès de ses exigences)*.

Le vice-ministre grec de la Solidarité Sociale a déclaré : "Les gens ont faim, c'est ni du populisme, ni un slogan" (Libération du 6 mars). De la nourriture doit être attribuée à 300 000 foyers, et l'électricité remise à ceux dont le compteur a été coupé. Et aussi des aides au logement. Programme de 200 millions d'euros. Somme non négligeable, mais relativement faible au regard de ce que les fortunés doivent au fisc : le gouvernement grec espère récupérer, dans un premier temps, 7 milliards d'euros sur des comptes en banque contenant des revenus jamais déclarés (selon Panagiotis Nikoloudis, ministre de la Lutte contre la corruption).

Et nos "experts", que je stigmatisais dans mon texte continuent à larmoyer, sur "l'irresponsabilité" des Grecs. Jusqu'à Xavier Beulin, président de la Fnsea, dont les nervis se croyaient légitimes pour faire régner leur ordre dans la forêt de Sivens (voir mon billet : Guerre civile à Sivens), qui s'est permis, sur Europe 1 le 22 février, de reprocher à Tsipras de faire "des promesses inconsidérées", cherchant à affoler le pékin moyen sur les prétendus 40 milliards que la Grèce devrait aux Français. 

 Je me suis aperçu, après coup, que Paul Jorion, chercheur en sciences sociales, ancien fonctionnaire de la FAO, détenteur de la chaire Finance au service de la communauté à Bruxelles, auteur de nombreux ouvrages sur l'économie, m'avait précédé de trois jours pour appeler  à la constitution d'un tribunal d'opinion, comme le tribunal Russel-Sartre sur les crimes du Vietnam : "Bon, les morts sont moins visibles avec la Troïka, écrit-il sur son blog, mais avec des millions de gens qui comme en Grèce ont perdu toute couverture sociale, ils doivent crever dans l’ombre. Comme dit Emma Thompson : exigeons qu’on arrête les bandits. Le fait qu’ils sont nos dirigeants ne doit pas servir de prétexte à ne pas le faire." Il souhaite ainsi que soient jugés ceux qu'il nomme "les prêtres d'une religion féroce".

[EmmaThompson, actrice britannique, a lancé un appel à la grève de l'impôt tant que les fraudeurs de la banque HSBC (plus d'un millier) n'auront pas été poursuivis et jugés, le gouvernement de David Cameron étant accusé de protéger HSBC]

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*  Cet article a été recommandé sur Facebook près de 3000 fois.

 Grèce : expérience d'outre-monde

Ersi Sotiropoulos, qui vient de publier son dernier roman, Eva (Stock), parle de son pays : à l'AFP, elle décrit ces quartiers vivants autrefois, devenus des ghettos pour des "gens à la dérive" qu'elle a vus se shooter à 20 ou 25 sur un trottoir, dans un silence glacial. Ces "carrefours du malheur" rassemblent des immigrés sans papiers, des toxicomanes, des prostituées, des gens édentés, d'autres avec des plaies, dit-elle émue. "Pour moi, c'est une expérience d'outre-monde". Brusquement, la vie a basculé pour beaucoup de gens, d'où le soutien, de la part de certains, en faveur du parti fasciste Aube dorée. "Nous nous trouvons impuissants dans un système (...) où les plus riches ne sont en rien affectés par les changements politiques et où les pauvres n'ont plus d'espoir", déclare-t-elle au Monde. Elle compte sur Syriza pour enrayer "la crise humanitaire".

 Eva, Stock, 2015.

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Billet n°184

Billets récemment mis en ligne sur Social en question :

Femmes : un tabou de la parité

Guerre civile à Sivens

Faire condamner la Troïka pour la tragédie grecque

Service civique pour jeunes filles (Social en vrac n°40)

Jeunesse délinquante aux oubliettes

Petite classe moyenne deviendra grande ?

 Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

@YvesFaucoup

  [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question]

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